Alors que le Parlement israélien examine un projet de dissolution pouvant entraîner des élections anticipées, la procureure générale Gali Baharav-Miara a tiré la sonnette d’alarme sur un « démantèlement » des institutions démocratiques, selon BMF - International. Dans un discours prononcé lundi 1er juin 2026 lors d’une conférence de l’Association du barreau israélien à Eilat, elle a dénoncé deux réformes en discussion qui, si elles étaient adoptées, modifieraient radicalement l’équilibre des pouvoirs en Israël.

Ce qu'il faut retenir

  • La procureure générale Gali Baharav-Miara met en garde contre un recul démocratique en Israël, évoquant un « démantèlement » des institutions.
  • Deux projets de loi menacent de réduire ses pouvoirs et d’étendre ceux du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.
  • Le gouvernement est accusé de ne pas respecter des décisions de la Cour suprême, notamment sur la conscription des ultra-orthodoxes.
  • Israël mène depuis plus de deux ans des opérations militaires à Gaza et depuis mars 2026 contre le Hezbollah au Liban.
  • Ces réformes interviennent dans un contexte de tensions internes et externes déjà fortes.

Une figure clé face à une offensive contre l’indépendance judiciaire

Gali Baharav-Miara, en poste depuis 2022 et également conseillère juridique du gouvernement, s’oppose depuis l’arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu à certaines décisions de l’exécutif. Ces désaccords ont conduit l’équipe dirigeante à engager une procédure de destitution à son encontre, illustre le rapport de BMF - International. Dans son intervention à Eilat, elle a résumé la situation en ces termes : « À l’approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques ».

Parmi les réformes visées, l’une propose de réduire les prérogatives de la procureure générale en créant un poste similaire, mais dont le titulaire serait nommé exclusivement par le ministre de la Justice. L’autre renforcerait les pouvoirs du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, dont l’influence au sein du gouvernement s’est accrue ces dernières années.

Un système judiciaire sous pression

Selon la procureure générale, « si ces deux textes sont adoptés, le système d’application de la loi dans l’État d’Israël changera complètement de nature ». Elle a également critiqué l’attitude du gouvernement, qu’elle accuse d’appeler ouvertement à ne pas respecter les décisions de justice de la Cour suprême. Elle a cité en exemple l’inaction de l’État après un arrêt de 2024 obligeant Israël à sanctionner les juifs ultra-orthodoxes refusant la conscription.

« Le chef d’état-major réclame des soldats et il n’est plus possible de l’ignorer », a-t-elle souligné. « L’État ne peut pas ignorer la loi qui impose la conscription pour tous, ni le tort causé au principe d’égalité ». Ces tensions surviennent alors qu’Israël est engagé militairement sur deux fronts : depuis mars 2026, des opérations sont menées contre le Hezbollah au Liban, et depuis plus de deux ans, contre le Hamas dans la bande de Gaza.

Contexte politique et tensions institutionnelles

Le gouvernement de Benjamin Netanyahu, en place depuis fin 2022, a toujours été marqué par des frictions avec les institutions judiciaires. Ces désaccords se sont intensifiés avec la tentative de réforme du système judiciaire, une initiative controversée qui a provoqué des manifestations massives dans le pays. La procédure de destitution lancée contre Gali Baharav-Miara s’inscrit dans cette dynamique, où l’exécutif cherche à consolider son contrôle sur les leviers clés de l’État.

« Le gouvernement appelle à ne pas respecter des décisions de justice », a-t-elle dénoncé, rappelant que la Cour suprême a rappelé à plusieurs reprises l’obligation pour l’État de faire respecter la loi, y compris sur des questions sensibles comme l’égalité devant la conscription. Ces débats surviennent alors qu’Israël fait face à des défis sécuritaires majeurs, tant à ses frontières qu’en interne.

Des réformes qui redéfinissent les équilibres

Le premier projet de loi, visant à réduire les pouvoirs de la procureure générale, est perçu comme une attaque frontale contre l’indépendance du parquet. Actuellement, cette institution joue un rôle central dans la lutte contre la corruption et dans la garantie de l’État de droit. Sa mise sous tutelle politique pourrait affaiblir significativement son action.

Le second texte, qui étendrait les prérogatives du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, suscite également des inquiétudes. Connu pour ses positions radicales, Ben Gvir a déjà été au cœur de polémiques, notamment pour ses déclarations sur la minorité arabe ou ses appels à durcir les politiques sécuritaires. Son ministère pourrait voir ses compétences élargies dans un domaine déjà sensible.

« Le système d’application de la loi dans l’État d’Israël changera complètement de nature », a prévenu Gali Baharav-Miara, soulignant que ces réformes remettraient en cause des décennies de construction institutionnelle. Elle a appelé à un sursaut pour préserver l’État de droit, dans un contexte où les défis sécuritaires pourraient servir de prétexte à des mesures d’exception.

Et maintenant ?

Le Parlement israélien doit examiner ces réformes dans les prochaines semaines, alors que la fin du mandat de la Knesset actuelle approche. Leur adoption pourrait entraîner des élections anticipées, un scénario qui ajoute une dimension politique à un débat déjà tendu. La communauté internationale, notamment les partenaires européens d’Israël, suivra de près ces développements, alors que le pays est déjà sous le feu des critiques pour sa gestion des conflits et des questions internes.

Reste à voir si les alertes de la procureure générale, ou les pressions internationales, parviendront à infléchir la trajectoire du gouvernement. Une chose est sûre : l’équilibre entre sécurité et démocratie, déjà fragilisé, pourrait basculer davantage en faveur du premier terme.

Ces réformes surviennent dans un contexte régional explosif. Depuis mars 2026, Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah au Liban, en réponse à des tirs transfrontaliers. À Gaza, les combats contre le Hamas se poursuivent, malgré plusieurs tentatives de trêve avortées. Ces conflits, couplés aux tensions internes, placent le pays dans une situation de crise multidimensionnelle.

La question n’est plus seulement celle de la démocratie israélienne, mais aussi de sa capacité à concilier sécurité et État de droit dans un environnement régional hostile. La procureure générale l’a rappelé : « L’État ne peut pas ignorer la loi ». Reste à savoir si le gouvernement en fera de même.

Gali Baharav-Miara est la procureure générale d’Israël depuis 2022 et conseillère juridique du gouvernement. Elle s’oppose depuis des mois à certaines décisions de l’exécutif de Benjamin Netanyahu, notamment sur des questions de conscription et de respect des décisions de justice. Ces désaccords ont conduit le gouvernement à engager une procédure de destitution à son encontre, une première dans l’histoire récente du pays.

Le premier projet vise à réduire les pouvoirs de la procureure générale en créant un poste similaire, mais dont le titulaire serait nommé par le ministre de la Justice. Le second élargirait les compétences du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, notamment en matière de sécurité intérieure. Ces deux textes sont perçus comme une remise en cause de l’indépendance des institutions judiciaires et de l’équilibre des pouvoirs.