Depuis quelques années, un changement subtil mais significatif s’opère dans la garde-robe des hommes d’affaires français. Autrefois réservées aux séances de sport ou aux looks décontractés, les baskets de luxe ont conquis les décideurs économiques, séduits par des modèles haut de gamme signés Berluti, Hermès, Loro Piana ou Zegna. Selon Le Figaro, cette tendance, née dans la Silicon Valley auprès des tycoons de la tech, s’étend désormais en Europe, transformant les souliers en un symbole de modernité et de statut social.
Ce qu'il faut retenir
- Une évolution des codes vestimentaires : les dirigeants troquent progressivement leurs souliers cirés contre des sneakers de luxe, comme le modèle Shadow de Berluti.
- Des prix élevés justifiés : une paire peut dépasser 1 170 €, un investissement perçu comme rentable par les entrepreneurs.
- Une adoption venue des États-Unis : le phénomène a émergé dans la Silicon Valley avant de gagner l’Europe et la France.
- Des marques historiques en première ligne : Berluti, Hermès, Loro Piana et Zegna misent sur ce segment pour séduire une clientèle aisée et exigeante.
- Un changement de mentalité : les préjugés sur les sneakers, autrefois perçues comme moins élégantes, s’effritent face à la qualité des matériaux et à l’innovation.
Des souliers cirés aux baskets de luxe : le tournant d’un entrepreneur
Édouard, entrepreneur dans la tech âgé d’une cinquantaine d’années, incarne cette mutation. Autoproclamé amateur de chaussures haut de gamme, il suivait autrefois à la lettre les rituels du cirage et du cousu Goodyear, signes distinctifs des souliers traditionnels. Pourtant, mercredi dernier, il a franchi le pas en achetant une paire de Shadow chez Berluti. « Si l’on m’avait dit, il y a encore deux ans, que j’achèterais des baskets chez un bottier, je n’y aurais pas cru », a-t-il confié au Figaro.
Ce revirement s’explique par une prise de conscience progressive. Pendant des mois, l’idée lui trottait dans la tête, nourrie par des doutes : « Je me demandais si c’était bien nécessaire et si ça valait le coup de payer autant pour me sentir moins bien que dans une paire classique de tennis », explique-t-il. Mais les préjugés ont volé en éclats dès l’essayage. Le prix, fixé à plus de 1 170 €, lui a immédiatement semblé justifié.
La Silicon Valley, berceau d’une tendance devenue globale
Le phénomène n’est pas né en France. Il plonge ses racines dans la Silicon Valley, où les dirigeants des géants de la tech ont popularisé l’usage des sneakers de luxe. Leur adoption par des figures comme Mark Zuckerberg ou Elon Musk a légitimé cette tendance, la transformant en un standard parmi les entrepreneurs du monde entier. « Désormais, les décideurs français font des infidélités à leurs souliers de ville pour chausser les néo-sneakers griffées », note Le Figaro.
Cette évolution reflète une quête de praticité et de style. Les dirigeants enchaînent les rendez-vous à Paris, où la mobilité est cruciale. Les baskets de luxe, alliant confort et élégance, répondent à ce besoin. « Sachant que j’ai trois affaires, j’enchaîne de nombreux rendez-vous dans Paris. Courir d’un lieu à l’autre sans sacrifier le style, c’est un avantage indéniable », souligne Édouard.
Les maisons de luxe misent sur un marché en plein essor
Face à cette demande croissante, les grandes maisons de luxe ont saisi l’opportunité. Berluti, spécialiste du sur-mesure, propose des modèles comme le Shadow, alliant cuir de veau et détails artisanaux. Hermès mise sur ses baskets en cuir, tandis que Loro Piana et Zegna déclinent des versions minimalistes, souvent en cachemire ou en laine mérinos. Ces marques capitalisent sur leur savoir-faire historique pour séduire une clientèle en quête d’exclusivité.
Leur stratégie porte ses fruits. Les ventes de sneakers de luxe ont enregistré une croissance à deux chiffres ces dernières années, tirées par une clientèle aisée et des collectionneurs. Les modèles phares, comme ceux de Berluti, affichent des prix pouvant atteindre 1 500 €, voire plus pour les éditions limitées. Pourtant, la demande reste forte, preuve que l’investissement est perçu comme un symbole de réussite.
Un marché qui bouscule les codes de l’élégance
Cette tendance interroge les codes traditionnels de l’élégance masculine. Longtemps associées à la décontraction, les baskets de luxe revendiquent désormais leur place dans le vestiaire des dirigeants. Les marques ont su jouer sur la qualité des matériaux et la rigueur de fabrication pour les positionner comme des pièces d’exception. « J’ai fait ce que j’ai pu pour les hommes et pour Hermès, avec une liberté de créer totale », a déclaré Véronique Nichanian, directrice artistique de la maison, lors d’un récent défilé.
Pour autant, cette transition ne s’effectue pas sans résistance. Certains puristes continuent de privilégier les souliers classiques, arguant que rien ne remplace le charme intemporel des richelieus ou des derbies. Cependant, le succès commercial des sneakers de luxe montre que les mentalités évoluent, même dans les milieux les plus conservateurs.
La question reste entière : jusqu’où iront ces dérives vestimentaires ? Les puristes prédisent un retour en grâce des souliers traditionnels, tandis que les partisans des sneakers y voient l’avenir de l’élégance masculine. Une chose est sûre, le débat est lancé.
Les principales maisons sont Berluti avec son modèle Shadow, Hermès avec des versions en cuir, Loro Piana et Zegna qui misent sur des matériaux nobles comme le cachemire ou la laine mérinos. D’autres acteurs comme Balenciaga ou Gucci investissent aussi ce segment avec des approches plus streetwear.
Les prix varient fortement selon les marques et les modèles. Comptez entre 800 € et 1 500 € pour les entrées de gamme, avec des pics à plus de 2 000 € pour les éditions limitées ou les collaborations exclusives.