Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé cette semaine la nomination d’une unité des forces spéciales du pays en hommage à l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), une milice ultra-nationaliste fondée en octobre 1942. Selon RFI, cette décision a suscité une vive réaction en Pologne, où l’UPA est associée aux massacres de civils polonais perpétrés durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce qu'il faut retenir

  • Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a renommé une unité militaire en hommage à l’UPA, fondée en octobre 1942.
  • L’UPA, armée de guérilla ultra-nationaliste, a combattu à la fois les Soviétiques et les forces allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • En Pologne, l’UPA est surtout connue pour ses massacres de Polonais entre 1943 et 1945, notamment dans les régions de Volhynie et de Galicie.
  • Le président polonais Karol Nawrocki a proposé de retirer à Zelensky une distinction remise en 2023, en réaction à cette décision.

Une unité militaire ukrainienne dédiée à une figure controversée

Selon RFI, le président Zelensky a choisi de baptiser une unité des forces spéciales en l’honneur de l’UPA, une milice formée en pleine occupation nazie pour lutter contre les Soviétiques. Cette armée de guérilla, dont les membres étaient majoritairement issus de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), a mené des opérations de résistance contre les deux puissances occupantes de l’époque.

Cependant, son histoire reste marquée par des épisodes sanglants. Entre 1943 et 1945, des milliers de Polonais ont été tués lors de massacres attribués à l’UPA, notamment dans les régions aujourd’hui ukrainiennes de Volhynie et de Galicie. Ces violences, qualifiées de « nettoyage ethnique » par certains historiens, ont creusé un fossé durable entre les mémoires ukrainienne et polonaise.

Varsovie réagit avec fermeté face à ce choix ukrainien

La réaction polonaise ne s’est pas fait attendre. Le président polonais Karol Nawrocki, à la tête de l’Institut de la mémoire nationale (IPN), a vivement critiqué cette décision. Dans un communiqué diffusé le 28 mai 2026, il a annoncé vouloir retirer la plus haute distinction polonaise remise à Zelensky en 2023. « Honorer une organisation responsable de crimes contre l’humanité est inacceptable », a-t-il déclaré.

Cette crise diplomatique s’inscrit dans un contexte plus large de tensions mémorielles entre les deux pays. La question de la reconnaissance des massacres de Volhynie reste un sujet sensible, malgré les tentatives de réconciliation initiées ces dernières années. En 2016, les présidents ukrainien et polonais de l’époque avaient organisé une cérémonie commune pour commémorer les victimes, sans pour autant aboutir à une reconnaissance formelle des responsabilités.

« L’UPA a joué un rôle complexe dans l’histoire ukrainienne, mais son héritage est indissociable des massacres de Polonais. Cette décision risque d’alimenter des divisions inutiles alors que l’Ukraine a besoin de l’unité face à la guerre. »
— Historien polonais spécialiste de la région, cité par RFI

Et maintenant ?

La polémique pourrait s’aggraver dans les prochaines semaines, alors que Kiev doit organiser des commémorations liées à la Seconde Guerre mondiale. Une réponse officielle de la part de l’Ukraine est attendue d’ici la fin du mois de juin, selon des sources diplomatiques. Pour l’instant, Varsovie n’a pas précisé si d’autres mesures pourraient être prises, mais une escalade des tensions n’est pas à exclure.

Un sujet qui dépasse le cadre ukrainien-polonais

Cette affaire révèle aussi les défis mémoriels auxquels font face les pays d’Europe de l’Est, où l’histoire de la Seconde Guerre mondiale reste un terrain de luttes politiques. En Ukraine, la réhabilitation progressive de certains héros controversés, comme Stepan Bandera, s’inscrit dans une volonté de réécrire une narrative nationale centrée sur la résistance à l’oppression soviétique. En Pologne, cette mémoire est souvent associée à la défense de l’identité nationale face aux menaces extérieures.

Autant dire que le débat dépasse largement les frontières des deux pays. La Commission européenne pourrait être amenée à réagir si les tensions persistent, alors que l’Ukraine cherche à renforcer ses alliances au sein de l’Union. Reste à voir si cette polémique influencera les prochaines décisions stratégiques entre Kiev et Varsovie.

L’UPA est principalement associée aux massacres de civils polonais entre 1943 et 1945, notamment dans les régions de Volhynie et de Galicie. Ces violences, qualifiées de « nettoyage ethnique » par certains historiens, ont fait des dizaines de milliers de morts et restent un sujet sensible dans les relations polono-ukrainiennes.