À 44 ans, Emily Reynolds dirige une entreprise de relations publiques à New York. Comme beaucoup de professionnels occupant des postes à responsabilité, elle subit une pression croissante pour paraître plus jeune. « Avec cette responsabilité vient la pression de paraître jeune », explique-t-elle. Reynolds a ainsi eu recours au Botox, aux injections de comblement, aux traitements laser et aux soins hydratants pour le visage. Une employée de 30 ans dans le même secteur, Alanna Barry, justifie quant à elle son projet d’un traitement dentaire Invisalign par un souhait d’améliorer son apparence : « Vous avez tendance à obtenir de meilleurs débouchés que quelqu’un qui n’est peut-être pas à son avantage. »

Ce qu'il faut retenir

  • Les professionnels des secteurs exigeants, comme la communication ou la tech, ressentent une pression accrue pour paraître jeunes, au point de recourir à la chirurgie esthétique ou aux soins dermatologiques.
  • Une étude de 2023 révèle que les titulaires d’un MBA jugés attrayants gagnent 2,4 % de plus que leurs pairs, avec un écart pouvant atteindre 5 500 dollars par an pour les personnes les plus belles.
  • Les hommes représentent désormais 7 % des patients en chirurgie plastique aux États-Unis, selon la Société américaine des chirurgiens plastiques.
  • Les recruteurs nord-américains avouent privilégier les profils au look reposé, allant jusqu’à modifier leur CV pour masquer leur expérience afin d’éviter d’être perçus comme « trop âgés » pour le poste.

L’apparence, un atout professionnel de plus en plus valorisé

Selon Courrier International, l’impact de l’apparence dans le milieu professionnel est un phénomène largement documenté. Les personnes jugées attirantes, ainsi que les hommes de grande taille, bénéficient d’un avantage salarial et d’une crédibilité accrue. Comme le rapporte le quotidien canadien La Presse, une étude de 2023 relayée par Business Insider a mis en évidence que les titulaires d’un MBA jugés attrayants perçoivent un salaire supérieur de 2,4 % à celui de leurs homologues moins favorisés par la nature. Dans le même registre, les individus les plus beaux pourraient gagner jusqu’à 5 500 dollars (environ 4 700 euros) de plus par an.

Les hommes, longtemps épargnés par cette pression, sont désormais de plus en plus nombreux à franchir le pas. La Société américaine des chirurgiens plastiques indique que les hommes représentent 7 % des patients en chirurgie plastique, un chiffre en hausse constante. « Les hommes influents du secteur de la tech sont de plus en plus nombreux à recourir au lifting », précise l’organisme.

Le Canada, miroir des transformations en cours

Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis. Au Canada, Élisabeth Starenkyj, coprésidente du cabinet de recrutement montréalais La Tête chercheuse, observe une évolution notable chez les cadres de plus de 55 ans : « Les professionnels et cadres de 55 ans et plus qu’elle croise n’ont plus la même apparence que ceux rencontrés il y a seulement dix ans. Ils ont maintenant l’air plus reposés et beaucoup plus en forme. » Cette transformation s’accompagne d’une contrepartie moins reluisante : « Les chirurgiens plastiques des États-Unis constatent que leurs clients sont nombreux à vouloir cacher les signes de fatigue dans les postes à responsabilité. »

Le quotidien La Presse s’interroge : « Paraître épuisé devient, en quelque sorte, une faute professionnelle. Rien pour aider la santé mentale. » Cette quête de jeunesse, souvent artificielle, soulève des questions sur les attentes réelles des employeurs et les pressions subies par les salariés.

Le CV, nouvelle cible des stratégies de rajeunissement

L’obsession de la jeunesse s’étend même aux documents professionnels. Angela Champ, spécialiste en gestion de carrière, a révélé à la chaîne canadienne CTV News que certains employeurs affichent un biais en faveur des profils jeunes, surtout dans un contexte de vieillissement de la population active. « Certains employeurs peuvent penser que les personnes âgées ne peuvent pas suivre le rythme, qu’elles ne sont pas capables de maîtriser la technologie », explique-t-elle. Pour contourner ce préjugé, certains candidats n’hésitent pas à « botoxer » leur CV en supprimant les dates de leur parcours scolaire ou en retirant les expériences professionnelles datant de plus de quinze ans.

Pour ceux disposant d’une carrière moins linéaire, Angela Champ recommande de mettre en avant la progression des responsabilités et des compétences acquises. « Un CV n’est qu’une étape pour obtenir un emploi : les gens recherchent de l’énergie, alors assurez-vous d’en dégager également lors d’un entretien », souligne-t-elle. Cette stratégie reflète une adaptation aux attentes d’un marché du travail où l’apparence prime parfois sur l’expérience.

« Certains employeurs peuvent penser que les personnes âgées ne peuvent pas suivre le rythme, qu’elles ne sont pas capables de maîtriser la technologie. »
— Angela Champ, spécialiste en gestion de carrière, CTV News

Des enjeux qui dépassent le cadre professionnel

Cette tendance interroge au-delà des simples critères d’embauche. Si paraître jeune est devenu un gage de réussite, les conséquences sur la santé mentale des salariés sont rarement évoquées. La pression pour correspondre à des standards esthétiques artificiels peut engendrer stress et anxiété, surtout dans des secteurs où la compétition est féroce. En France comme en Amérique du Nord, les cabinets de recrutement commencent à signaler une augmentation des demandes de conseils en image ou en chirurgie esthétique, y compris chez les moins de 40 ans.

Pourtant, comme le souligne La Presse, « paraître épuisé devient une faute professionnelle » — un constat qui en dit long sur l’évolution des normes en entreprise. Cette course à la jeunesse, souvent coûteuse et risquée, soulève une question plus large : jusqu’où les employeurs sont-ils prêts à aller pour exiger des profils correspondant à leurs attentes ?

Et maintenant ?

Si cette tendance semble se renforcer, elle pourrait évoluer avec l’arrivée de nouvelles générations sur le marché du travail. Les millennials et la génération Z, plus sensibles aux questions de bien-être et d’authenticité, pourraient remettre en cause ces critères. Les entreprises pourraient alors devoir réévaluer leurs politiques de recrutement pour privilégier les compétences réelles plutôt que l’apparence. Une chose est sûre : d’ici 2030, les professionnels devront composer avec ces attentes, qu’ils les acceptent ou les contestent.

Reste à voir si les législations suivront, notamment en matière de discrimination liée à l’âge ou à l’apparence. En Europe, des débats commencent à émerger sur l’encadrement de ces pratiques, tandis qu’en Amérique du Nord, les recours juridiques se multiplient contre les entreprises accusées de biais discriminatoires.

Les secteurs les plus exposés sont ceux où l’image et le charisme jouent un rôle clé, comme la communication, le marketing, la mode, ou encore la tech. Les postes à haute responsabilité, notamment en entreprise ou dans les médias, sont particulièrement concernés. Les secteurs juridiques ou financiers, bien que moins médiatisés, commencent également à observer cette tendance, notamment chez les cadres dirigeants.

Oui. Outre les soins dermatologiques ou les traitements non invasifs (comme le Botox ou les lasers), les professionnels misent de plus en plus sur le coaching en image, les soins du visage professionnels, ou encore l’optimisation de leur apparence via des vêtements et accessoires adaptés. Certains optent également pour des formations en communication non verbale pour améliorer leur présence en entreprise. Enfin, des plateformes spécialisées proposent désormais des « makeovers » virtuels pour aider les candidats à préparer leurs entretiens.