« Il y a une incompréhension qui existe entre la justice et les Français, qui ne comprennent pas un certain nombre de décisions », a déclaré Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, d’après BFM – Faits Divers. Cette critique intervient alors que les tensions autour de la prescription et des dysfonctionnements judiciaires, notamment dans l’affaire Lyhanna, restent vives dans l’opinion publique.

Ce qu'il faut retenir

  • Seulement 49 % des Français accordent leur confiance à l’institution judiciaire, selon les données citées par Aurore Bergé.
  • La ministre dénonce la prescription, qu’elle juge protectrice des « bourreaux » au détriment des victimes.
  • Dans l’affaire Lyhanna, un enjeu systémique est pointé, au-delà des dysfonctionnements individuels.
  • Charles Consigny, avocat, évoque une « désertion » du Palais de justice dès 16h45, symptomatique selon lui d’un désengagement.
  • Bruno Retailleau réclame une politique de « incarcération plus précoce et plus fréquente ».
  • Un rassemblement en hommage à Lyhanna s’est tenu à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime), où les manifestants dénonçaient une « erreur de justice et de l’État ».

Un sondage accablant pour l’image de la justice

À peine la moitié des Français, soit 49 %, déclarent croire en l’institution judiciaire, selon les chiffres communiqués par Aurore Bergé. Cette défiance, évoquée lors d’une intervention sur BFM, s’inscrit dans un contexte marqué par des affaires judiciaires très médiatisées, comme celle de Lyhanna, qui cristallisent les critiques. « La prescription aujourd’hui protège les bourreaux et condamne les victimes », a-t-elle lancé, soulignant l’incompréhension grandissante face à des décisions perçues comme déconnectées des attentes citoyennes. — Autant dire que le malaise est profond et structurel.

L’affaire Lyhanna : un miroir des dysfonctionnements judiciaires

Pour Aurore Bergé, l’affaire Lyhanna illustre un problème systémique au sein de l’institution. Cette affaire, qui concerne la disparition tragique d’une jeune fille en 2023 et les manquements supposés des enquêteurs dans le dossier de Rosa, victime présumée de viols, a suscité une onde de choc dans l’opinion. Me Pierre Debuisson, avocat de la mère de Rosa, n’a pas mâché ses mots : « Il serait hypocrite de venir dire que tous les magistrats et tous les enquêteurs font correctement leur travail ». Il a également pointé du doigt ce qu’il qualifie de « faute incommensurable », attribuée à un « manque de volonté » de la part des acteurs judiciaires.

L’avocat a par ailleurs dénoncé ce qu’il perçoit comme une forme d’hypocrisie des responsables politiques, accusés de découvrir avec « stupéfaction » l’ampleur du désastre uniquement lorsque les affaires éclatent dans les médias. — Une remarque qui reflète la méfiance croissante envers les réactions politiques jugées opportunistes.

Les réactions citoyennes et les hommages à Lyhanna

À Saint-Jean-d’Angély, en Charente-Maritime, une nouvelle marche blanche a été organisée en hommage à Lyhanna. Parmi les manifestants, Jean-François a résumé le sentiment général : « Une erreur de justice et de l’État ». Ces rassemblements, qui rassemblent des centaines de personnes, témoignent d’un besoin de reconnaissance et de justice pour les familles des victimes. « Lyhanna, tu resteras pour toujours dans nos pensées et dans notre cœur », a promis la tante de la jeune fille lors de l’événement.

Les propositions pour réformer la justice

Face à ce constat, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer des changements radicaux. Bruno Retailleau, figure politique, a appelé à une politique de « incarcération plus et beaucoup plus tôt ». Une position qui s’inscrit dans la lignée des critiques récurrentes sur la lenteur des procédures et l’insuffisance des sanctions. De son côté, Charles Consigny, avocat, a décrit une scène symbolique : « Quand je vais au Palais de justice et qu’il est 16h45, je vois le Palais se vider avec des gens qui courent pour ne pas rester une minute de plus ». Pour lui, cette désertion précoce illustre le découragement des professionnels du droit, mais aussi l’image d’une justice à bout de souffle.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir se multiplier les initiatives politiques et associatives pour tenter de restaurer la confiance dans l’institution judiciaire. Un débat parlementaire sur la réforme de la prescription et la lutte contre les violences faites aux femmes est attendu d’ici la fin de l’année 2026. Reste à savoir si ces mesures, si elles sont adoptées, suffiront à inverser la tendance actuelle de défiance. D’ici là, les associations de victimes et les familles continueront de faire entendre leur voix, notamment lors des rassemblements commémoratifs comme celui de Saint-Jean-d’Angély.

La prescription est un délai légal au-delà duquel une infraction ne peut plus être poursuivie. Dans l’affaire Lyhanna, elle est pointée du doigt car elle empêche parfois des poursuites pour des crimes graves, notamment dans les cas de violences sexuelles. Pour ses détracteurs, comme Aurore Bergé, elle protège les auteurs au détriment des victimes, qui se voient privées de justice. En 2026, ce débat est plus que jamais d’actualité, alors que plusieurs affaires de violences faites aux femmes ont été classées sans suite faute de preuves ou en raison de délais dépassés.