La publication récente du livre L’Origine du temps, la dernière théorie de Stephen Hawking, coécrit par le cosmologiste belge Thomas Hertog, relance le débat sur les fondements mêmes de la cosmologie et de la physique quantique. Selon Futura Sciences, cette théorie, développée en collaboration avec Stephen Hawking pendant près de vingt ans, propose une vision radicalement nouvelle de l’Univers, où les lois de la physique ne seraient pas immuables, mais émergeraient d’un état quantique primordial, lui-même hors de l’espace et du temps.

Ce modèle, baptisé modèle sans bord de Hartle-Hawking (en référence aux travaux menés en 1983 par James Hartle et Stephen Hawking), s’appuie sur une reformulation de la mécanique quantique via l’intégrale de chemin de Feynman. Une approche qui, selon Hertog, permettrait de réconcilier la relativité générale avec la physique quantique, tout en offrant une explication au « réglage fin » des constantes fondamentales de l’Univers, souvent évoqué dans les débats sur le multivers.

Ce qu'il faut retenir

  • Une théorie née de 20 ans de collaboration : Hawking et Hertog ont travaillé ensemble sur ce modèle, qui constitue la dernière théorie cosmologique du physicien britannique avant son décès en mars 2018.
  • Un Univers sans bord : Le modèle de Hartle-Hawking remplace la singularité initiale du Big Bang par une géométrie quantique équivalente à une portion de sphère, où l’espace et le temps n’existent pas au départ.
  • Une inflation compatible avec notre Univers : Grâce à l’intégrale de Feynman, les calculs montrent que cette théorie prédit une phase d’inflation suffisante pour expliquer la structure observable de l’Univers.
  • Le multivers en question : Contrairement aux prédictions des théories des cordes, ce modèle suggère que le multivers pourrait être bien moins vaste, voire inexistant, car les calculs quantiques limitent la prolifération des univers possibles.
  • Un Univers auto-cohérent : La théorie propose que les lois de la physique et l’émergence des observateurs soient liées par un mécanisme d’auto-consistance, où l’observation elle-même influencerait l’évolution du cosmos.

Un modèle issu des travaux pionniers des années 1980

En 1983, James Hartle et Stephen Hawking proposent une version quantique de la relativité générale, connue sous le nom de modèle sans bord. Ce modèle postule que l’Univers n’a ni commencement ni fin dans le temps imaginaire, une notion introduite pour éliminer la singularité initiale du Big Bang. Selon Futura Sciences, cette approche a été reprise et approfondie par Hawking et Hertog dans les années 2000, notamment grâce à l’utilisation de l’intégrale de chemin de Feynman, un outil mathématique permettant de décrire l’évolution quantique d’un système.

Cette intégrale considère toutes les histoires possibles de l’Univers, des plus classiques aux plus exotiques, et calcule leur probabilité. Dans ce cadre, les deux chercheurs ont montré que leur modèle pouvait prédire une phase d’inflation cosmique suffisamment intense pour expliquer la platitude et l’homogénéité de l’Univers observable, tout en évitant les écueils des théories du multivers infini.

L’inflation éternelle et le multivers : un débat relancé

Depuis les années 1980, les cosmologistes comme Andrei Linde ou Paul Steinhardt ont exploré l’idée d’une inflation éternelle, où des régions de l’Univers continueraient à s’étendre indéfiniment, donnant naissance à une infinité d’univers-bulles aux lois physiques différentes. Selon Futura Sciences, cette vision, popularisée par la théorie des cordes, implique l’existence d’un multivers où notre Univers ne serait qu’un parmi une myriade d’autres, avec des constantes fondamentales variables.

Cependant, les calculs menés par Hawking et Hertog remettent en cause cette abondance d’univers. En appliquant l’intégrale de Feynman à un modèle simplifié, ils ont découvert que la prise en compte des observations actuelles réduit drastiquement la probabilité d’un multivers infini. Comme l’explique Hertog dans son livre, « les interférences quantiques alignent nécessairement les constantes et les forces sur l’existence d’observateurs », suggérant que notre Univers pourrait être bien plus typique qu’on ne le pensait.

