L’avocat des deux petites-filles de Joël Barella, mis en cause pour des faits d’inceste, demande officiellement la réouverture des deux enquêtes judiciaires, alors que seule l’une d’elles a été rouverte par la justice. Me Mourad Battikh a réclamé, dans un communiqué diffusé ce lundi 15 juin 2026, une « réouverture solennelle » des procédures concernant Maëva et Prescyllia, deux jeunes femmes qui accusent le compagnon de leur grand-mère d’agressions sexuelles commises entre 2010 et 2018.

Selon BFM – Faits Divers, qui cite le communiqué de l’avocat, les deux plaignantes, aujourd’hui majeures, ont livré des récits « qui se répondent » malgré des années d’écart entre leurs dépôts de plainte. Leurs témoignages, recueillis séparément, « s’éclairent mutuellement », souligne Me Battikh, qui estime que cette concordance devrait permettre de rouvrir l’enquête classée sans suite concernant Prescyllia.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux procédures distinctes ont été engagées contre Joël Barella, toutes deux finalement closes par la justice : un non-lieu pour Prescyllia en 2021, un classement sans suite pour Maëva en 2020.
  • Les deux jeunes femmes accusent leur aïeul de violences sexuelles alors qu’elles étaient mineures, entre 2010 et 2018.
  • Me Mourad Battikh invoque la « concordance » entre leurs témoignages comme une « preuve nouvelle » pouvant justifier la réouverture du dossier de Prescyllia.
  • Seule une « preuve nouvelle » pourrait, selon le droit français, permettre de rouvrir l’enquête classée par un non-lieu en 2021.
  • La première plainte, déposée par Prescyllia en février 2013, concernait des faits remontant à janvier 2010.
  • Maëva, demi-sœur de Prescyllia, a porté plainte en 2018 pour des attouchements commis alors qu’elle avait 12 ans.

Des accusations portées sur plus d’une décennie

Les faits reprochés à Joël Barella, père de Jérôme Barella – lui-même mis en cause dans l’affaire Lyhanna –, s’étalent sur près d’une décennie. Prescyllia, alors âgée de 13 ans, a déposé plainte le 19 février 2013 pour agressions sexuelles et viols perpétrés entre janvier 2010 et février 2013. Selon les éléments du dossier, ces actes auraient été commis au domicile de la grand-mère paternelle des plaignantes, où elles vivaient avec leur famille.

Après plusieurs années d’enquête, le parquet de Béziers a prononcé un non-lieu en 2021, mettant fin aux poursuites sans qu’un procès n’ait lieu. Cinq ans plus tard, sa demi-sœur Maëva, alors âgée de 12 ans, a elle aussi accusé Joël Barella d’attouchements sexuels en 2018. Cette plainte avait abouti à un classement sans suite en 2020, faute de preuves suffisantes selon le parquet.

La « concordance » des témoignages, argument central de la défense

C’est sur ce point que Me Mourad Battikh concentre son argumentaire. Dans son communiqué, l’avocat souligne que les deux femmes ont décrit des faits similaires, dans un cadre familial identique, et ce malgré des années de silence entre leurs dépôts de plainte. « Deux enfants. Le même homme mis en cause. Le même cadre familial. Des récits qui se répondent, livrés séparément, à des années d’intervalle », écrit-il.

« Pendant une décennie, ces deux femmes ont vécu avec le sentiment de n’avoir été ni entendues, ni crues. Aujourd’hui, leurs paroles se rejoignent et s’éclairent l’une l’autre. L’institution judiciaire leur doit, à tout le moins, un nouvel examen, et sans doute des excuses. »

Pour l’avocat, cette concordance constitue une « preuve nouvelle » au sens juridique, susceptible de permettre la réouverture de l’enquête concernant Prescyllia. « L’enquête concernant le dossier de Prescyllia, scellé par un non-lieu, relève désormais du seul ministère public, sur le fondement des charges nouvelles que constitue notamment la concordance des deux témoignages », précise-t-il.

Un cadre juridique complexe pour les procédures classées

Le droit français encadre strictement les conditions de réouverture d’une enquête classée par un non-lieu. Selon une source judiciaire interrogée la semaine dernière par BFM – Faits Divers, « seule une preuve nouvelle peut permettre de rouvrir ce dossier ». Une exigence qui place la « concordance » des témoignages au cœur du débat.

Contrairement à l’affaire Prescyllia, celle de Maëva a déjà connu un début de réouverture. La justice a décidé, en effet, de rouvrir l’enquête liée à sa plainte, même si les suites concrètes de cette décision restent à préciser. En revanche, pour le dossier de Prescyllia, le parquet dispose désormais du pouvoir d’agir, à condition de considérer que les nouveaux éléments présentés par la défense sont suffisamment convaincants.

Joël Barella conteste toutes les accusations

Depuis le début des investigations, Joël Barella a toujours nié les faits qui lui sont reprochés. Contacté par BFM – Faits Divers, il n’a pas répondu aux accusations portées par ses deux petites-filles. Ces dernières années, son nom était surtout associé à l’affaire Lyhanna, sa belle-fille décédée dans des circonstances troubles en 2021, une enquête dans laquelle son fils, Jérôme Barella, est mis en cause.

Le contexte familial déjà complexe s’est encore alourdi avec ces nouvelles accusations, qui touchent directement Joël Barella dans sa vie personnelle. Ses proches, comme ses avocats, n’ont pas encore réagi publiquement à la demande de réouverture formulée par Me Battikh.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp du parquet de Béziers. Si le ministère public estime que la « concordance » entre les témoignages des deux plaignantes constitue une preuve nouvelle, il pourrait ordonner la réouverture de l’enquête concernant Prescyllia. Cette décision, attendue dans les prochaines semaines, déterminera la suite des investigations et, le cas échéant, la tenue d’un procès.

Quant à l’affaire Maëva, déjà partiellement rouverte, ses prochaines étapes judiciaires devraient être précisées d’ici la fin de l’année. Pour les deux jeunes femmes, cette procédure représente une étape cruciale après des années de silence et de souffrance.

Ces demandes de réouverture s’inscrivent dans un débat plus large sur la prise en compte des témoignages dans les affaires d’inceste, où les preuves matérielles sont souvent rares. La justice, face à ces affaires complexes, doit désormais trancher : la concordance des récits peut-elle suffire à relancer une enquête classée sans suite ?