Selon BFM Business, le Sénat italien s’apprête à promulguer une loi-cadre visant à autoriser le déploiement de réacteurs nucléaires dans le pays. Cette initiative, portée par la présidente du Conseil Giorgia Meloni, s’inscrit dans une stratégie de renforcement de la souveraineté énergétique face aux chocs géopolitiques et à la volatilité des prix de l’énergie.
Ce qu'il faut retenir
- Le Sénat italien doit voter prochainement une loi-cadre pour relancer le nucléaire, trente-six ans après la fermeture des dernières centrales du pays.
- Cette décision vise à réduire la dépendance italienne aux importations d’électricité, notamment française, qualifiée par un expert d’« avoir trois réacteurs en service pour l’Italie depuis plus de trente ans ».
- Rome dispose de douze mois pour établir les règles de régulation et de gestion des déchets, après la promulgation du texte.
- Des entreprises comme Newcleo, spécialisée dans les petits réacteurs modulaires, ont déjà reçu des demandes d’industriels italiens pour des projets concrets.
- La Confédération générale de l’industrie italienne (Confindustria) exhorte le gouvernement à accélérer aussi sur les énergies renouvelables, avec 130 gigawatts de projets en attente.
- Le ministre de l’Environnement, Gilberto Pichetto Fratin, défend le nucléaire en soulignant les limites topographiques du pays pour un déploiement massif des renouvelables.
Un tournant énergétique après trois décennies sans nucléaire
La décision de relancer le nucléaire en Italie intervient près de quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, qui avait marqué un tournant dans la politique énergétique du pays. Le 26 avril 1986, l’explosion d’un réacteur en Ukraine avait provoqué une contamination radioactive touchant, entre autres, le nord de l’Italie. Malgré une exposition marginale comparée à d’autres pays européens, les craintes de l’opinion publique avaient conduit, en 1987, à un référendum national sanctionnant l’abandon définitif du nucléaire. Toutes les centrales avaient été fermées en 1990. Aujourd’hui, Rome envisage un retour en grâce de cette énergie, sous une forme modernisée.
Une loi-cadre pour préparer le terrain des petits réacteurs modulaires
La semaine prochaine, le Sénat italien devrait adopter une loi-cadre permettant au gouvernement de définir les règles nécessaires au déploiement de nouveaux réacteurs. Cette mesure, portée par Giorgia Meloni, vise à sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays, soumis aux aléas géopolitiques — comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie — et aux fluctuations des marchés des combustibles fossiles. « C’est comme si la France avait trois réacteurs nucléaires en service pour l’Italie depuis plus de trente ans », avait déclaré récemment Davide Tabarelli, analyste en énergie, à Politico, soulignant la dépendance structurelle du pays.
Le texte doit encore être promulgué, puis Rome disposera d’un délai d’un an pour établir les procédures de régulation et de gestion des déchets nucléaires. Les demandes de construction pourront ensuite être examinées, avant que ne débutent les autorisations. Un processus long, dans un pays où l’énergie nucléaire était absente depuis des décennies.
Des acteurs industriels déjà mobilisés pour les nouveaux projets
Plusieurs entreprises se positionnent sur ce marché émergent. Parmi elles, Newcleo, une start-up franco-italienne spécialisée dans les petits réacteurs modulaires refroidis au plomb et alimentés par des déchets nucléaires recyclés. Selon le Financial Times, la société a déjà levé 675 millions d’euros pour développer ses technologies et commercialiser ses installations. Son directeur général, le physicien Stefano Buono, a indiqué avoir reçu des demandes de renseignements de la part d’industriels italiens souhaitant utiliser ces réacteurs pour alimenter leurs activités énergivores.
« Dès que nous aurons le règlement, nous pourrons déposer la demande de construction d’une centrale nucléaire », a-t-il expliqué, évoquant un calendrier optimiste. Pourtant, les défis restent nombreux : validation des modèles, acceptation par l’opinion publique, et surtout, temps nécessaire à la construction de ces infrastructures complexes.
Les renouvelables, une alternative encore en suspens
Face aux délais imposés par le nucléaire, la puissante Confédération générale de l’industrie italienne (Confindustria) a appelé le gouvernement à accélérer le développement des énergies renouvelables. Selon le Financial Times, quelque 130 gigawatts de projets photovoltaïques et éoliens — soit le double de la puissance installée du parc nucléaire français — attendent une approbation officielle. Les blocages administratifs et les débats sur les emplacements ralentissent cependant leur mise en œuvre.
Le ministre de l’Environnement, Gilberto Pichetto Fratin, justifie partiellement cette priorité au nucléaire en raison des contraintes géographiques de l’Italie : « Le pays compte deux tiers de zones vallonnées et montagneuses, largement cultivées et dotées d’un potentiel touristique majeur. On ne peut pas les recouvrir de panneaux solaires et d’éoliennes », a-t-il rappelé lors d’une récente conférence. Une position qui reflète les tensions entre les partisans d’une transition énergétique rapide et ceux qui prônent une approche pragmatique.
Un débat qui divise entre urgence climatique et réalisme industriel
Les opposants au nucléaire, notamment parmi les militants écologistes et les acteurs des énergies renouvelables, dénoncent une stratégie qui détournerait l’attention des solutions les plus simples et rapides pour décarboner l’économie. Ils pointent aussi le manque de maturité commerciale des petits réacteurs modulaires, dont les modèles restent à prouver à grande échelle. Selon une enquête de l’Association nucléaire mondiale, l’Italie reste bien plus sceptique que la plupart des pays de l’UE à l’égard de cette technologie.
Pourtant, les partisans du nucléaire, dont le ministre Pichetto Fratin, estiment que l’urgence énergétique et climatique justifie cette relance. Ils rappellent que le pays importe encore une partie de son électricité, et que les chocs récents sur les marchés ont révélé la vulnérabilité de cette dépendance. « Le devoir du gouvernement est de créer les conditions permettant aux investisseurs de se lancer », avait-il souligné avant le premier vote de la loi-cadre, selon Associated Press.
Une chose est sûre : l’Italie s’engage sur un chemin complexe, où le temps jouera un rôle clé. Entre indépendance énergétique, transition écologique et réalités industrielles, le gouvernement devra concilier des impératifs souvent contradictoires.
Les principaux risques incluent les délais de construction, souvent longs pour ce type d’infrastructures, ainsi que l’acceptation par l’opinion publique, historiquement réticente après Tchernobyl et Fukushima. Les opposants pointent aussi le coût élevé des projets et la gestion des déchets nucléaires, un sujet toujours sensible en Italie.
Les petits réacteurs modulaires (SMR) présentent l’avantage d’être plus rapides à construire, moins coûteux et adaptables à des besoins locaux. Ils peuvent aussi fonctionner avec des déchets nucléaires recyclés, une solution présentée comme plus durable par leurs promoteurs, comme la start-up Newcleo.