D'après Euronews FR, le premier fabricant mondial de préservatifs, l'entreprise malaisienne Karex, envisage une augmentation de ses tarifs de 20 % à 30 % si les perturbations des chaînes d'approvisionnement causées par le conflit en Iran persistent. Cette décision intervient dans un contexte déjà marqué par des tensions sur les stocks et des coûts de production en hausse.
Ce qu'il faut retenir
- Karex, qui produit plus de 5 milliards de préservatifs par an, approvisionne plus de 130 pays et collabore avec des marques comme Durex ou Trojan.
- La guerre en Iran, qui perturbe le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, a fait bondir les coûts de transport et de matières premières comme le caoutchouc synthétique ou le nitrile.
- Les délais d'acheminement vers l'Europe et les États-Unis atteignent désormais près de deux mois, tandis que certains navires restent bloqués en mer.
- Le marché mondial des préservatifs souffre également de la disparition de l'USAID, qui fournissait 35 % des contraceptifs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.
- Le Nigeria a enregistré une baisse de 55 % de la distribution de préservatifs masculins entre décembre 2024 et mars 2025, selon l'ONUSIDA.
Un géant mondial sous pression
Karex, basé en Malaisie, est le leader incontesté de la production de préservatifs, avec une capacité annuelle de plus de cinq milliards d'unités. L'entreprise approvisionne non seulement des marques grand public comme Durex ou Trojan, mais aussi des acteurs majeurs de la santé publique. Parmi ses clients figurent le NHS britannique, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi que le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). Pourtant, cette position dominante est aujourd'hui menacée par une série de crises interconnectées.
Selon Goh Miah Kiat, directeur général de Karex, « la situation est assurément très fragile, les prix sont élevés. Nous n'avons pas d'autre choix que de répercuter les coûts dès maintenant sur les clients ». Cette déclaration, rapportée par Reuters lors d'un entretien, illustre l'ampleur des défis auxquels l'entreprise est confrontée. Les coûts de production ont en effet explosé depuis le début du conflit en Iran, en février 2026, en raison de l'envolée des prix des matières premières et des perturbations logistiques.
Des chaînes d'approvisionnement paralysées
Le conflit en Iran a des répercussions directes sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, notamment en bloquant le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, une route stratégique pour le transport des hydrocarbures et des marchandises. Les expéditions à destination de l'Europe et des États-Unis mettent désormais près de deux mois à arriver, contre quelques semaines auparavant. Certains navires restent même bloqués en mer, incapables d'atteindre leur port de destination.
Ces perturbations touchent particulièrement les approvisionnements en dérivés pétrochimiques, essentiels à la fabrication des préservatifs. Le caoutchouc synthétique, le nitrile et le polyuréthane — utilisés pour les versions sans latex — voient leurs coûts flamber. De même, les matériaux d'emballage, comme les feuilles d'aluminium ou l'huile de silicone, sont en pénurie ou plus chers à produire. « Les fournisseurs d'aluminium et de naphta ont signalé des perturbations majeures », a précisé Goh Miah Kiat.
À cela s'ajoute la dépendance croissante au caoutchouc naturel, extrait de la sève des hévéas, dont les prix sont également affectés par les tensions géopolitiques. Autant dire que la production de préservatifs, déjà complexe, devient encore plus coûteuse et incertaine.
Une pénurie mondiale aggravée par la fin de l'USAID
Le marché des préservatifs était déjà fragilisé avant même le déclenchement du conflit en Iran. La disparition de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), le plus grand donateur bilatéral en matière de planification familiale et de santé reproductive, a créé un vide difficile à combler. Entre 2024 et 2025, l'agence fournissait 35 % des contraceptifs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales et livrait des produits dans 23 pays, principalement en Afrique et au Moyen-Orient.
La fin des activités de l'USAID a immédiatement provoqué des pénuries dans plusieurs régions. Au Nigeria, la distribution de préservatifs masculins a chuté de 55 % entre décembre 2024 et mars 2025, selon les données de l'ONUSIDA. D'autres pays d'Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient font face à des ruptures de stock similaires, mettant en péril les programmes de santé sexuelle et de prévention du VIH.
Face à cette double crise — logistique et géopolitique — Karex tente de maintenir ses approvisionnements. « Nous disposons de stocks suffisants pour les prochains mois et cherchons à augmenter notre production pour répondre à la demande », a indiqué Goh Miah Kiat. Cependant, l'entreprise ne cache pas ses inquiétudes quant à l'évolution de la situation.
Quels enjeux pour la santé publique mondiale ?
La situation actuelle soulève des questions bien plus larges que la simple hausse des prix des préservatifs. Elle met en lumière la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales, dépendantes de quelques hubs logistiques et de matières premières concentrées dans des zones de conflit. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un tiers du trafic maritime mondial de pétrole, est devenu un point de tension permanent.
De plus, la disparition de l'USAID a révélé la dépendance de nombreux pays en développement à l'aide internationale en matière de santé sexuelle. Sans alternative crédible, les risques de propagation des IST et de grossesses non désirées pourraient s'accroître, notamment en Afrique subsaharienne, où les systèmes de santé sont déjà fragiles. Les experts s'interrogent : comment compenser l'absence de l'USAID ? Faut-il repenser la gouvernance mondiale des approvisionnements en contraceptifs ?
Pour l'heure, Karex reste déterminé à maintenir ses engagements. Mais l'entreprise ne peut agir seule. Les gouvernements, les ONG et les organisations internationales doivent désormais trouver des solutions concertées pour éviter une crise aux conséquences sanitaires et sociales lourdes.
Le conflit perturbe le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, une route clé pour l'exportation des hydrocarbures et des matières premières. Cela renchérit les coûts de transport et bloque des navires chargés de caoutchouc synthétique, de nitrile ou d'aluminium, indispensables à la fabrication des préservatifs.
Les pays d'Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, autrefois soutenus par l'USAID, subissent les conséquences les plus graves. Le Nigeria, par exemple, a vu sa distribution de préservatifs chuter de 55 % entre fin 2024 et début 2025. D'autres nations, comme le Kenya ou l'Ouganda, signalent également des ruptures de stock.