L’autrice franco-mauricienne Kalindi Ramphul publie son troisième roman, Les Solitudes de Petite Rivière, aux éditions JC Lattès. Ce livre, qui mêle fiction, fantastique et exploration culturelle, marque le retour de l’écrivaine sur l’île Maurice, son île natale, après plusieurs années d’absence. Selon Franceinfo - Culture, ce récit s’inscrit dans la continuité de ses précédents ouvrages, Les Jours mauves (2024) et Greta et Marguerite (2025), tout en intégrant pour la première fois une dimension surnaturelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Un troisième roman publié en mai 2026, Les Solitudes de Petite Rivière, explore l’histoire familiale de l’autrice à travers le personnage de Soledad, une écrivaine en panne d’inspiration.
  • Une plongée dans la culture mauricienne, marquée par des croyances hindoues et une tradition orale riche, notamment dans le village de Petite Rivière.
  • L’intégration du fantastique pour la première fois, avec une histoire de fantôme qui s’inspire des légendes locales.
  • Un retour difficile sur l’île : après la publication des Jours mauves, dont le contenu a heurté sa famille paternelle, l’autrice a dû se réapproprier son héritage culturel.
  • Une vie littéraire éclectique : Kalindi Ramphul alterne entre roman, adaptation cinématographique et télévision, avec des projets en cours pour le cinéma et le théâtre.
  • Une inspiration cinématographique marquée par Pedro Almodóvar et un goût prononcé pour les mélodrames, comme elle l’a elle-même déclaré.

Un roman né d’un électrochoc familial et culturel

Kalindi Ramphul a choisi de situer son troisième roman à Maurice, une île qu’elle décrit comme un « personnage à part entière ». Dans Les Solitudes de Petite Rivière, elle raconte l’histoire de Soledad, une romancière vieillissante qui, confrontée à une panne d’inspiration, décide de retracer la vie tumultueuse de sa famille. Le récit s’ouvre sur la mère de Soledad, chanteuse d’opéra issue d’une famille pauvre du nord de l’île, avant d’explorer les ramifications d’un arbre généalogique à la fois romanesque et dramatique. « De l’île de l’océan Indien à l’Espagne, ce troisième roman dépeint une grande fresque faite de fantômes, d’humour et de poésie », précise l’autrice.

Entre deux mondes, une quête identitaire

Née à Maurice et élevée à Levallois-Perret dans une famille bourgeoise et catholique, Kalindi Ramphul a toujours ressenti un décalage entre ces deux univers. « J’étais entourée de Blancs, riches et catholiques pour la plupart, mais j’étais la seule aux traits indiens », confie-t-elle. Son père, issu d’une fratrie nombreuse et dont la famille était illettrée, représentait pour elle un pont entre ces deux mondes. Pourtant, la publication des Jours mauves, qui évoquait la sexualité de son père de manière semi-fictionnelle, a provoqué une rupture avec sa famille paternelle, hindoue et très pieuse. « Ma famille est très heurtée par la fiction telle qu’écrite dans Les Jours mauves », explique-t-elle. « J’y racontais la sexualité de mon père, qui est une sexualité à moitié fictionnelle et à moitié vraie. »

Ce choc l’a contrainte à un retour sur l’île en 2025, après des années d’éloignement. « Les premières semaines de mon arrivée, je n’ai quasiment vu personne. Je suis restée seule et j’ai appris à me réapproprier cet endroit qui fait partie de mon ADN », raconte-t-elle. Malgré les tensions familiales, elle a plongé dans la culture mauricienne, participant à des émissions de radio et de télévision, et rencontrant d’autres écrivains. Un parcours qui a nourri son écriture et inspiré le personnage de Soledad, dont la mère est mauricienne et le père un aristocrate espagnol.

Le fantastique comme reflet des croyances locales

Pour la première fois, Kalindi Ramphul intègre une dimension fantastique dans son roman. « Je crois que c’est d’être à Maurice avec la richesse des croyances mauriciennes, la richesse des légendes mauriciennes », explique-t-elle. Inspirée par les récits oraux de l’océan Indien, elle donne vie à un fantôme qui soutient la dramaturgie du récit. « Chaque histoire diffère selon la bouche qui la raconte. On m’a donné cinq versions différentes de la naissance de Ganesh », s’amuse-t-elle. « J’avais très envie que le fantastique soit pris au sérieux dans ce texte et qu’il vienne soutenir les désespoirs des personnages, et non pas être objet de pur effroi ou de ridicule. »

Cette approche reflète son admiration pour le cinéma de genre et d’horreur, une passion qu’elle cultive depuis toujours. « J’adore les mélodrames », déclare-t-elle, citant Pedro Almodóvar parmi ses principales influences. Pour elle, la réalité n’est pas un cadre suffisant : « La réalité ne m’intéresse pas (...) On n’est jamais aussi libre que quand on écrit une histoire », fait-elle dire à son personnage Soledad. Une philosophie qui résume son rapport à l’écriture, où la liberté créative prime sur le réalisme.

