Le secteur spatial attire à nouveau l’attention des investisseurs, porté par des projets ambitieux comme le programme lunaire américain Artemis et l’introduction en Bourse annoncée de SpaceX, évoquée comme historique par les observateurs. Selon Capital, cette dynamique relance l’intérêt pour les placements dans l’industrie spatiale, malgré les risques inhérents à un marché encore largement déficitaire. Les gestionnaires de fortune, comme la banque Lombard Odier, intègrent désormais ce secteur parmi leurs axes d’investissement majeurs, aux côtés de la santé ou de la cybersécurité.
Ce qu'il faut retenir
- Le marché spatial mondial pourrait passer de 630 milliards de dollars en 2023 à 1 800 milliards en 2035, selon une étude du Forum économique mondial et de McKinsey.
- SpaceX vise une valorisation de 2 000 milliards de dollars pour son introduction en Bourse, avec jusqu’à 30 % des actions réservées aux particuliers.
- Airbus, Thales et Leonardo préparent la fusion de leurs activités spatiales au sein du projet Bromo, une entité de 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 25 000 salariés.
- Les valorisations des entreprises spatiales pure players atteignent parfois plus de 100 fois leur chiffre d’affaires, avec des pertes annuelles récurrentes.
- Les experts recommandent de limiter son exposition à ce secteur à 10 % maximum de son portefeuille, en raison de sa forte volatilité.
Un regain d’intérêt porté par les ambitions lunaires et martiennes
La relance du programme Artemis par les États-Unis et l’annonce d’une introduction en Bourse de SpaceX ont redonné un souffle au secteur spatial, longtemps délaissé par les marchés. Selon Capital, cette effervescence s’explique aussi par la fusion en cours entre Airbus, Thales et Leonardo. Le projet Bromo, officiellement lancé fin 2025, vise à créer un champion européen capable de rivaliser avec les géants américains comme SpaceX ou Lockheed Martin. Ce rapprochement doit générer un chiffre d’affaires de 6,5 milliards d’euros et regrouper 25 000 salariés, avec un siège basé à Toulouse. Pourtant, les premiers bénéfices concrets ne sont attendus qu’à partir de 2027-2028, le temps que les autorités européennes valident l’opération.
Des valorisations boursières qui interrogent
Malgré des perspectives de croissance exceptionnelles, le secteur spatial suscite des interrogations sur la durabilité de ses valorisations. Selon Capital, des entreprises comme Rocket Lab affichent des capitalisations boursières atteignant près de 50 milliards de dollars pour seulement 600 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2025. L’analyste Matéis Mouflet, chez le courtier XTB, met en garde : « On est vraiment sur un secteur qui fait penser aux pires bulles spéculatives, portées par des particuliers enthousiastes, bien plus que par les fondamentaux des entreprises ». Les valorisations dépassent parfois 60 fois le chiffre d’affaires, avec des pertes nettes annuelles proches de 200 millions de dollars pour certaines sociétés. Les premiers bénéfices ne sont pas attendus avant 2027 ou 2028.
« L'exploration spatiale a été la plus performante de nos 25 thématiques sur les deux dernières années. »
— Roni Michaly, président de Galilée Asset Management
SpaceX, l’événement qui cristallise les attentions
L’introduction en Bourse de SpaceX, prévue d’ici juin 2026, s’annonce comme un événement historique. Selon les dernières estimations rapportées par Capital, la société d’Elon Musk vise une valorisation de 2 000 milliards de dollars pour une levée de fonds d’environ 75 milliards. Ce serait la plus importante introduction en Bourse de l’histoire. Pour la première fois, jusqu’à 30 % des actions pourraient être réservées aux petits épargnants, contre seulement 5 à 10 % dans une opération classique. Le Nasdaq a même adapté ses règles pour intégrer SpaceX à son indice principal dès quinze jours après son introduction. Une décision qui reflète l’engouement, mais aussi les risques d’un marché où « le récit compte plus que les chiffres », selon les mots de Matéis Mouflet.
Les indices thématiques, une alternative pour s’exposer au secteur
Face à la volatilité du secteur, certains gestionnaires proposent des solutions structurées pour limiter les risques. La société de gestion Galilée Asset Management a ainsi créé des indices thématiques propriétaires, comme l’ITG Espace, regroupant les 50 valeurs les plus représentatives. Ce produit structuré offre aujourd’hui un rendement compris entre 9 et 11 % par an, porté par la volatilité du marché. « L'exploration spatiale a été la plus performante de nos 25 thématiques sur les deux dernières années », souligne Roni Michaly. Une performance qui s’accompagne toutefois d’un avertissement : « L'investisseur doit comprendre qu'il embarque dans des montagnes russes ». Les experts recommandent de ne pas consacrer plus de 10 % de son portefeuille à ce secteur.
Avec un marché en pleine mutation et des acteurs historiques comme émergents, l’industrie spatiale reste un pari risqué, mais potentiellement rémunérateur pour ceux qui sauront naviguer entre enthousiasme et analyse rigoureuse.
Les principaux risques incluent des valorisations boursières excessives, des pertes financières récurrentes chez la majorité des entreprises pure players, et une forte volatilité des cours. Les experts recommandent de limiter son exposition à 10 % maximum du portefeuille et de privilégier des produits structurés ou des ETF thématiques pour réduire les risques.
Si l’opération suscite un fort engouement, les analystes mettent en garde contre un possible emballement spéculatif. Jusqu’à 30 % des actions pourraient être accessibles aux particuliers, mais les introductions en Bourse affichent souvent des performances décevantes dans les années suivant leur lancement. La prudence est donc de mise, surtout en l’absence de fondamentaux solides à court terme.