Une opération internationale d’envergure coordonnée par Interpol a permis, en cinq jours, le démantèlement de réseaux de traite des êtres humains dans 59 pays répartis sur quatre continents. Selon Le Figaro, 1 024 suspects ont été arrêtés entre le 8 et le 12 juin dans le cadre de l’opération « Global Chain », menée conjointement par les autorités autrichiennes et roumaines avec le soutien d’Interpol, d’Europol, de Frontex et d’Ameripol.

Au total, 2 070 victimes ont été identifiées, dont 10 % de mineurs. Ces derniers, originaires d’Amérique du Nord, centrale et du Sud, étaient contraints à la prostitution. Les adultes, quant à eux, étaient déplacés vers d’autres continents pour y être exploités dans le travail forcé, la mendicité ou des activités criminelles. L’opération a notamment révélé l’ampleur des réseaux criminels transnationaux et leur capacité à exploiter les vulnérabilités économiques et migratoires.

Ce qu'il faut retenir

  • 1 024 arrestations réalisées dans 59 pays entre le 8 et le 12 juin 2026.
  • 2 070 victimes identifiées, dont 207 mineurs, majoritairement issus d’Amérique latine et du Sud.
  • 406 victimes brésiliennes envoyées au Cambodge pour travailler dans des centres d’escroqueries en ligne.
  • 17 suspects arrêtés en Belgique pour un réseau de traite de mineures recrutées via les réseaux sociaux.
  • L’opération « Global Chain » coordonnée depuis Rio de Janeiro et Skopje, avec des centres de commandement internationaux.

Une opération menée sur quatre continents, avec des coups de filet aux frontières

L’opération « Global Chain » s’est appuyée sur une coordination internationale sans précédent. Les polices de 59 pays – répartis en Afrique, en Amérique, en Europe et en Asie – ont mené des arrestations simultanées, ciblant les points de transit comme les aéroports et les frontières. Grâce au réseau sécurisé I-24/7 d’Interpol, les forces de l’ordre ont pu échanger des renseignements en temps réel, facilitant ainsi le démantèlement des réseaux criminels.

Deux centres de commandement internationaux, situés à Rio de Janeiro (Brésil) et à Skopje (Macédoine du Nord), ont piloté les opérations à distance. Cette organisation a permis de couvrir un vaste territoire et de synchroniser les interventions, malgré les différences de fuseaux horaires et les contraintes logistiques. Selon les autorités, cette approche centralisée a été déterminante pour identifier et arrêter les suspects avant qu’ils ne puissent fuir.

Des victimes majoritairement originaires d’Amérique latine et d’Europe de l’Est

Les données recueillies par Interpol montrent que 45 pays ont signalé des victimes, principalement issues de cinq pays : l’Argentine, la Colombie, le Venezuela, la Moldavie et le Népal. Ces individus étaient ciblés en raison de leur vulnérabilité économique ou sociale, puis trompés ou contraints avant d’être expédiés vers d’autres régions pour y être exploités.

Au Brésil, les autorités ont démantelé un réseau international acheminant des victimes vers le Cambodge, où elles étaient forcées de travailler dans des centres spécialisés dans les escroqueries en ligne. Sur les 406 victimes brésiliennes recensées, seules 83 étaient originaires du pays, illustrant l’ampleur transnationale de ce trafic. En Belgique, 17 suspects ont été interpellés pour un réseau de traite de mineures, recrutées via les réseaux sociaux avant d’être prostituées en Belgique ou en France.

« La traite des êtres humains demeure l'une des formes de criminalité organisée les plus lucratives et les plus répandues dans le monde, générant chaque année des centaines de milliards de revenus illicites et laissant des victimes avec des séquelles graves et durables. »

Valdecy Urquiza, secrétaire général d’Interpol, d’après Le Figaro

Une criminalité en constante adaptation aux évolutions économiques et géopolitiques

Interpol a souligné, dans son communiqué, la capacité des réseaux criminels à s’adapter aux opportunités économiques, aux dynamiques migratoires et aux changements géopolitiques. Les trafiquants exploitent les crises, comme les conflits armés ou les catastrophes naturelles, pour recruter des victimes ou étendre leurs activités.

L’opération « Global Chain » a mis en lumière cette adaptabilité, avec des cas de victimes contraintes à des activités variées, allant de la mendicité forcée au travail domestique ou criminel. Les autorités ont également noté une utilisation croissante des nouvelles technologies, comme les réseaux sociaux, pour recruter ou contrôler les victimes à distance. Cette évolution complique la tâche des enquêteurs, qui doivent désormais traquer des réseaux opérant dans l’ombre du numérique.

Et maintenant ?

Les autorités internationales prévoient de renforcer la coopération transfrontalière pour lutter contre ces réseaux. Une nouvelle opération, baptisée « Global Chain II », est déjà en préparation pour la fin de l’année 2026, avec pour objectif d’élargir le périmètre géographique et d’intégrer davantage de pays vulnérables aux flux migratoires. Interpol a également annoncé le déploiement d’une unité spécialisée dans la cybersécurité, afin de traquer les réseaux utilisant le dark web ou les cryptomonnaies pour blanchir leurs profits.

Par ailleurs, plusieurs organisations non gouvernementales appellent à un renforcement des sanctions contre les pays accusés de ne pas lutter efficacement contre la traite des êtres humains, notamment ceux où les victimes sont majoritairement originaires ou où les réseaux sont les plus actifs.

Cette opération rappelle l’urgence d’une réponse globale, combinant répression, protection des victimes et prévention. Comme l’a rappelé Interpol, la traite des êtres humains reste un fléau mondial, dont l’éradication nécessite une mobilisation continue des États, des institutions internationales et de la société civile.

Selon Interpol, les victimes identifiées bénéficient d’un accompagnement psychologique et juridique dans leur pays d’origine. Certaines seront placées sous protection ou bénéficieront de programmes de réinsertion. Les autorités locales et les ONG partenaires, comme l’OIM (Organisation internationale pour les migrations), assurent un suivi pour éviter une nouvelle exploitation. La durée de ce soutien varie en fonction des besoins individuels et des ressources disponibles dans chaque pays.

En France, le numéro vert 3919 (Violences femmes info) permet d’obtenir une écoute et des conseils. Pour les victimes résidant à l’étranger, le site d’Interpol propose une liste de contacts par pays via son portail dédié (www.interpol.int/fr/Comment-nous-aider/Victimes-de-crimes/Traite-des-etres-humains). Des plateformes comme Anti-Slavery International offrent également un soutien international.