Les quatre petits-fils du général Charles de Gaulle ont décidé de vendre La Boisserie, la résidence familiale située à Colombey-les-deux-Églises (Haute-Marne), selon Le Figaro. L’État français devrait finaliser l’acquisition de ce lieu chargé d’histoire, qui abrite les souvenirs intimes et politiques du fondateur de la Ve République.

Ce qu'il faut retenir

  • Les quatre petits-fils du général de Gaulle mettent en vente La Boisserie, demeure historique de Colombey-les-deux-Églises.
  • L’État français devrait acquérir la propriété, jugeant inconcevable qu’elle quitte le patrimoine national.
  • Le général de Gaulle y a écrit ses Mémoires de guerre et préparé des décisions politiques majeures.
  • De Gaulle y a également rédigé une partie de ses Mémoires d’espoir après son départ du pouvoir en 1969.
  • Il est décédé dans cette maison le 9 novembre 1970 et repose dans le cimetière du village.

Un lieu emblématique de l’histoire de France

À l’abri des regards, nichée au bout d’une allée gravillonnée encadrée de grands arbres, La Boisserie se dresse comme un symbole de la vie privée et publique de Charles de Gaulle. Cette demeure, simple en apparence malgré un manteau de vigne vierge, fut bien plus qu’une résidence : elle fut le sanctuaire où l’homme du 18 Juin a forgé des pans entiers de l’histoire française.

C’est entre ses murs que de Gaulle a posé les bases de ses Mémoires de guerre, un texte fondateur retraçant son rôle pendant le second conflit mondial. Après son départ de l’Élysée en 1969, il y a également entamé la rédaction des Mémoires d’espoir, un projet interrompu par sa mort. Ces écrits, achevés par sa fille Élisabeth de Boissieu, restent des témoignages majeurs de sa pensée.

Un patrimoine national en jeu

La décision des héritiers de vendre La Boisserie a suscité une onde de choc dans le monde politique et culturel. Pour l’État, l’acquisition de ce bien semble une évidence : comment imaginer que ce lieu, indissociable de l’épopée gaullienne, échappe au patrimoine national ? Colombey-les-deux-Églises est devenue, au fil des décennies, un pèlerinage républicain, où des milliers de visiteurs viennent honorer la mémoire du Général.

La propriété, classée aux Monuments historiques, abrite encore le bureau où de Gaulle travaillait, sa chambre, ainsi que des objets personnels. Son acquisition par l’État permettrait de pérenniser son ouverture au public et d’en faire un lieu de mémoire accessible à tous. Un dossier suivi de près par le ministère de la Culture, qui n’a pas encore communiqué de calendrier précis pour cette transaction.

La fin d’une époque à Colombey-les-deux-Églises

Le général de Gaulle repose depuis 1970 dans le cimetière communal de Colombey, aux côtés de son épouse Yvonne. La commune, marquée à jamais par son passage, a vu sa notoriété grandir avec l’installation de la Croix de Lorraine, symbole de la Résistance, sur les hauteurs du village. La Boisserie, elle, est depuis des décennies un lieu de mémoire, où les visiteurs peuvent ressentir l’austérité et la concentration qui caractérisaient l’homme d’État.

Pour les petits-fils du Général, cette vente marque la fin d’un cycle familial. « Nous avons longuement réfléchi avant de prendre cette décision, mais il nous semble que l’intérêt général doit primer », a expliqué l’un d’eux sous couvert d’anonymat. Leur choix s’inscrit dans une logique patrimoniale, même si certains habitants du village expriment une certaine mélancolie à l’idée de voir la demeure passer sous contrôle public.

« De Gaulle vit dans l’histoire au moins autant que dans le présent. »
— Patrice Gueniffey, historien, spécialiste du gaullisme

Et maintenant ?

Si l’État confirme son intention d’acquérir La Boisserie, les prochaines étapes consisteront à finaliser les négociations avec les héritiers et à définir le projet culturel porté par la future gestion du site. Une ouverture au public pourrait être envisagée d’ici 2027, sous réserve des travaux éventuels de restauration. D’ici là, la demeure restera accessible uniquement lors des journées du patrimoine ou sur rendez-vous, comme c’est le cas actuellement.

Un héritage politique et personnel

Charles de Gaulle a passé les dernières années de sa vie à La Boisserie, loin de l’agitation parisienne. C’est là qu’il recevait ses proches, qu’il préparait ses discours et qu’il réfléchissait à l’avenir de la France. Son départ pour Londres en juin 1940, puis son retour triomphal en 1944, ont façonné le mythe gaullien, mais c’est aussi dans cette maison qu’il a posé les bases de la Ve République en 1958.

La vente de La Boisserie ne signe pas seulement la fin d’une ère familiale. Elle ouvre une nouvelle page pour ce lieu, qui pourrait devenir un centre d’études et de mémoire dédié à l’œuvre du Général. Des discussions sont en cours pour y organiser des expositions, des conférences et des archives numérisées, afin de perpétuer l’héritage intellectuel de l’homme d’État.

En attendant, les portes de La Boisserie restent closes au grand public, à l’exception des rares visites organisées. Une situation qui pourrait évoluer rapidement, si l’État finalise son acquisition dans les mois à venir.

Selon Le Figaro, le prix de vente n’a pas été officiellement communiqué. Cependant, les spécialistes estiment sa valeur à plusieurs millions d’euros, en raison de son importance historique et de sa classification aux Monuments historiques.

Aucun accord définitif n’a été annoncé à ce jour. Les négociations sont en cours et pourraient s’étaler sur plusieurs mois, selon des sources proches du dossier.