Les judokas français ont pris le départ ce jeudi à Oulan-Bator, en Mongolie, pour le premier grand rendez-vous de la campagne de qualification en vue des Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Selon RMC Sport, cette compétition marque le coup d’envoi d’une longue quête qui s’étendra jusqu’au 12 juin 2028. L’enjeu est de taille : les athlètes doivent se hisser parmi les **dix-sept meilleurs mondiaux** de leur catégorie pour décrocher leur ticket pour la Californie. Une tâche ardue, d’autant que Paris 2024 avait offert à la France un représentant par catégorie en tant que nation hôte – une aubaine qui ne se reproduira pas aux États-Unis.

Ce qu'il faut retenir

  • Les judokas français entament leur campagne de qualification pour Los Angeles 2028 avec un tournoi à Oulan-Bator (Mongolie) jusqu’à dimanche, diffusé en direct sur RMC Sport.
  • Pour se qualifier, ils devront figurer parmi les 17 meilleurs mondiaux de leur catégorie d’ici le 12 juin 2028, un classement qui exclut toute garantie de représentation.
  • Les points marqués entre ce tournoi et le 14 juin 2027 ne compteront que pour moitié, tandis que ceux obtenus après cette date auront leur pleine valeur.
  • Seuls six résultats par athlète seront retenus, et un seul judoka par pays et par catégorie pourra être sélectionné.
  • Parmi les 464 engagés à Oulan-Bator figurent 21 champions du monde et cinq champions olympiques, un plateau relevé qui promet des duels de haut niveau.
  • La Fédération française de judo (FFJ) devra faire des choix stratégiques, car plusieurs Français pourraient être en lice dans certaines catégories.

Un parcours semé d’embûches pour décrocher un ticket olympique

La route vers Los Angeles 2028 s’annonce complexe pour les Bleus. Contrairement à Paris 2024, où la France bénéficiait d’une qualification automatique pour chaque catégorie, la sélection devra se faire par le mérite sportif. Les athlètes disposent d’un délai jusqu’au 12 juin 2028 pour accumuler des points lors des grands tournois internationaux. Un vainqueur à Oulan-Bator inscrira **1000 points** dans son escarcelle, mais ceux marqués avant le 14 juin 2027 ne compteront que pour moitié. Seuls les six meilleurs résultats de chaque judoka seront retenus, une règle qui oblige à une gestion fine des compétitions.

Les critères de qualification laissent peu de place à l’erreur. Si un pays ne parvient pas à placer un athlète dans le top 17 mondial, une place de « repêchage » sera attribuée à l’athlète le mieux classé d’un continent n’ayant pas de qualifié direct. Par ailleurs, six invitations supplémentaires seront offertes pour compléter les équipes les mieux classées en vue du tournoi par équipes mixtes. Dix places d’universalité sont également prévues pour les comités nationaux non représentés. Autant dire que la compétition sera impitoyable, surtout dans un pays comme le Japon, où le judo est une religion.

Oulan-Bator : un terrain d’essai pour les favoris et les outsiders

Avec 464 engagés, dont **21 champions du monde et cinq champions olympiques**, le tournoi de Mongolie s’impose comme un passage obligé pour les prétendants au podium olympique. « Les premiers points marqués ont un impact psychologique dans le classement », explique Frédérique Jossinet, manager de l’équipe de France. Ceux qui s’imposeront dès ce week-end prendront une avance significative sur leurs concurrents. Kaïla Issoufi, 3e du dernier championnat d’Europe en moins de 78 kg, sait que chaque point compte. « Ce tournoi est déterminant pour une première sélection », souligne-t-elle, tout en préparant déjà les Mondiaux d’octobre en Azerbaïdjan.

Pour Arnaud Aregba, 24 ans et spécialiste des moins de 81 kg, cette compétition est aussi l’occasion de se mesurer à l’élite mondiale dans un environnement moins saturé que les grands championnats. « C’est un tournoi bien éloigné des mondiaux, ce qui permet de venir se tester sans pression excessive », confie-t-il. Un avis partagé par Joan-Benjamin Gaba, champion du monde en moins de 73 kg, qui met en garde contre la surcharge de compétitions : « Si on performe à chaque fois, on peut choisir ses échéances et viser une progression ciblée dans l’année ».

