La Nasa accélère le développement de ses futurs véhicules d’exploration spatiale avec le prototype Ernest, un rover conçu pour franchir des terrains bien plus accidentés que ceux déjà parcourus par ses prédécesseurs, comme Perseverance, Curiosity ou Opportunity. Selon Numerama, ce nouveau modèle, actuellement testé dans le désert du Colorado, pourrait un jour être déployé sur la Lune ou sur Mars, où les reliefs escarpés et les obstacles rocheux représentent un défi majeur pour les missions robotisées.
Ce qu'il faut retenir
- Ernest a déjà parcouru 26 kilomètres en autonomie quasi totale dans le désert du Colorado, un environnement simulant les conditions hostiles de la Lune ou de Mars.
- Ce prototype de 120 centimètres de long est capable de se déplacer dix fois plus vite que Perseverance, tout en franchissant des obstacles que ses prédécesseurs n’auraient pu éviter.
- Son système de suspension active lui permet de redistribuer son poids pour escalader ou contourner les roches, réduisant ainsi les risques de basculement.
- Ernest intègre un système d’intelligence artificielle lui permettant de choisir seul son itinéraire, après des mois d’entraînement virtuel sur des terrains variés.
- Les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) estiment qu’il serait possible de concevoir un rover deux fois plus grand avec des capacités similaires, pour des missions scientifiques approfondies.
Un rover conçu pour surmonter les limites des modèles actuels
Depuis plus de cinq ans, les rovers martiens de la Nasa, comme Perseverance, ont marqué l’histoire en parcourant plus de 40 kilomètres à la surface de la planète rouge. Pourtant, comme le rappelle Numerama, leurs performances restent limitées : leur vitesse moyenne est 31 fois inférieure à celle d’un humain, et chaque mouvement est calculé avec une extrême prudence pour éviter tout basculement. Ces contraintes s’expliquent par la nature des terrains rencontrés, souvent jonchés de roches ou de pentes abruptes, qui rendent les déplacements périlleux.
Face à ces défis, l’agence spatiale américaine a lancé le développement de successeurs plus agiles et autonomes. Ernest, dont le nom signifie Exploration Rover for Navigating Extreme Sloped Terrain, incarne cette nouvelle génération. Son objectif ? Explorer des zones jusqu’ici inaccessibles, où les rovers classiques auraient peu de chances de survivre sans risquer de s’immobiliser définitivement.
Une technologie de suspension innovante pour dompter les obstacles
Contrairement à ses prédécesseurs, Ernest mesure seulement 120 centimètres de long, mais il est doté d’une suspension active qui lui permet de soulever légèrement ses roues pour franchir les obstacles. Ce système, testé après 11 configurations différentes, lui offre une mobilité inédite. Selon les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL), cette technologie redistribue le poids du rover en fonction du terrain, lui permettant de se faufiler entre les roches ou de les escalader avec une aisance déconcertante.
Ce mécanisme s’adapte également aux besoins : en mode actif, il optimise la traction et la stabilité, tandis qu’en mode passif, il limite la consommation d’énergie et préserve le matériel. «
Ernest représente une avancée majeure dans la façon dont nous concevons les rovers pour les environnements extrêmes», a déclaré un porte-parole du JPL, soulignant que ce prototype pourrait servir de base pour les futurs véhicules d’exploration lunaire ou martienne.
Une autonomie décisionnelle grâce à l’intelligence artificielle
Autre innovation majeure : Ernest est équipé d’un système d’aide à la décision basé sur l’intelligence artificielle. Avant même de se déplacer, il analyse la topographie du terrain qui se présente à lui et choisit l’itinéraire le plus sûr et le plus efficace. Pour cela, il a été entraîné pendant plusieurs mois sur des simulations de terrains variés, lui permettant d’apprendre à distinguer les zones praticables de celles à éviter. Les 26 kilomètres déjà parcourus dans le désert du Colorado l’ont été en autonomie quasi totale, avec une intervention humaine minimale. «
Notre objectif était de réduire au maximum la dépendance aux commandes terrestres, et les résultats sont très encourageants», a précisé un ingénieur du projet. Cette autonomie est cruciale pour les missions futures, où les communications avec la Terre pourraient être retardées ou limitées, notamment lors des expéditions sur la face cachée de la Lune.
Vers des rovers deux fois plus grands pour des missions scientifiques ambitieuses
À ce stade, Ernest reste un prototype, conçu pour valider des technologies plutôt que pour être envoyé dans l’espace. Les tests menés dans le désert du Colorado visent précisément à affiner ces innovations avant leur intégration dans les prochains rovers opérationnels. Selon Numerama, les ingénieurs du JPL estiment qu’il serait envisageable de construire un véhicule deux fois plus grand que Ernest, tout en conservant ses capacités de franchissement et son autonomie.
Une telle évolution permettrait d’embarquer davantage d’instruments scientifiques et d’élargir le champ des explorations. «
Nous voulons couvrir plus de terrain, plus rapidement, tout en collectant des données de qualité», a expliqué un responsable du projet. À terme, ces améliorations pourraient transformer la manière dont l’humanité explore les corps célestes, en ouvrant la voie à des missions plus audacieuses et plus complexes.
Avec Ernest, la Nasa fait un pas de géant vers une exploration spatiale plus dynamique et moins contrainte par les obstacles naturels. Reste à voir si ce prototype saura tenir ses promesses lors des futures missions, mais une chose est sûre : l’agence spatiale américaine ne compte pas s’arrêter là.