Le ministre indonésien du Hadj et de l’Omra, Mochamad Irfan Yusuf, a proposé une solution radicale pour réduire les délais d’attente record des pèlerins souhaitant se rendre à La Mecque : une « guerre des billets » inspirée des ventes en ligne de places de concert, selon Courrier International.

Ce qu’il faut retenir

  • L’Indonésie compte 5,7 millions de candidats en attente pour le pèlerinage à La Mecque, avec des délais pouvant atteindre vingt-six ans dans certaines régions.
  • Le gouvernement propose un système de quotas attribués en quelques secondes aux premiers inscrits, sur le modèle des ventes de billets de concert.
  • Chaque année, l’Arabie saoudite accorde à l’Indonésie un quota de 220 000 places, le plus élevé au monde, mais largement insuffisant face à la demande.
  • Cette proposition suscite des critiques, notamment sur son impact sur l’équité et la marginalisation des pèlerins modestes.
  • Le coût du pèlerinage, désormais fixé à 5 000 euros, reste un enjeu majeur face à la hausse des prix des carburants liée à la guerre en Iran.

Avec ce projet, Jakarta entend répondre à une situation devenue ingérable. Le système actuel, basé sur un simple enregistrement sans obligation de financement immédiat, alimente une file d’attente interminable. Selon le Jakarta Globe, cité par Courrier International, l’objectif est de permettre aux candidats disposant des moyens financiers de partir sans attendre des décennies. « Nous devons trouver une solution pour ceux qui sont prêts aujourd’hui », a expliqué le ministre Mochamad Irfan Yusuf.

Chaque année, l’Arabie saoudite alloue à l’Indonésie un quota de 220 000 places, un chiffre stable depuis des années. Pourtant, la demande dépasse largement cette capacité. En 2022, plus de 1,3 million de pèlerins indonésiens ont participé au Hadj, mais des millions d’autres restent en attente. Le Jakarta Globe souligne que le système actuel, qui attribue un numéro de file dès la première inscription, ne fait qu’aggraver les inégalités. Les candidats les plus modestes, incapables de financer leur voyage sur le long terme, se retrouvent relégués au bas de la liste.

C’est dans ce contexte que le gouvernement explore une solution inspirée des plateformes de réservation en ligne. Le principe ? Ouvrir à une date précise un nombre limité de places, attribuées en quelques minutes, voire quelques secondes, aux candidats les plus rapides. Une méthode déjà utilisée pour les concerts ou les événements sportifs, mais inédite dans le domaine du pèlerinage.

Une proposition controversée, critiquée pour son manque d’équité

Si l’idée séduit une partie de la population, elle est vivement contestée au Parlement indonésien. Plusieurs responsables s’inquiètent de ses conséquences sociales. « Ce système risque de marginaliser les candidats les plus pauvres ou ceux qui n’ont pas accès à Internet », a averti le président de la Commission nationale du hadj, cité par Detik.

Le débat porte sur le passage d’une logique de justice collective à une logique de compétition économique. « Ce serait un glissement dangereux, transformant le hadj, qui est un bien public, en un espace de sélection fondé sur la capacité à payer », a analysé le magazine Tempo. Pour ses détracteurs, cette mesure creuserait encore les inégalités dans un pays où des millions de fidèles attendent depuis des années, parfois des décennies, leur tour pour accomplir ce devoir religieux.

Le gouvernement tente de rassurer en insistant sur le caractère exploratoire du projet. Aucune décision définitive n’a été prise, mais une piste serait testée : l’utilisation de quotas non utilisés par d’autres pays, comme Singapour ou certains États européens. Une solution déjà expérimentée en Turquie, où un système hybride combine liste d’attente et dispositifs de substitution, dont des tirages au sort.

Un coût du pèlerinage en hausse, malgré une baisse annoncée

Le président indonésien Prabowo Subianto a annoncé une baisse du coût du hadj à 5 000 euros cette année, contre plus de 6 000 euros auparavant. Une mesure saluée par les fidèles, mais qui reste insuffisante face à la réalité économique. Selon le Jakarta Globe, la hausse des prix des carburants, alimentée par la guerre en Iran depuis 2022, a fortement impacté le coût réel du voyage.

Les fonds dédiés au hadj, issus des dépôts des pèlerins, pourraient ne plus suffire à absorber cette inflation. « Les rendements des investissements ne couvrent plus les dépenses réelles », a précisé le Jakarta Globe. Autant dire que la pression sur les budgets des familles reste forte, même avec une baisse officielle des tarifs.

Entre urgence et équité, un équilibre difficile à trouver

L’Indonésie n’est pas le seul pays confronté à ce problème. D’autres nations musulmanes, comme le Pakistan ou l’Inde, connaissent des délais d’attente tout aussi longs. Mais avec un quota de 220 000 places, l’Indonésie a la responsabilité de gérer la plus grande communauté de pèlerins au monde. Cinq millions de musulmans indonésiens sont inscrits sur les listes d’attente, selon les dernières estimations officielles.

Le gouvernement explore donc des pistes pour concilier urgence et équité. Une option serait de tester un modèle hybride, combinant la liste d’attente traditionnelle et des dispositifs d’accès accéléré pour les candidats solvables. Mais cette approche soulève une question fondamentale : comment garantir que les pèlerins les plus pauvres ne soient pas définitivement exclus du processus ?

Et maintenant ?

Pour l’instant, le projet reste à l’étude. Aucune date n’a été fixée pour un éventuel test, et le gouvernement n’a pas précisé si cette « guerre des billets » serait généralisée ou limitée à certaines régions. Les prochaines semaines pourraient apporter des clarifications, notamment après les consultations prévues entre les autorités indonésiennes et saoudiennes, traditionnellement organisées avant la saison du hadj. Reste à voir si une solution sera trouvée avant que les délais d’attente ne deviennent encore plus longs.

Quel que soit le choix final, une chose est sûre : la question du hadj en Indonésie dépasse le cadre religieux. Elle touche à l’équité sociale, à l’accès à la mobilité et à la capacité d’un État à répondre aux aspirations de sa population. Avec des délais pouvant dépasser un quart de siècle, le temps presse pour des millions de fidèles.

Le hadj est le cinquième pilier de l’islam. Il s’agit d’un pèlerinage obligatoire, au moins une fois dans sa vie, pour tout musulman valide financièrement et physiquement. Il se déroule à La Mecque, en Arabie saoudite, et commémore des rites liés au prophète Ibrahim (Abraham). Chaque année, des millions de fidèles du monde entier s’y rendent pendant le mois de Dhu al-Hijja, dernier mois du calendrier islamique.

L’Indonésie dispose du quota le plus élevé de places attribuées par l’Arabie saoudite (220 000 par an), mais avec une population musulmane de plus de 200 millions de personnes, la demande est bien supérieure. Le système actuel, basé sur un enregistrement sans engagement financier immédiat, a créé une file d’attente de plus de 5,7 millions de candidats, avec des délais dépassant parfois 26 ans dans certaines régions.