Alors que l’Argentine tente de stabiliser son économie après des années d’hyperinflation, le président Javier Milei durcit le ton face au Parlement. Selon BFM Business, il a annoncé jeudi 8 août 2026 qu’un mécanisme inspiré du « shutdown » américain pourrait paralyser les activités non essentielles de l’État si les députés ne parviennent pas à adopter un budget équilibré « en quelques semaines ». Une annonce qui s’inscrit dans une série de réformes radicales visant à assainir les finances publiques, malgré les tensions sociales croissantes.
Ce qu’il faut retenir
- Javier Milei menace de déclencher un « shutdown » argentin en cas de déficit budgétaire prolongé, sur le modèle du blocage administratif américain.
- Le président propose une réforme de la Banque centrale pour interdire tout financement monétaire de l’État et renforcer son indépendance.
- L’inflation est passée de 161 % en 2023 à 33,5 % en 2026, mais au prix d’une austérité sévère et de suppressions d’emplois massives.
- Le FMI a salué les progrès macroéconomiques de l’Argentine, mais l’opposition syndicale dénonce déjà les conséquences sociales des mesures.
- Le parti de Milei, bien que première force à la Chambre, peine à obtenir une majorité absolue pour faire adopter ses textes.
Une réforme monétaire radicale pour briser l’inflation
Dans une allocution télévisée, Javier Milei a détaillé les contours de sa réforme de la Banque centrale argentine (BCRA), présentée comme une priorité pour son mandat. L’objectif affiché est de mettre fin à ce qu’il qualifie d’« escroquerie » : le financement monétaire des dépenses publiques par la création de monnaie. « Le vol par le politique, via la falsification de monnaie pour financer l’État, doit cesser », a-t-il lancé, ajoutant que l’inflation, « phénomène monétaire », serait combattue par une mission claire : « préserver la valeur de la monnaie ».
La nouvelle « charte organique » de la BCRA prévoit notamment l’interdiction catégorique de tout financement de l’État, que ce soit pour le Trésor, les provinces ou l’achat de titres publics. Pour garantir son indépendance, la révocation du président de la banque et de son conseil d’administration ne pourra désormais intervenir qu’à la majorité des deux tiers des deux chambres du Parlement. Une disposition qui vise à protéger la banque des pressions politiques, souvent accusées de laxisme monétaire dans le passé.
Un « carcan budgétaire » pour éviter les déficits
Parallèlement à la réforme monétaire, Javier Milei a présenté un mécanisme de « carcan budgétaire » conçu pour garantir l’équilibre des comptes publics. Selon ses propos, « si, pendant plusieurs mois consécutifs, le résultat budgétaire est déficitaire, le Parlement disposera de quelques semaines pour ramener les comptes à l’équilibre ». Sans réponse de l’assemblée, un « shutdown » serait automatiquement déclenché. Ce dernier se traduirait par la paralysie des activités non essentielles de l’État : gel des nouvelles dépenses, interruption des transferts aux provinces, suspension des recrutements et des attributions de contrats.
Ce dispositif s’inspire directement du « shutdown » américain, où l’administration fédérale est partiellement paralysée en cas de blocage budgétaire entre le Congrès et le président. Pour Milei, cette menace vise à forcer les députés à adopter une discipline budgétaire stricte, dans un contexte où son parti libertarien, bien que majoritaire à la Chambre des députés, peine à obtenir une majorité absolue pour faire passer ses réformes.
Un contexte économique tendu, entre progrès et contestations
Les annonces de Javier Milei interviennent trois jours après la visite à Buenos Aires de Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Lors de cette rencontre, celle-ci a salué les « progrès de stabilité macroéconomique et financière » réalisés par l’Argentine depuis 2023, année de l’arrivée de Milei au pouvoir. Depuis, le gouvernement a mis en œuvre une politique d’austérité drastique, qui a permis de réduire l’inflation de 161 % à 33,5 % en trois ans. Pourtant, cette stabilisation s’est accompagnée d’un coût social élevé : licenciements massifs, coupes budgétaires et démantèlement d’infrastructures publiques ont alimenté le mécontentement, notamment dans la fonction publique.
Rodolfo Aguiar, dirigeant du syndicat des fonctionnaires ATE, a réagi vivement aux propositions de Milei sur le réseau social X. « Le ‘shutdown’ a déjà commencé et c’est vous, avec vos politiques, qui l’avez provoqué », a-t-il écrit, dénonçant la dégradation des services essentiels. « De nombreux services ne sont plus garantis en raison des mesures d’austérité, des coupes et des licenciements massifs. » Ces critiques illustrent la polarisation croissante autour des réformes de Milei, entre soutien à la lutte contre l’inflation et inquiétudes face à leurs conséquences sociales.
Une stratégie politique à double tranchant
Pour l’économiste Daniel Marx, ancien administrateur de la BCRA, les réformes annoncées par Milei visent avant tout à « réduire le risque lié à la présidentielle de 2027 ». En Argentine, les années électorales sont souvent marquées par une forte volatilité financière, les marchés redoutant les revirements de politique économique après un changement de gouvernement. En renforçant l’autonomie de la Banque centrale et en verrouillant le budget, Milei cherche à ancrer la crédibilité de l’Argentine auprès des investisseurs internationaux.
Le FMI a d’ores et déjà apporté son soutien à la réforme de la BCRA, la qualifiant de « clé pour un retour de l’Argentine sur les marchés internationaux du crédit ». Cette approbation contraste avec les tensions internes, où l’opposition et les syndicats dénoncent une « thérapie de choc » aux conséquences désastreuses pour les plus vulnérables. Bref, l’équation à laquelle Milei est confronté est complexe : concilier rigueur budgétaire, stabilité économique et paix sociale, dans un pays où les crises se succèdent depuis des décennies.
Reste à voir si cette stratégie parviendra à concilier les impératifs économiques et les attentes sociales, dans un pays où la défiance envers les institutions reste profonde. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’avenir de la politique économique argentine.
Un « shutdown » désigne, aux États-Unis, une paralysie partielle de l’administration fédérale lorsque le Congrès et le président ne parviennent pas à s’accorder sur le budget fédéral. En Argentine, Javier Milei propose un mécanisme similaire : en cas de déficit budgétaire prolongé, les activités non essentielles de l’État seraient gelées (recrutements suspendus, contrats interrompus, transferts aux provinces stoppés). Seuls les services vitaux resteraient opérationnels.
Javier Milei accuse la Banque centrale argentine d’avoir, par le passé, financé les dépenses publiques par la création monétaire, alimentant ainsi l’inflation. En rendant sa réforme indépendante des pressions politiques, il cherche à rétablir la confiance des investisseurs et à stabiliser la monnaie, comme le préconise le FMI. La nouvelle charte organique vise à interdire tout financement direct de l’État par la BCRA.