Alors que la campagne présidentielle de 2027 s’amorce, le leader de La France Insoumise (LFI) a dévoilé ce jeudi 4 juin les grandes lignes de son programme économique, selon BFM Business. Ce document, attendu par ses soutiens comme par ses détracteurs, s’inscrit dans une stratégie globale visant à répondre aux défis sociaux, écologiques et industriels du pays. Autant dire que les propositions de Mélenchon devraient alimenter les débats dans les semaines à venir, alors que les sondages le placent comme un acteur clé de la gauche radicale.
Ce qu'il faut retenir
- Une fiscalité redistributive : augmentation de l’impôt sur les grandes fortunes et les multinationales.
- Nationalisations ciblées : retour de l’État dans les secteurs stratégiques comme l’énergie et les transports.
- Plan d’investissement massif dans les services publics et la transition écologique, financé par une hausse des taxes sur les superprofits.
- Relance du pouvoir d’achat via des mesures ciblées comme le SMIC à 1 600 € net et le blocage des prix sur les produits de première nécessité.
- Sortie des traités européens restrictifs, notamment ceux liés à la libéralisation des marchés et aux règles budgétaires.
- Création d’un fonds souverain pour financer les projets industriels et sociaux, alimenté par une taxe sur les transactions financières.
Un programme inspiré des modèles nordiques
Dans un entretien accordé à plusieurs médias économiques, Jean-Luc Mélenchon a détaillé les orientations de son projet, qu’il présente comme « un remède aux inégalités croissantes ».
« La France doit rompre avec l’austérité et le dogme du marché autorégulateur. Notre programme repose sur trois piliers : justice sociale, souveraineté industrielle et écologie », a-t-il déclaré.Parmi les mesures phares, on retrouve une hausse de l’impôt sur la fortune, passant de 1,5 % à 3 % pour les patrimoines supérieurs à 2 millions d’euros, ainsi qu’un alourdissement de l’impôt sur les sociétés pour les entreprises réalisant plus de 100 millions d’euros de bénéfices annuels. Ces recettes supplémentaires serviraient à financer un plan d’urgence pour les services publics, avec notamment la réouverture de maternités et de postes de police dans les zones rurales.
Nationalisations et souveraineté industrielle : les mesures phares
Le volet industriel du programme s’articule autour d’une série de nationalisations, ciblant en priorité EDF, Engie et la SNCF. Ces entreprises seraient placées sous contrôle public, avec pour objectif de garantir des tarifs accessibles et de relancer les investissements dans les énergies renouvelables. Mélenchon a également évoqué la création d’un fonds souverain, doté de 50 milliards d’euros, alimenté par une taxe de 0,1 % sur les transactions financières. Ce fonds aurait pour mission de soutenir les PME innovantes et les grands projets industriels, notamment dans les secteurs des batteries électriques et de l’hydrogène vert. Selon les estimations, ces mesures pourraient générer jusqu’à 300 000 emplois directs et indirects d’ici 2029.
Autre mesure symbolique : la sortie des traités européens jugés trop libéraux, comme le pacte de stabilité ou le traitement de l’énergie. « Ces textes empêchent la France de mener une politique ambitieuse de relance, a expliqué Mélenchon. Nous proposerons un référendum pour renégocier ces accords ou, à défaut, les contourner. » La question de la légalité de ces mesures au regard du droit européen reste cependant un sujet de débat parmi les juristes.
Transition écologique et justice sociale au cœur du projet
Le programme économique de Mélenchon place la transition écologique au même niveau que la justice sociale. Une taxe carbone renforcée, passant de 44 € à 100 € la tonne de CO₂ d’ici 2028, est prévue, avec un reversement intégral des recettes aux ménages modestes. Par ailleurs, le leader insoumis propose d’instaurer un SMIC à 1 600 € net, soit une hausse de près de 200 € par rapport au niveau actuel, et de bloquer les prix sur les produits alimentaires de base pendant un an. « Il s’agit de protéger le pouvoir d’achat des Français face à l’inflation, qui a encore atteint 5,2 % en mai 2026 », a-t-il rappelé.
Côté énergie, Mélenchon mise sur un plan de sobriété énergétique, avec des subventions pour la rénovation thermique des logements et le développement des transports en commun gratuits dans les grandes villes. « Nous voulons faire de la France le leader européen de la transition juste, a-t-il souligné. Cela passe par des investissements massifs dans les énergies renouvelables, mais aussi par une reconversion industrielle pour sauver les emplois dans les secteurs en déclin, comme la sidérurgie ou l’automobile. »
Si le programme économique de Mélenchon séduit une partie de l’électorat de gauche, il suscite également de vives critiques. Les milieux patronaux, réunis au Medef, ont déjà prévenu que de telles mesures « décourageraient l’investissement et alourdiraient la dette publique ». De leur côté, les écologistes d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) saluent l’ambition écologique du projet, mais s’interrogent sur sa faisabilité budgétaire. « Il faudra des arbitrages, a reconnu Mélenchon. Mais l’urgence sociale et climatique justifie ces sacrifices temporaires. »
Le programme prévoit la nationalisation d’EDF, d’Engie et de la SNCF, ainsi que la création de structures publiques dans les secteurs stratégiques comme l’énergie, les transports et les télécommunications. Ces nationalisations s’accompagneraient d’un contrôle renforcé de l’État sur les tarifs et les investissements.
Le financement reposerait sur plusieurs leviers : une hausse de l’impôt sur les grandes fortunes et les multinationales, une taxe sur les superprofits, une taxe sur les transactions financières (0,1 %), et une réforme de la fiscalité locale pour faire contribuer davantage les communes les plus riches. Un fonds souverain de 50 milliards d’euros serait également créé.