Plus de 250 Indiens affirmant descendre de la tribu biblique de Manassé ont atterri jeudi 22 avril 2026 à l’aéroport international de Tel-Aviv, selon Le Figaro. Cette arrivée marque le début d’une opération gouvernementale visant à faciliter l’installation en Israël de quelque 4 600 membres de la communauté « Bnei Menashe » (« Fils de Manassé »), originaires de l’État du Manipur, dans le nord-est de l’Inde.
Ce qu'il faut retenir
- Un premier contingent de 250 Bnei Menashe a débarqué à Tel-Aviv, accueilli sous une arche de ballons aux couleurs du drapeau israélien, selon les observations d’un journaliste de l’AFP.
- Ces Indiens revendiquent leur descendance de Manassé, l’une des douze tribus d’Israël mentionnée dans la Bible, déportée après l’invasion assyrienne en 720-721 av. J.-C.
- Le gouvernement israélien a validé en novembre 2025 le financement de leur immigration, un projet salué comme « historique » par le ministre de l’Intégration, Ofir Sofer.
- Les nouveaux arrivants devront suivre un processus de conversion pour obtenir la nationalité israélienne via la « loi du retour », qui accorde automatiquement la citoyenneté aux personnes d’ascendance juive.
- Le conflit armé dans le Manipur, opposant majoritairement les Meitei hindous aux Kuki chrétiens, a déjà causé la mort de plus de 250 personnes et entraîné la destruction de villages et de lieux de culte, dont des synagogues appartenant à la communauté Bnei Menashe.
Une communauté aux racines bibliques controversées
Les Bnei Menashe se présentent comme les descendants directs de Manassé, fils de Joseph, lui-même considéré comme l’un des patriarches des douze tribus d’Israël dans le récit biblique. Selon la tradition orale, leurs ancêtres auraient migré depuis le Moyen-Orient à travers la Perse, l’Afghanistan, le Tibet et la Chine avant de s’installer en Inde, précise Le Figaro. Bien qu’ils pratiquent certains rites juifs comme la circoncision, leur statut de Juifs n’est pas reconnu par le rabbinat officiel israélien, qui les considère comme des convertis au christianisme au XIXe siècle par des missionnaires.
Cette non-reconnaissance ne les empêche pas de revendiquer leur droit à l’immigration en Israël, un droit garanti par la « loi du retour » pour toute personne pouvant prouver son ascendance juive. Depuis les années 1990, environ 4 000 Bnei Menashe ont déjà immigré en Israël, tandis que quelque 7 000 autres résident encore dans le nord-est de l’Inde, selon les estimations de l’association Shavei Israël (« Ceux qui retournent en Israël »), chargée de retrouver les traces des « tribus perdues d’Israël ».
Un accueil symbolique et un contexte politique tendu
Les nouveaux arrivants ont été accueillis sous les chants de « Evenou shalom alechem » (« Nous vous apportons la paix »), interprétés par des dizaines de personnes. Après leur descente d’avion, ils ont traversé une arche décorée de ballons aux couleurs bleu et blanc du drapeau israélien, une scène rapportée par un journaliste de l’AFP présent sur place. Ofir Sofer, ministre israélien de l’Intégration, a salué ce jour comme « le début d’une opération qui permettra à toute la communauté d’immigrer », qualifiant l’événement de « moment historique ».
Pourtant, cette immigration intervient dans un contexte particulièrement difficile pour la communauté Bnei Menashe. Le Manipur, frontalier de la Birmanie, est le théâtre depuis plusieurs années d’un conflit ethnique entre les Meitei, majoritairement hindous, et la minorité Kuki, principalement chrétienne. Ce conflit a déjà fait plus de 250 morts et provoqué la destruction de villages entiers, ainsi que de plusieurs synagogues appartenant à la communauté Bnei Menashe. Selon les autorités israéliennes, au moins un membre de cette communauté a péri dans les violences, et les déplacements de population ont fragilisé leur situation.
Un processus d’intégration semé d’embûches
Les 250 Bnei Menashe arrivés jeudi doivent s’installer dans le nord d’Israël, où ils entameront un processus de conversion pour obtenir la nationalité israélienne. Cette démarche, obligatoire pour les non-Juifs souhaitant s’installer en Israël via la « loi du retour », peut prendre plusieurs années et implique une immersion dans la culture juive orthodoxe. « Comme leurs prédécesseurs, ils devront suivre une conversion religieuse avant de pouvoir devenir Israéliens », rappelle Le Figaro.
Cette procédure s’ajoute aux défis logistiques et administratifs liés à leur installation. Les autorités israéliennes ont annoncé en novembre 2025 leur intention de financer l’immigration de 4 600 Bnei Menashe, mais le calendrier précis et les modalités pratiques de leur accueil restent à préciser. Pour l’heure, aucun détail n’a été communiqué concernant les logements, les aides sociales ou les formations linguistiques qui leur seront proposées.
Cette immigration s’inscrit par ailleurs dans un contexte plus large de hausse des arrivées en Israël. Selon les dernières données disponibles, plus de 18 000 Juifs ont immigré en Israël depuis avril 2025, un chiffre en baisse de 18 % par rapport aux douze mois précédents. Parmi eux, 6 000 provenaient de Russie, 3 500 des États-Unis et 3 277 de France, illustrant une tendance à la diversification des origines des nouveaux immigrants.
Pour les Bnei Menashe, l’enjeu est double : échapper à un conflit qui ravage leur région d’origine et obtenir une reconnaissance religieuse qui leur ouvrira les portes d’Israël. Une quête qui, pour l’heure, ne fait que commencer.
Bien que les Bnei Menashe revendiquent leur descendance biblique et pratiquent certains rites juifs, leur statut n’est pas reconnu par le rabbinat israélien en raison de leur conversion au christianisme au XIXe siècle. Leur conversion, opérée par des missionnaires, les exclut de facto de la définition traditionnelle du judaïsme orthodoxe, qui exige une conversion religieuse reconnue. Leur intégration en Israël passe donc obligatoirement par un nouveau processus de conversion.