Une carrière littéraire née d’un deuil et d’une reconversion

Kalindi Ramphul a découvert l’écriture après le décès soudain de son père en 2019. Ce drame l’a poussée à abandonner son poste de rédactrice au site Madmoizelle, qu’elle occupait depuis 2017, pour se consacrer à l’écriture. « La vie est trop courte pour ne pas faire ce qui nous tient à cœur », confie-t-elle. Ses deux premiers romans, Les Jours mauves et Greta et Marguerite, ont connu un succès critique et commercial. Le premier est en cours d’adaptation au cinéma par les scénaristes Ahmed Hamidi et Paul Rotman, tandis que le second est adapté au théâtre après un passage au grand écran reporté.

Parallèlement, elle se lance dans l’écriture pour la télévision et le cinéma aux côtés de son compagnon, Amaury Magne. Plusieurs projets sont en développement, dont un court-métrage d’horreur, Coucou, coécrit avec Alix Martineau, ancienne collègue de Madmoizelle. Un autre projet, Volets ouverts, consiste en une réécriture de son tout premier roman, disparu lors d’un cambriolage en 2020. « Tant mieux ! C’était une immense bouse, j’espère que le voleur ne l’a jamais lu ! », s’exclame-t-elle avec humour.

Une méthode d’écriture en mouvement

Kalindi Ramphul écrit en mouvement, loin de Paris, qu’elle qualifie d’« antre du démon qui aspire les âmes ». Son processus créatif est marqué par une hyperactivité assumée. « Les idées viennent en marchant ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Virginia Woolf », déclare-t-elle. Elle a appris à maîtriser la page blanche, une épreuve qu’elle considère comme un passage obligé. Son inspiration puise dans des lieux variés : la Finlande pour Greta et Marguerite, la Grèce pour une partie des Jours mauves, et bien sûr, Maurice pour son dernier roman.

Ce troisième ouvrage, Les Solitudes de Petite Rivière, marque un tournant dans son œuvre. Il est le premier à intégrer le fantastique, une dimension qu’elle souhaitait explorer depuis longtemps. « Il y a une tradition orale très puissante à l’île Maurice et globalement dans ce côté-là de l’océan Indien », souligne-t-elle. Pour elle, les légendes locales ne sont pas de simples contes, mais des récits qui structurent l’identité et les croyances d’un peuple. « Je voulais que le fantastique vienne soutenir la dramaturgie et les désespoirs des personnages », précise-t-elle.

Et maintenant ?

Kalindi Ramphul continue de diversifier ses activités. Ses deux premiers romans sont en cours d’adaptation, et plusieurs projets cinématographiques et télévisuels sont en préparation. Elle prépare également un court-métrage d’horreur, Coucou, qui devrait sortir à la rentrée 2026. Par ailleurs, elle travaille sur de nouvelles idées de scénarios, tout en explorant d’autres formes d’écriture. « Je n’ai pas peur de l’hyperactivité, ni de la page blanche », confie-t-elle. « J’ai appris à les dompter. »

Avec Les Solitudes de Petite Rivière, l’autrice franco-mauricienne signe un roman ambitieux, où se mêlent mémoire familiale, culture locale et fantastique. Une œuvre qui confirme son talent pour mêler les genres et les époques, tout en explorant les tensions entre identité, héritage et création.

L’autrice a choisi de revenir sur son île natale pour des raisons à la fois personnelles et littéraires. Après le décès de son père en 2019, elle a souhaité explorer ses racines mauriciennes, tout en s’inspirant de l’histoire familiale. Ce retour lui a également permis de se réapproprier une culture qui lui était en partie étrangère, notamment à travers la tradition orale et les légendes locales, qui nourrissent aujourd’hui son écriture.

Plusieurs projets sont en développement. Les Jours mauves est en cours d’adaptation au cinéma par les scénaristes Ahmed Hamidi et Paul Rotman, tandis que Greta et Marguerite a été adapté au théâtre après un passage au grand écran reporté. Par ailleurs, un court-métrage d’horreur, Coucou, coécrit avec Alix Martineau, est attendu pour la rentrée 2026.