« Les calculs montrent que l’inflation éternelle ne produit pas un zoo d’univers possibles, mais plutôt un ensemble auto-cohérent où seuls les univers favorables à l’émergence de la vie émergent. » — Thomas Hertog, cosmologiste belge, dans L’Origine du temps

Une vision « top-down » de la cosmologie

L’approche développée par Hawking et Hertog s’inscrit dans une logique de cosmologie quantique top-down, par opposition aux méthodes classiques (bottom-up) qui tentent de reconstruire l’Univers à partir d’un état initial hypothétique. Selon Futura Sciences, cette méthode part des observations actuelles pour remonter le fil de l’histoire cosmique, en s’appuyant sur des outils comme la correspondance AdS/CFT (Anti-de Sitter/Conformal Field Theory), issue de la théorie des cordes.

Cette correspondance, qui établit un lien entre un espace-temps courbe en 10 dimensions et une théorie quantique sans gravité en 4 dimensions, permet de décrire l’Univers comme un hologramme. Dans cette vision, l’information contenue dans notre Univers observable pourrait être encodée sur une surface à trois dimensions, suggérant que l’espace-temps lui-même serait une émergence quantique. Une idée qui rejoint les travaux de Leonard Susskind ou Juan Maldacena sur le principe holographique.

Les implications philosophiques et scientifiques

La théorie de Hawking et Hertog a des répercussions bien au-delà de la physique. En proposant que les lois de la physique ne soient pas immuables, mais émergent d’un état quantique primordial, elle entre en dialogue avec des questions philosophiques anciennes. Comme le souligne Hertog, « l’observateur n’est plus un simple spectateur, mais un acteur de la réalité cosmique ». Cette vision, inspirée des idées de John Wheeler sur un « Univers participatif », suggère que la conscience ou l’observation pourrait jouer un rôle dans la structure même de l’Univers.

Sur le plan scientifique, cette théorie offre une alternative aux spéculations sur le principe anthropique, qui postule que l’Univers est « réglé » pour permettre l’émergence de la vie. Selon Hawking et Hertog, « il n’y a pas de finalité, mais une auto-consistance quantique qui sélectionne les univers viables ». Une perspective qui pourrait, à terme, rendre obsolètes les débats sur le multivers infini.

Et maintenant ?

Si la théorie de Hawking et Hertog reste spéculative, elle ouvre des pistes pour des expériences futures. Les chercheurs pourraient tenter de valider certains aspects du modèle en étudiant les anomalies du fond diffus cosmologique ou en explorant les liens entre mécanique quantique et gravité via des ordinateurs quantiques. Selon Hertog, « des simulations quantiques pourraient, dans les décennies à venir, permettre de tester cette théorie ». Une avancée qui, si elle se concrétise, pourrait révolutionner notre compréhension de l’Univers et de notre place en son sein.

Cette théorie, bien que complexe, rappelle que la cosmologie moderne est à un carrefour. Entre les spéculations sur le multivers et les tentatives de réconcilier relativité et mécanique quantique, les travaux de Hawking et Hertog offrent une voie médiane, où l’Univers n’est ni totalement aléatoire ni parfaitement déterminé. Une perspective qui, si elle se confirme, pourrait bien redéfinir les fondements de la physique.

Le modèle sans bord, proposé en 1983 par James Hartle et Stephen Hawking, est une théorie cosmologique quantique qui remplace la singularité initiale du Big Bang par une géométrie équivalente à une portion de sphère, où l’espace et le temps n’existent pas au départ. Ce modèle utilise le temps imaginaire pour éliminer la singularité et décrire un Univers sans commencement ni fin dans cette dimension.

Les calculs menés par Hawking et Hertog avec l’intégrale de chemin de Feynman montrent que la prise en compte des observations actuelles réduit drastiquement la probabilité d’un multivers infini. Selon leur modèle, les interférences quantiques aligneraient les constantes fondamentales de l’Univers sur l’émergence d’observateurs, limitant ainsi la prolifération des univers possibles.