Selon Le Monde, la Chine déploie une stratégie ambitieuse de soft power destinée à séduire les jeunes générations à travers les réseaux sociaux. Dans cette optique, la ville de Chongqing, connue pour son architecture futuriste et ses mises en scène technologiques spectaculaires, devient un terrain d’expérimentation pour les influenceurs internationaux. L’objectif affiché est de redorer l’image du pays en misant sur le pouvoir viral des plateformes comme TikTok ou Instagram.
Ce qu'il faut retenir
- Chongqing est la ville chinoise choisie comme vitrine technologique pour attirer les influenceurs étrangers.
- Pékin mise sur les réseaux sociaux (TikTok, Instagram) pour diffuser une image modernisée de la Chine.
- Des blogueurs et créateurs de contenu sont invités à produire du contenu engageant dans des décors futuristes.
- Cette campagne s’inscrit dans une politique globale de soft power chinois à l’ère numérique.
Dans cette ville du sud-ouest de la Chine, réputée pour ses gratte-ciels illuminés et ses espaces urbains futuristes, les autorités locales organisent régulièrement des événements dédiés aux influenceurs. Selon Le Monde, ces séjours sont conçus pour générer du contenu visuel percutant, capable de captiver les jeunes publics étrangers. « On nous propose des visites de sites high-tech, des rencontres avec des entrepreneurs locaux et des expériences immersives », explique Laura Martinez, une influenceuse espagnole invitée en 2025, qui a partagé ses impressions sur Instagram.
Le choix de Chongqing n’est pas anodin. Avec ses 32 millions d’habitants et son statut de municipalité centrale placée sous administration directe du gouvernement central, la ville incarne la modernité chinoise. Ses infrastructures, comme le Three Gorges Square ou le Chongqing Eye, offrent des décors idéaux pour des vidéos à fort potentiel viral. « Le cadre est spectaculaire, et les autorités locales mettent tout en œuvre pour faciliter notre travail », précise Martinez, qui a publié plusieurs vidéos mettant en avant la ville sous un jour positif.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin pour contrer les critiques internationales sur des sujets comme les droits de l’homme ou la censure. En ciblant les jeunes générations, souvent plus réceptives aux messages portés par les influenceurs, la Chine espère façonner une image plus attractive. Selon Le Monde, des rapports internes du ministère chinois de la Culture et du Tourisme, consultés en 2024, soulignent l’efficacité de cette approche : « Les plateformes comme TikTok permettent de toucher des millions de jeunes en quelques heures, bien plus rapidement qu’un documentaire traditionnel ».
Pour les influenceurs, ces invitations s’apparentent à des séjours de presse, avec des agendas chargés et des visites organisées. Les participants signent généralement des clauses de confidentialité, limitant leur liberté de ton sur des sujets sensibles comme la politique ou les minorités. « On nous demande de mettre en avant la croissance économique et les avancées technologiques, sans aborder les sujets polémiques », confie un influenceur français sous couvert d’anonymat.
Le modèle chinois pourrait aussi inspirer d’autres pays souhaitant promouvoir leur image via les réseaux sociaux. Pour l’heure, Chongqing reste la principale vitrine de cette campagne, mais son succès pourrait conduire à une généralisation du dispositif. Les prochaines élections en Europe et aux États-Unis, où les questions liées à la Chine occupent une place croissante, pourraient renforcer ou affaiblir cette stratégie.
Les influenceurs sont encouragés à réaliser des vidéos mettant en avant les avancées technologiques, l’architecture futuriste, la croissance économique ou la culture locale de Chongqing. Les sujets sensibles comme la politique, les droits de l’homme ou les minorités sont généralement évités, sous peine de voir leur invitation annulée ou leur contenu censuré.
Les règles de TikTok interdisent explicitement les contenus promotionnels non déclarés comme publicités. Cependant, les séjours organisés par les autorités chinoises sont souvent présentés comme des « voyages de presse » ou des « invitations culturelles », ce qui permet de contourner ces obligations. Les plateformes n’ont pas encore pris de position claire sur ce sujet, mais des associations de défense des droits numériques appellent à un encadrement plus strict.