Alors que le conflit au Moyen-Orient s’éternise et menace de s’étendre, le Japon se trouve aujourd’hui à un carrefour énergétique critique. Sanae Takaichi, la première ministre japonaise, a appelé lundi la population à « continuer à rester calme », alors que les craintes de pénuries de carburant et de produits dérivés des hydrocarbures s’intensifient. Selon Le Figaro, cette mise en garde intervient dans un contexte où l’archipel dépend largement des importations d’énergie en provenance de cette région instable.
Ce qu'il faut retenir
- Le Japon dépend à 80 % du Moyen-Orient pour son approvisionnement en pétrole et en produits dérivés comme le soufre, le naphta ou l’hélium.
- Sanae Takaichi a créé une task force dirigée par le ministre de l’Économie Ryomasa Akazawa pour gérer les perturbations des approvisionnements.
- L’Indonésie, bien que fournisseur mineur en gaz naturel, représente le principal exportateur de charbon vers le Japon, un enjeu clé dans cette crise.
- Le blocage partiel du détroit d’Ormuz, survenu trois semaines plus tôt, a déjà fragilisé l’approvisionnement mondial en pétrole.
Dès mardi, la première ministre a nommé Ryomasa Akazawa à la tête d’une cellule dédiée aux crises énergétiques. Son objectif ? Anticiper et corriger les perturbations causées par la guerre au Moyen-Orient sur les chaînes d’approvisionnement japonaises. Ces tensions surviennent alors que le Japon importe près de 90 % de son énergie, dont une part majeure provient de pays directement touchés par le conflit. « La situation reste sous contrôle, mais nous devons agir avec prudence », a précisé un conseiller du gouvernement cité par Le Figaro.
L’Indonésie, un partenaire énergétique sous-exploité ?
Dans ce contexte tendu, le Japon a choisi de renforcer sa coopération avec l’Indonésie, un pays qui joue un rôle stratégique bien que discret. Mardi, Sanae Takaichi a reçu en grande pompe à Tokyo le président indonésien Prabowo Subianto. À l’issue de leur entretien, les deux dirigeants ont annoncé une amélioration de leur collaboration dans le domaine de l’énergie, sans pour autant détailler les modalités concrètes de cet accord. L’Indonésie, premier exportateur mondial de charbon, fournit actuellement environ 15 % des besoins japonais en charbon, un combustible clé pour la production d’électricité. « Nous allons travailler ensemble pour sécuriser nos approvisionnements et diversifier nos sources », a déclaré Sanae Takaichi.
Pourtant, le Japon n’a pas encore pleinement exploité ce partenariat. L’archipel pourrait, à l’avenir, miser davantage sur l’Indonésie pour compenser les réductions de livraisons en provenance du Moyen-Orient. Le charbon indonésien, bien que moins polluant que d’autres sources fossiles, reste une solution transitoire dans la stratégie énergétique japonaise, en attendant le développement des énergies renouvelables. « Ce sommet marque une étape importante, mais il faudra voir si les engagements se concrétisent », analyse un expert en géopolitique énergétique.
Un contexte géopolitique explosif
Le Japon n’est pas le seul pays à subir les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Le blocage partiel du détroit d’Ormuz, qui concentre près de 20 % du trafic mondial de pétrole, a déjà provoqué une hausse des cours du brut de 12 % en trois semaines. Selon plusieurs analystes, si la situation devait s’aggraver, le monde pourrait faire face à un nouveau choc pétrolier, comparable à celui des années 1970. « Les perturbations actuelles sont limitées, mais elles pourraient s’amplifier si le conflit s’étend », met en garde un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) cité par Le Figaro.
Le Japon, en particulier, est vulnérable. Le pays importe près de 90 % de son pétrole et 70 % de son gaz naturel, principalement en provenance du Moyen-Orient. Les produits dérivés, comme le soufre utilisé dans l’industrie chimique ou l’hélium indispensable aux technologies médicales, sont également menacés. « Une pénurie prolongée aurait des répercussions bien au-delà du secteur énergétique », souligne un économiste interrogé par le quotidien. Les réserves stratégiques du Japon, estimées à 90 jours de consommation pour le pétrole, pourraient être mises à rude épreuve en cas de rupture durable des approvisionnements.
Le Japon se trouve donc à un moment charnière. Alors que la guerre au Moyen-Orient menace ses approvisionnements, le pays mise sur la diplomatie et la diversification pour éviter le pire. Une chose est sûre : la stabilité de la région et la capacité des acteurs internationaux à trouver une issue diplomatique seront déterminantes dans les semaines à venir.
Selon Le Figaro, le Japon craint avant tout des pénuries de soufre, utilisé dans l’industrie chimique, de naphta, une matière première pour la pétrochimie, et d’hélium, indispensable dans les technologies médicales et spatiales. Ces produits, souvent ignorés, jouent un rôle clé dans plusieurs secteurs industriels japonais.
