Les habitants de Kiev ont passé la nuit de samedi à dimanche sous une pluie de missiles et de drones russes. Selon BMF - International, la capitale ukrainienne a été la cible d’une attaque massive, la plus intense depuis le début de l’invasion en février 2022. Quatre morts et une centaine de blessés sont à déplorer, un bilan qui illustre l’escalade des violences ces derniers jours.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre morts et une centaine de blessés à Kiev après des frappes russes nocturnes ce week-end.
- La Russie a tiré 90 missiles et 600 drones, dont respectivement 55 et 549 ont été interceptés par l’Ukraine.
- Pour la première fois, Moscou a utilisé le missile balistique hypersonique Orechnik, capable d’emporter une ogive nucléaire, dans la zone de Kiev.
- Le Kremlin justifie cette escalade par une frappe ukrainienne ayant visé un dortoir de lycée à Starobilsk, faisant 21 morts et plus de 40 blessés selon Moscou.
- La Russie a appelé les ressortissants étrangers, dont le personnel diplomatique, à quitter Kiev « au plus vite », invoquant des cibles militaires dispersées dans la ville.
- Les experts estiment que Moscou cherche davantage à impressionner qu’à changer la donne militaire sur le terrain.
Des frappes d’une ampleur inédite sur Kiev
Samedi 24 mai au soir, la Russie a lancé une offensive aérienne d’une violence rare contre l’Ukraine. Selon les autorités ukrainiennes, 90 missiles et 600 drones ont été tirés, principalement en direction de Kiev. Si l’armée ukrainienne a réussi à intercepter la majorité des drones – 549 sur 600 –, elle n’a pu empêcher que 35 missiles ne touchent leur cible. « Nous faisons face à l’un des pires assauts depuis février 2022 », a confirmé un porte-parole militaire ukrainien dimanche matin, soulignant la pression exercée sur les défenses antiaériennes du pays.
Parmi les projectiles utilisés, le missile balistique hypersonique Orechnik a retenu l’attention des observateurs. D’une portée pouvant atteindre 5 000 km et capable de transporter des ogives nucléaires, cette arme a été employée pour la troisième fois depuis le début de la guerre, et pour la première fois dans la région de Kiev. Son déploiement s’inscrit dans une stratégie de démonstration de force, alors que Moscou multiplie les menaces envers l’Ukraine et ses alliés occidentaux.
Moscou invoque des représailles pour justifier l’escalade
Le Kremlin a officiellement justifié cette vague de frappes par une attaque ukrainienne menée vendredi contre un dortoir de lycée à Starobilsk, dans la région occupée de Lougansk. Selon le dernier bilan russe, l’assaut a fait 21 morts et plus de 40 blessés. « Nous ne resterons pas sans réponse », a prévenu le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué publié lundi. Les frappes russes viseraient désormais « systématiquement et de manière répétée » des sites liés à l’industrie de défense ukrainienne, notamment à Kiev, où se trouvent des installations spécialisées dans la conception et la fabrication de drones.
Le ministère a précisé que les cibles incluraient également « les centres de décision et les postes de commandement », précisant que ces sites « sont dispersés dans tout Kiev ». Une formulation inhabituelle, qui a poussé Moscou à demander l’évacuation des ressortissants étrangers, y compris le personnel des ambassades et des organisations internationales. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a renouvelé cet appel lors d’un échange téléphonique avec son homologue américain Marco Rubio, exhortant les États-Unis à évacuer leur ambassade à Kiev.
Une escalade davantage symbolique que militaire, selon les experts
Malgré l’ampleur des frappes, les analystes s’interrogent sur leur utilité stratégique. « Il y a de la part des Russes une volonté de dramatiser les choses, de se placer dans une posture d’escalade, en tout cas d’un point de vue rhétorique et symbolique », analyse Ulrich Bounat, spécialiste de l’Europe de l’Est et chercheur associé chez Euro Créative. Sur le terrain, rien ne laisse penser que ces attaques changent fondamentalement la donne militaire. « L’usine militaire Artem de Kiev a déjà été visée à de très nombreuses reprises, y compris il y a deux jours seulement. On peine à comprendre ce que veulent dire les Russes lorsqu’ils évoquent une accentuation des frappes sur les objectifs militaires », ajoute-t-il.
