L’inflation dans la zone euro a atteint **3,2 % en mai 2026**, un niveau qui rappelle les tensions observées en 2022 lors du début de la guerre en Ukraine. Pourtant, selon BFM Business, des économistes de la Banque centrale européenne (BCE) estiment que le scénario actuel pourrait s’avérer encore plus préoccupant que celui de l’époque. Dans un billet de blog publié ce mercredi 3 juin, ces experts soulignent que **rien ne garantit un impact moins grave** de la crise au Moyen-Orient sur le bloc monétaire, malgré des conditions initiales apparemment moins défavorables.
Ce qu'il faut retenir
- L’inflation en zone euro a atteint **3,2 % en mai 2026**, principalement tirée par la hausse des prix de l’énergie.
- Des économistes de la BCE, dont Óscar Arce, directeur général des affaires économiques, jugent que le risque inflationniste actuel est **plus élevé qu’en 2022**.
- La crise au Moyen-Orient a un **caractère plus global** que celle de 2022, avec des effets en cascade sur les chaînes de valeur mondiales.
- Plusieurs facteurs limitent aujourd’hui l’inflation (demande faible, politiques restrictives), mais **les marges de manœuvre budgétaires des États sont réduites**.
- Une flambée des prix plus forte que prévu pourrait survenir si le conflit s’étend ou persiste.
Une inflation persistante malgré des signaux moins alarmants
En mai 2026, l’inflation dans la zone euro s’est établie à **3,2 %**, contre **3,0 % en avril**, selon les dernières données disponibles. Ce chiffre, supérieur à l’objectif de **2 %** fixé par la BCE, s’explique en grande partie par la **hausse des cours de l’énergie**, elle-même alimentée par les tensions au Moyen-Orient. Si cette situation rappelle celle de 2022, au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les économistes de l’institution francfortoise tempèrent l’optimisme. « À ce stade, rien ne garantit que l’impact inflationniste de la guerre en Iran sera moins grave qu’en 2022 », écrivent-ils dans leur analyse, précisant que ce billet ne reflète pas nécessairement la position officielle de la BCE.
Parmi les auteurs de ce document figure Óscar Arce, directeur de la Direction générale des affaires économiques de la BCE. Ce dernier, aux côtés de ses collègues, met en lumière **plusieurs facteurs de risque** qui pourraient amplifier la pression sur les prix. Si la hausse du prix du pétrole reste le principal moteur, celle du gaz est bien moins marquée qu’en 2022, ce qui limite pour l’instant l’impact sur l’électricité. De plus, la demande des ménages est plus faible, le marché du travail moins dynamique, et les politiques monétaires et budgétaires plus restrictives qu’il y a quatre ans.
Un choc mondial aux effets imprévisibles
L’un des éléments les plus inquiétants soulevé par les économistes concerne **l’étendue géographique de la crise**. Contrairement à 2022, où les tensions étaient principalement localisées en Europe de l’Est, la situation actuelle au Moyen-Orient a des répercussions bien plus larges. « Un choc mondial a des effets indirects plus importants sur l’inflation, car les pressions sur les coûts s’exercent de manière plus généralisée le long des chaînes de valeur mondiales », expliquent-ils. Autrement dit, une escalade du conflit pourrait entraîner une **amplification non linéaire** des prix, bien au-delà des prévisions actuelles.
Les ménages, ayant déjà vécu une période d’inflation élevée, pourraient s’adapter plus rapidement aux nouvelles hausses de prix. Pourtant, cette capacité d’adaptation reste limitée par un contexte budgétaire plus tendu. Les gouvernements disposent en effet de **moins de marge de manœuvre** pour atténuer les effets de l’inflation, contrairement à 2022, où des plans de soutien massifs avaient été déployés. Cette contrainte réduit d’autant leur capacité à amortir le choc économique.
Une énergie moins volatile, mais une inflation toujours sous pression
Un point de comparaison rassurant avec 2022 réside dans la **structure de la hausse des prix de l’énergie**. Cette fois, c’est principalement le prix du pétrole qui augmente, tandis que celui du gaz reste contenu. Cette dynamique limite pour l’instant la pression sur les prix de l’électricité, d’autant que le développement des énergies renouvelables contribue à diversifier le mix énergétique. « La hausse des prix touche principalement le pétrole, tandis que celle du gaz reste beaucoup plus modérée », soulignent les économistes.
Cependant, cette relative stabilité du gaz ne doit pas occulter le fait que **l’inflation sous-jacente** – c’est-à-dire hors énergie et alimentation – reste bien au-dessus de l’objectif de la BCE. En mai, elle s’est établie à **2,5 %**, un niveau qui pousse certains analystes à envisager un **relèvement des taux d’intérêt** lors de la prochaine réunion du conseil des gouverneurs, prévue ce mois-ci. Pour autant, un resserrement monétaire plus agressif semble peu probable, les conditions économiques actuelles ne se prêtant pas à une flambée généralisée des prix.
Quels scénarios pour l’économie européenne ?
Les perspectives économiques pour la zone euro restent donc **incertaines**, entre des signaux encourageants – comme une inflation modérée dans certains secteurs – et des risques persistants. Les économistes de la BCE insistent sur la nécessité de surveiller de près **l’évolution des chaînes d’approvisionnement mondiales**, qui pourraient amplifier les chocs inflationnistes en cas de perturbation majeure. « Un choc mondial a des effets indirects plus importants sur l’inflation », rappellent-ils, soulignant que l’interdépendance des économies rend toute prévision particulièrement délicate.
Côté politique monétaire, la BCE devra trouver un équilibre entre **la lutte contre l’inflation** et le soutien à une croissance déjà fragile. Les marchés financiers, de leur côté, devraient réagir avec prudence aux prochaines annonces de l’institution, dans un contexte où les anticipations d’inflation restent élevées. Enfin, les États membres de la zone euro, dont les marges budgétaires sont limitées, devront composer avec des arbitrages complexes pour soutenir leur économie sans aggraver les déséquilibres.
Un enjeu politique autant qu’économique
Au-delà des chiffres et des analyses techniques, cette période illustre les **défis structurels** auxquels fait face l’Europe. La dépendance aux énergies fossiles, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et la nécessité de concilier transition écologique et compétitivité rendent toute prévision particulièrement complexe. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la zone euro parviendra à éviter un scénario similaire à celui de 2022, ou si, au contraire, elle devra faire face à une inflation encore plus tenace.
Ils soulignent que, malgré des conditions initiales moins défavorables (demande faible, politiques restrictives), la crise actuelle au Moyen-Orient a un **caractère plus global** que celle de 2022. Les chaînes de valeur mondiales étant plus interconnectées, une perturbation majeure pourrait avoir des effets en cascade bien plus importants sur les prix.
Les États pourraient recourir à des **mesures ciblées** pour soutenir les ménages et les entreprises les plus vulnérables, comme des subventions temporaires sur les prix de l’énergie ou des aides à la transition écologique. Cependant, leurs marges de manœuvre budgétaires sont réduites, ce qui limite leur capacité d’intervention.