Stratégie et gestion des risques : les clés de la réussite

La Fédération française de judo (FFJ) a un rôle central à jouer dans cette campagne. « On va se plonger dans la programmation dès que nous aurons les recommandations du Comité olympique », indique Frédérique Jossinet. L’objectif ? Construire un parcours sur mesure pour chaque athlète, en tenant compte des performances passées, de la concurrence et des périodes de récupération. « Il y aura des stratégies différentes selon les catégories et les profils », précise-t-elle. Un judoka en forme de méforme peut être écarté au profit d’un autre, même si ce dernier est moins bien classé.

Les statistiques sont sans appel : les membres du **top 8**, voire du **top 4** mondial, raflent l’écrasante majorité des médailles olympiques. La FFJ mise donc sur une préparation rigoureuse pour placer ses athlètes dans cette tranche ultra-compétitive. « Une fois qualifié, il ne faut pas courir après la sélection », rappelle Arnaud Aregba, qui avait tenté de décrocher sa place pour Tokyo 2020 en accumulant les tournois. « Quand arrive l’événement, on est déjà lessivé ». Un piège à éviter absolument.

« C’est comme si à chaque compétition on utilisait des balles du chargeur. Le but, c’est d’arriver sur les Mondiaux ou les Jeux avec le plus de munitions possibles. »
— Joan-Benjamin Gaba, champion du monde en moins de 73 kg

Des choix cornéliens pour la sélection finale

La FFJ pourrait se retrouver dans une situation délicate si plusieurs Français se disputent une place dans le top 17 d’une catégorie. À Paris 2024, la fédération avait choisi Maxime-Gaël Ngayap-Hambou plutôt qu’Alexis Mathieu en moins de 90 kg, une décision qui avait suscité des débats. « Il ne faut rien laisser aux autres », insiste Kaïla Issoufi. « Un titre de championne d’Europe ou du monde ne laisse pas de doute sur la régularité d’un athlète ». La sélection ne se fera pas uniquement sur le classement, mais aussi sur la régularité et la capacité à performer au moment décisif.

Les exemples de judokas ayant obtenu leur qualification in extremis avant de briller aux Jeux sont rares. Joan-Benjamin Gaba en est un : absent des radars avant Tokyo 2020, il y avait remporté une médaille d’argent. « J’ai analysé les tournois où tout le gratin se retrouve trop régulièrement », explique-t-il. « Chaque compétition usée, c’est une analyse en plus pour les adversaires ». Une stratégie risquée, mais qui peut porter ses fruits.

Et maintenant ?

D’ici à juin 2028, les judokas français auront l’opportunité de participer à plus de 30 Grands Prix, Grands Chelems et Masters, ainsi qu’à deux championnats continentaux et deux ou trois championnats du monde, selon leur calendrier. La FFJ devra affiner sa stratégie après la publication des recommandations du Comité olympique, probablement d’ici la fin de l’été 2026. Les prochains rendez-vous majeurs – comme les Mondiaux d’octobre 2026 en Azerbaïdjan – serviront de premiers indicateurs sur les chances des Bleus. L’objectif ? Arriver à Los Angeles avec une équipe compétitive, mais surtout en pleine possession de ses moyens.

Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives pour les judokas français, qui devront allier performance et gestion intelligente de leur calendrier. Une chose est sûre : la course aux Jeux a déjà commencé.

Cette règle, instaurée par la Fédération internationale de judo, vise à éviter que les athlètes ne se dispersent trop tôt dans la campagne de qualification. Elle permet aux juges de donner plus de poids aux performances réalisées à l’approche des échéances olympiques, où l’intensité et la préparation sont maximales.

Six places de repêchage par continent et par catégorie sont attribuées aux athlètes les mieux classés d’un pays n’ayant pas obtenu de qualification directe. Dix places d’universalité sont également prévues pour les comités nationaux non représentés, offrant une opportunité aux nations émergentes.