Selon BFM Business, l’Inde a approuvé un vaste programme d’exploration pétrolière et gazière en mer pour un montant de 8,81 milliards de dollars. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à limiter l’impact des perturbations énergétiques causées par le conflit au Moyen-Orient, qui a restreint la navigation dans le détroit d’Ormuz. Troisième importateur mondial de pétrole, le pays cherche ainsi à sécuriser son approvisionnement alors que sa production nationale ne couvre que 10 % de ses besoins en brut.

Le gouvernement indien mise sur ce plan, baptisé « Samudra Manthan », pour prospecter dans l’ensemble des zones maritimes sous souveraineté nationale, où près de 250 000 km² de fonds marins restent inexplorés. Présenté comme « très ambitieux » par le ministre Ashwini Vaishnaw, ce projet a été validé lors d’une réunion du cabinet dirigée par le Premier ministre Narendra Modi, qui en avait évoqué l’idée dès août 2025 lors de son discours pour la Fête de l’Indépendance. « Si l’exploration est menée correctement, l’Inde peut atteindre une production substantielle », a-t-il souligné auprès de la presse.

Ce qu'il faut retenir

  • Un plan d’exploration pétrolière et gazière en mer de 8,81 milliards de dollars, approuvé par le gouvernement indien le 9 mai 2026.
  • L’Inde, troisième importateur mondial de pétrole, cherche à réduire sa dépendance aux importations face aux perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient.
  • Le projet « Samudra Manthan » vise à exploiter 250 000 km² de zones offshore inexplorées, avec un potentiel de production significatif selon les autorités.
  • La production nationale ne couvre actuellement que 10 % des besoins en pétrole brut de l’Inde, qui mise aussi sur les énergies renouvelables pour diversifier son mix énergétique.
  • Le cabinet a également approuvé un programme d’installation de panneaux solaires flottants, avec un objectif de 102 gigawatts de capacité supplémentaire d’ici cinq ans.

Un contexte géopolitique et énergétique tendu

L’Inde traverse une période de forte tension sur le plan énergétique depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Les restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz, artère vitale pour le transport maritime, ont perturbé les approvisionnements et poussé New Delhi à diversifier ses fournisseurs. En moins de deux ans, le pays est parvenu à réduire le nombre de ses pays fournisseurs de pétrole brut, passant de 27 à 41, en s’approvisionnant notamment auprès de l’Iran, du Venezuela, de la Russie et de plusieurs pays africains.

Cette dépendance aux importations, couplée à la croissance démographique et économique du pays, explique en partie l’urgence de développer des ressources nationales. « La récente crise énergétique a donné un nouvel élan aux efforts visant à renforcer l’approvisionnement national », a rappelé le ministre du Pétrole et du Gaz naturel, Hardeep Singh Puri, dans une déclaration à l’AFP. Aujourd’hui, la production locale ne représente qu’une fraction des besoins du pays, où la demande en énergie explose.

Une stratégie énergétique à deux volets

Au-delà de l’exploration pétrolière et gazière, le gouvernement indien a également donné son feu vert à un programme ambitieux dans le domaine des énergies renouvelables. D’ici cinq ans, New Delhi prévoit d’installer des panneaux photovoltaïques sur des plans d’eau, des canaux et des bassins industriels, avec pour objectif d’ajouter 102 gigawatts de capacité solaire. À titre de comparaison, la capacité solaire actuelle du pays s’élève à 162 gigawatts, l’une des plus élevées au monde.

Cette approche s’inscrit dans la feuille de route du gouvernement pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2070. L’Inde, qui compte 1,4 milliard d’habitants, doit concilier croissance économique et transition énergétique, alors que sa consommation d’énergie devrait continuer à augmenter dans les décennies à venir.

Un pari sur les ressources marines

Le programme « Samudra Manthan » repose sur l’hypothèse que les zones offshore inexplorées pourraient receler des réserves substantielles de pétrole et de gaz. Selon les autorités, si les opérations d’exploration sont menées avec succès, l’Inde pourrait significativement réduire sa facture énergétique et renforcer sa sécurité d’approvisionnement. « L’Inde dispose d’un potentiel inexploité qui pourrait transformer son paysage énergétique », a expliqué Ashwini Vaishnaw lors de la présentation du projet.

Pourtant, ce type d’exploration n’est pas sans risques, tant sur le plan environnemental qu’économique. Les coûts élevés et les défis techniques liés à l’exploitation en mer profonde pourraient freiner la réalisation des objectifs. Les analystes soulignent également que, même avec des découvertes majeures, le temps nécessaire pour développer ces ressources et les amener sur le marché pourrait s’étendre sur plusieurs années.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à lancer les appels d’offres pour les blocs d’exploration et à définir les modalités de partenariat avec les compagnies pétrolières nationales et internationales. Le gouvernement a fixé un calendrier de cinq ans pour évaluer les premiers résultats concrets de ce programme. Dans le même temps, les autorités devront veiller à concilier ce développement avec les engagements climatiques du pays, notamment en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Reste à voir si l’Inde parviendra à concrétiser ses ambitions sans compromettre ses autres priorités énergétiques et environnementales.

Ce plan s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des sources d’énergie, alors que le pays anticipe une hausse continue de sa demande intérieure. Les prochaines années seront déterminantes pour mesurer l’efficacité de cette stratégie, alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les fluctuations des prix de l’énergie continueront de peser sur les choix énergétiques de New Delhi.

L’exploration et l’exploitation de pétrole en mer comportent des risques de marées noires, de pollution des écosystèmes marins et d’impacts sur les communautés côtières. Le gouvernement indien n’a pas encore détaillé les mesures de protection environnementale prévues, mais des ONG et des scientifiques ont déjà alerté sur les dangers potentiels, notamment dans le golfe du Bengale et la mer d’Arabie, où les opérations devraient être menées.