La seule escalade crédible, selon lui, concernerait des frappes contre les lieux de pouvoir, épargnés jusqu’à présent dans une forme d’accord tacite entre Kiev et Moscou. « Mais les Russes savent que s’ils franchissent cette ligne, ils s’exposent à des représailles sur Moscou », rappelle-t-il. Pour l’heure, ces attaques massives ne semblent avoir d’autre effet que de terroriser la population civile, sans apporter de gains stratégiques concrets. Un constat qui n’a pas échappé aux blogueurs militaires russes, souvent critiques envers la gestion de la guerre par le Kremlin.
Une stratégie dictée par les difficultés internes et militaires de la Russie
Ces frappes surviennent alors que Vladimir Poutine fait face à une accumulation de problèmes. Sur le plan intérieur, l’économie russe, lourdement impactée par les sanctions occidentales et l’effort de guerre, montre des signes d’essoufflement. Une partie croissante de la population, touchée par la hausse des prix et les restrictions d’accès à Internet, exprime son mécontentement. Sur le front ukrainien, les difficultés s’accumulent également : les forces russes peinent à progresser, et les frappes ukrainiennes se multiplient en profondeur sur le territoire russe, remettant en cause la capacité du Kremlin à protéger l’intégralité du pays.
L’objectif initial de Poutine, à savoir la conquête de l’intégralité du Donbass, n’est toujours pas atteint après quatre ans de guerre. Pire, selon une analyse de l’AFP des données de l’Institut pour l’étude de la guerre, les forces russes ont enregistré des pertes territoriales en Ukraine entre mars et avril, une première depuis l’été 2023. « La Russie n’est pas capable de fournir des réponses sur le terrain militaire, donc elle accentue les frappes sur la capitale ukrainienne, car c’est médiatiquement très impressionnant », souligne Ulrich Bounat. « Vladimir Poutine est dans la surenchère. Il utilise la menace, y compris nucléaire, contre l’Europe et les autorités ukrainiennes pour débloquer la situation et obliger Kiev à négocier, alors qu’en réalité, c’est lui qui est en difficulté », abonde le général Jérôme Pellistrandi, consultant défense pour BFMTV.
Un message interne autant qu’externe
Au-delà des enjeux militaires, cette escalade répond aussi à une logique politique. « Il y a un besoin, du côté du Kremlin, de réaffirmer sa puissance après avoir donné une image de faiblesse lors du défilé du 9 mai », explique Ulrich Bounat. Le traditionnel défilé du Jour de la Victoire à Moscou s’est en effet déroulé de manière réduite, avec seulement des troupes au sol, par crainte d’une attaque ukrainienne. Une démonstration de force symbolique, donc, destinée à rassurer la population russe alors que les restrictions s’accumulent.
Le président français, Emmanuel Macron, a dénoncé une « fuite en avant de la Russie », qualifiant l’invasion de l’Ukraine d’une « impasse ». Une analyse partagée par de nombreux observateurs, qui soulignent l’absence de gains concrets pour Moscou malgré l’escalade des violences.
Emmanuel Macron a une nouvelle fois condamné la stratégie russe, mais aucune réponse concrète n’a encore été annoncée par les capitales occidentales. La réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, prévue ce mercredi 28 mai, pourrait apporter des éléments supplémentaires sur l’évolution de la situation.
Le missile Orechnik est une arme hypersonique d’une portée de 5 000 km, capable d’emporter une ogive nucléaire. Selon BMF - International, son utilisation vise à démontrer la capacité de Moscou à frapper des cibles profondes en Ukraine, tout en envoyant un message de dissuasion à l’Occident. Son déploiement reste cependant limité en nombre, ce qui suggère une utilisation davantage symbolique que tactique.
Les autorités ukrainiennes ont appelé à un renforcement immédiat des défenses antiaériennes, notamment pour protéger la population civile. La communauté internationale, de son côté, devrait accélérer les livraisons de systèmes de missiles et d’équipements de défense. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue mercredi 28 mai pour discuter de l’escalade.