Une décision israélienne vient d’être annoncée en Cisjordanie occupée : la construction d’une base militaire dans la zone A, sous contrôle exclusif de l’Autorité palestinienne depuis les accords d’Oslo de 1993. Cela marque la première fois depuis cette date qu’Israël établit une installation militaire dans cette zone, selon RFI. Une mesure qui intervient alors que les tensions persistent dans le territoire et que des responsables israéliens ont, à plusieurs reprises, évoqué des projets d’annexion partielle ou totale de la Cisjordanie.

Ce qu'il faut retenir

  • Première depuis 1993 : Israël installe une base militaire en zone A de Cisjordanie, normalement réservée aux Palestiniens.
  • Violation des accords d’Oslo : La zone A devait rester sous contrôle palestinien, sans présence militaire israélienne permanente.
  • Réactions préoccupées : La décision suscite l’inquiétude parmi les Palestiniens et les observateurs internationaux.
  • Contexte tendu : Cette mesure intervient dans un climat où l’annexion de la Cisjordanie est régulièrement évoquée par certains responsables israéliens.

Une décision qui bouscule les accords d’Oslo

Signés en 1993 entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), les accords d’Oslo avaient prévu une division de la Cisjordanie en trois zones. La zone A, où se trouve désormais cette base militaire, devait être entièrement sous l’autorité de l’Autorité palestinienne. La zone B, pour sa part, était placée sous contrôle civil palestinien et militaire israélien, tandis que la zone C, la plus vaste, restait sous administration israélienne totale. Cette nouvelle installation militaire en zone A contredit directement ce partage territorial, comme le rappelle RFI.

Pour l’État hébreu, cette base pourrait servir à renforcer la sécurité dans une région où les attaques contre les colons israéliens ou les forces de l’ordre se multiplient. Cependant, pour les Palestiniens, cette décision est perçue comme une nouvelle preuve de l’expansion israélienne, déjà illustrée par l’augmentation des colonies en zone C.

Des réactions de part et d’autre de la ligne verte

Côté israélien, le gouvernement n’a pas encore officiellement réagi à l’annonce, mais des médias locaux évoquent une justification sécuritaire. « Cette base vise à répondre aux menaces terroristes croissantes dans la région », a déclaré un haut responsable militaire israélien sous couvert d’anonymat. De son côté, l’Autorité palestinienne a immédiatement condamné cette décision, la qualifiant d’« illégale au regard du droit international » et d’atteinte à la souveraineté palestinienne.

À Ramallah, des responsables ont appelé la communauté internationale à réagir. « Nous exigeons que l’ONU et l’Union européenne condamnent cette violation flagrante des accords », a indiqué un porte-parole du gouvernement palestinien. En Cisjordanie, des manifestations de protestation ont déjà été signalées dans plusieurs villes, comme Naplouse ou Hébron, où les habitants dénoncent une nouvelle étape vers l’annexion.

Un contexte politique israélien favorable aux mesures expansionnistes

Cette décision s’inscrit dans un contexte politique israélien marqué par une droite et une extrême droite de plus en plus favorables à l’annexion de parties de la Cisjordanie. Depuis 2020, plusieurs projets de loi visant à étendre la souveraineté israélienne sur des zones de Cisjordanie ont été déposés à la Knesset. En février 2026, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite, avait déjà évoqué la possibilité d’annexer la zone industrielle de Mishor Adumim, en zone C. « La sécurité d’Israël passe par une présence renforcée dans toute la Cisjordanie », avait-il alors affirmé.

Cette tendance alarme les défenseurs de la solution à deux États, qui y voient une menace pour la viabilité d’un futur État palestinien. « Chaque pas en avant vers l’annexion rend la création d’un État palestinien de plus en plus improbable », a souligné un analyste du centre de réflexion israélien « Peace Now ».

Et maintenant ?

La construction de cette base militaire pourrait prendre plusieurs mois, voire plus d’un an, selon les estimations des experts. D’ici là, les tensions en Cisjordanie devraient s’intensifier, avec un risque accru de heurts entre colons israéliens, forces de sécurité et Palestiniens. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU est d’ores et déjà évoquée pour les prochaines semaines, tandis que l’Union européenne pourrait durcir son discours à l’égard d’Israël. Reste à voir si cette décision entraînera des sanctions ou des mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale.

Quoi qu’il en soit, cette initiative israélienne en zone A risque de relancer le débat sur l’avenir des accords d’Oslo et, plus largement, sur la possibilité d’une solution pacifique au conflit israélo-palestinien. Une chose est sûre : le statu quo, déjà fragile, vient de subir un nouveau coup dur.

D’un point de vue juridique, cette installation militaire en zone A viole les accords d’Oslo de 1993, qui stipulent que cette zone doit rester sous contrôle exclusif de l’Autorité palestinienne. Israël pourrait être accusé de violation du droit international, notamment des conventions de Genève, qui interdisent à une puissance occupante de transférer sa population civile dans un territoire occupé. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait, à terme, être saisie de ce dossier.