Une stratégie d’influence chinoise à long terme, qualifiée de « systémique et adaptative », se déploie dans les pays du G7. Selon une étude du centre de recherche canadien MIGS, publiée ce mercredi 27 mai, cette approche exploite les failles des sociétés ouvertes en mêlant activités légales et opérations clandestines. Le Département du travail du front uni (UFWD), organe du Parti communiste chinois, piloterait ce réseau via plus de 2 000 organisations, dont plus de 900 aux États-Unis, agissant à travers des canaux politiques, économiques, universitaires et sociétaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Le réseau chinois compte plus de 2 000 organisations, dont 900 aux États-Unis, selon l’étude du MIGS.
  • Cette stratégie vise à influencer les débats politiques, les opinions publiques et à soutirer des avantages stratégiques.
  • Les pays du G7 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Japon, Canada) sont ciblés via des canaux politiques, économiques et académiques.
  • Le sommet du G7, prévu mi-juin à Évian, portera notamment sur la coordination face à ces ingérences.
  • Le MIGS propose des mesures comme un registre commun des organisations liées à Pékin et l’harmonisation des législations.

Un réseau d’influence aux multiples facettes

D’après le rapport « Protection du G7, contrer les interférences de Pékin », publié par le MIGS basé à Montréal, la Chine déploie une méthode d’influence « ancrée dans le fonctionnement normal des sociétés ouvertes ». Ce réseau, piloté par l’UFWD, s’appuie sur des associations professionnelles, des groupes étudiants, des organisations culturelles et des plateformes médiatiques. « Un schéma clair se dégage dans les pays du G7 », souligne l’étude, qui passe en revue la situation dans chacun des sept États membres.

Les activités menées incluent l’influence des élections, la manipulation des opinions publiques, la persécution d’opposants réfugiés et l’espionnage industriel. « Bien que non intrinsèquement illégales, leur effet cumulatif est de façonner les débats politiques et d’influencer le discours public », précise le rapport. Certaines entités servent également de couverture pour faciliter l’accès à des avantages stratégiques, comme des secrets industriels ou des partenariats technologiques.

La France, cible privilégiée des réseaux chinois

En France, l’étude du MIGS révèle que la stratégie chinoise s’appuie sur des personnalités politiques, en offrant une visibilité médiatique à d’anciens responsables via des institutions liées à Pékin. L’alignement idéologique avec la Chine est également exploité pour influencer les débats publics. Aux échelons locaux, les régions stratégiques, les pôles industriels et les ports sont ciblés à travers des partenariats économiques, des coopérations universitaires et des projets d’infrastructure, comme le déploiement de la 5G.

Ces méthodes s’inscrivent dans un contexte où les démocraties libérales du G7 font face à une « brutalisation des rapports internationaux » et à une compétition accrue entre grandes puissances. Le sommet du G7, prévu mi-juin à Évian, vise justement à coordonner les réponses face à ces défis, dans un environnement marqué par la montée des tensions géopolitiques.

Des propositions pour contrer ces ingérences

Pour faire face à cette menace, le MIGS formule plusieurs recommandations, dont la création d’un mécanisme de coordination entre les pays du G7 pour contrer les interférences étrangères. L’établissement d’un registre commun des organisations et des personnes liées au réseau d’influence chinois est également proposé, afin de renforcer la transparence. L’harmonisation des législations nationales, notamment en matière de financement étranger des partis politiques et des médias, figure aussi parmi les pistes avancées.

« Il s’agit d’un défi collectif pour la gouvernance démocratique, la souveraineté et l’intégrité du débat public au sein du G7 », affirme le centre de recherche. Ces mesures s’ajoutent aux efforts individuels déjà engagés par certains États membres, comme la France ou les États-Unis, qui ont renforcé leurs dispositifs législatifs ces dernières années.

Et maintenant ?

Le sommet du G7 à Évian, prévu les 13 et 14 juin, devrait permettre aux dirigeants des sept pays membres de discuter des moyens concrets pour renforcer la résilience de leurs démocraties face aux ingérences étrangères. Une déclaration commune sur la cybersécurité et la protection des processus électoraux pourrait être adoptée. Par ailleurs, plusieurs pays pourraient annoncer des mesures bilatérales pour durcir leurs dispositifs législatifs, notamment en matière de transparence des financements étrangers. Reste à voir si ces initiatives suffiront à endiguer l’ampleur du réseau chinois, dont l’influence s’étend bien au-delà des frontières du G7.

Cette stratégie d’influence chinoise, qui s’appuie sur des décennies de relations économiques et culturelles, illustre une nouvelle forme de guerre hybride. Pour les démocraties occidentales, la question n’est plus seulement de savoir comment riposter, mais comment protéger leurs sociétés sans remettre en cause les principes mêmes de liberté et d’ouverture qui les définissent.

Le Département du travail du front uni (UFWD) est un organe du Parti communiste chinois chargé de superviser les relations avec les groupes et organisations en Chine et à l’étranger. Il joue un rôle central dans la coordination des activités d’influence du régime, notamment auprès des communautés chinoises expatriées et des institutions étrangères.