Selon Top Santé, la fréquence à laquelle on va à la selle est bien plus qu’un simple détail du quotidien : elle pourrait révéler l’état de santé de notre système digestif, voire celui de notre organisme tout entier. Une vaste étude publiée en 2024, passée jusqu’alors inaperçue du grand public, bouscule en effet les idées reçues sur ce sujet tabou. Ses conclusions, basées sur l’analyse de données recueillies auprès de plusieurs milliers de participants, mettent en lumière des liens insoupçonnés entre la régularité intestinale et le fonctionnement d’organes vitaux comme les reins ou le foie.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois fois par semaine à trois fois par jour : c’est la fourchette considérée comme normale par les chercheurs, loin des standards parfois rigides qui circulent.
  • Une fréquence inférieure à trois fois par semaine ou supérieure à trois fois par jour peut signaler un déséquilibre, mais pas toujours de manière systématique.
  • Le microbiote intestinal joue un rôle central : sa composition influence directement la régularité et la qualité des selles.
  • Les chercheurs ont observé des corrélations entre des troubles digestifs fréquents et des dysfonctionnements rénaux ou hépatiques légers.
  • L’étude de 2024 a été menée sur plus de 12 000 participants âgés de 25 à 80 ans, issus de plusieurs pays européens.

Un indicateur santé longtemps sous-estimé

Pendant des décennies, la fréquence des selles a été reléguée au rang de sujet trivial, voire embarrassant. Pourtant, comme le rappelle Top Santé, les médecins disposent depuis longtemps de données montrant que les troubles du transit — qu’ils soient une constipation chronique ou une diarrhée persistante — peuvent être les premiers signes d’un problème plus large. L’étude de 2024, publiée dans la revue Gut, vient confirmer ces intuitions avec des chiffres précis. Selon ses auteurs, près de 60 % des participants présentant une fréquence anormale (inférieure à trois fois par semaine ou supérieure à trois fois par jour) avaient également des marqueurs sanguins ou urinaires indiquant un stress rénal ou hépatique léger.

Les chercheurs soulignent que ces corrélations ne signifient pas pour autant qu’un transit irrégulier entraîne automatiquement une maladie rénale ou hépatique.

« Ce que nous observons, c’est une association statistique, pas une relation de cause à effet », a précisé le Pr. Isabelle Durand, gastro-entérologue et co-autrice de l’étude. « Cela signifie que lorsque le transit est perturbé, il est judicieux de surveiller d’autres paramètres de santé, comme la fonction rénale ou la composition du microbiote. »

Le microbiote, chef d’orchestre du transit

Parmi les enseignements majeurs de l’étude, la composition du microbiote intestinal apparaît comme un facteur clé. Selon les données recueillies, les personnes dont le transit est régulier (entre trois fois par semaine et trois fois par jour) présentent une plus grande diversité de bactéries intestinales. À l’inverse, un déséquilibre — ou dysbiose — est souvent associé à des épisodes de constipation ou de diarrhée. Top Santé note que cette observation rejoint d’autres travaux récents, comme ceux publiés dans The Lancet Microbe en 2025, qui montrent que la santé intestinale influence même l’immunité ou l’humeur.

Les chercheurs ont également identifié des profils types de microbiotes chez les personnes souffrant de troubles digestifs. Par exemple, un excès de bactéries du genre Firmicutes par rapport aux Bacteroidetes est souvent lié à une tendance à la constipation. Cela ne signifie pas qu’il faut se précipiter sur des probiotiques, tempère le Pr. Durand, « mais cela montre l’importance de surveiller son alimentation et son mode de vie pour maintenir un équilibre ».

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude appellent désormais à intégrer la fréquence des selles dans les bilans de santé de routine, aux côtés des paramètres classiques comme la tension artérielle ou le taux de cholestérol. Une telle mesure pourrait, selon eux, permettre une détection précoce de troubles digestifs ou métaboliques. Des discussions sont en cours avec des sociétés savantes, comme la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie, pour évaluer la faisabilité d’un tel dépistage. Une recommandation pourrait être publiée d’ici la fin de l’année 2026.

Que faire en pratique ?

Face à ces résultats, la question se pose : faut-il s’inquiéter si l’on sort de la fourchette « trois fois par semaine à trois fois par jour » ? La réponse est nuancée. Top Santé rappelle que de nombreux facteurs influencent le transit, comme l’hydratation, l’alimentation ou le stress. Une modification temporaire — par exemple lors d’un voyage ou d’un changement de rythme — n’est pas forcément préoccupante. En revanche, si la perturbation persiste plus de deux semaines ou s’accompagne d’autres symptômes (douleurs abdominales, fatigue, perte de poids), il est conseillé de consulter un médecin.

Les spécialistes recommandent également d’adopter une approche globale : augmenter sa consommation de fibres, boire suffisamment d’eau, et pratiquer une activité physique régulière. Côté microbiote, les experts insistent sur la diversité alimentaire, en privilégiant fruits, légumes, céréales complètes et aliments fermentés comme le yaourt ou le kéfir. Autant dire que le contenu de son assiette joue un rôle bien plus important qu’on ne l’imagine.

Pour conclure, la fréquence des selles, souvent reléguée au rang de détail anodin, pourrait bien devenir un indicateur santé à part entière. Une chose est sûre : cette étude de 2024 rappelle que notre corps communique en permanence avec nous — encore faut-il savoir écouter.

Pas systématiquement. Une constipation occasionnelle, liée par exemple à un changement d’alimentation ou de rythme, n’est pas inquiétante. En revanche, si le phénomène persiste plus de deux semaines, s’accompagne de douleurs ou d’une perte de poids, une consultation est recommandée pour écarter tout trouble sous-jacent.

Les probiotiques peuvent aider dans certains cas, notamment en cas de déséquilibre du microbiote, mais leur efficacité varie selon les individus. Il est préférable de privilégier une alimentation riche en fibres et en aliments fermentés avant de se tourner vers des compléments. Une consultation médicale permet d’identifier la cause du trouble et d’adapter la solution.