La dégradation des sols réduit les rendements agricoles de 2 % en moyenne pour chaque augmentation de 10 % de leur altération, selon une étude publiée début août 2026 dans la revue Nature Food par une équipe internationale de chercheurs. Ces travaux révèlent que restaurer la qualité des terres arables pourrait permettre de nourrir 70 millions de personnes supplémentaires chaque année, tout en limitant l’usage d’engrais et d’irrigation. Futura Sciences rapporte ces conclusions issues d’une analyse menée à l’échelle mondiale.

Ce qu'il faut retenir

  • Une dégradation de 10 % des sols entraîne une baisse moyenne de 2 % des rendements agricoles.
  • Réduire de 10 % la dégradation globale des sols permettrait de nourrir 70 millions de personnes en plus par an.
  • L’érosion, la déshydratation et le tassement des sols sont identifiés comme les principaux facteurs de dégradation.
  • Entre 2015 et 2019, 100 millions d’hectares de terres fertiles ont été perdus chaque année, soit deux fois la superficie du Groenland.
  • Les sols non dégradés servent de référence pour évaluer le potentiel de production agricole.

Une réalité ignorée : le sol, premier levier de l’agriculture

Longtemps éclipsée par les débats sur les engrais et l’irrigation, la santé des sols émerge comme un enjeu majeur pour l’avenir alimentaire mondial. Futura Sciences souligne que la qualité des terres arables conditionne directement la capacité à nourrir les populations, alors que l’agriculture intensive et les pratiques non durables ont accéléré leur dégradation. Les chercheurs rappellent que des sols vivants et bien gérés produisent davantage, avec moins d’intrants chimiques.

Parmi les menaces identifiées, l’érosion, la déshydratation et le tassement des sols — causé par l’utilisation massive de machines lourdes — figurent en tête de liste. Ces phénomènes réduisent la fertilité des terres et limitent leur capacité à retenir l’eau et les nutriments essentiels aux cultures. Les auteurs de l’étude soulignent que ces problèmes sont souvent sous-estimés dans les stratégies agricoles actuelles.

Des chiffres qui parlent : le sol, un atout méconnu

Pour quantifier l’impact de la dégradation des sols, les chercheurs ont cartographié les terres arables en carrés de 10 kilomètres de côté. « Nous avons comparé des zones aux conditions climatiques similaires, mais présentant des niveaux de dégradation différents », explique Hadi Hadi, chercheur postdoctoral à l’Université de Bonn (Allemagne). « Les parcelles les moins dégradées nous servent de référence pour évaluer ce qui est possible en termes de rendements », ajoute David Wuepper, responsable du groupe d’économie des terres.

L’analyse a ensuite croisé ces données avec cinq paramètres de dégradation : l’érosion, la perte de carbone organique, la déshydratation, le tassement et l’absence de couverture végétale. Résultat : chaque tranche de 10 % de dégradation supplémentaire réduit les rendements de 2 % en moyenne. À l’inverse, une amélioration de 10 % des sols à l’échelle mondiale pourrait augmenter suffisamment la production pour couvrir les besoins alimentaires de 70 millions de personnes.

Un constat alarmant : 100 millions d’hectares perdus chaque année

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), la dégradation des sols s’accélère. Entre 2015 et 2019, 100 millions d’hectares de terres fertiles ont disparu chaque année, soit une superficie équivalente à deux fois celle du Groenland. Ce phénomène, principalement lié à l’agriculture intensive, à la déforestation et aux pratiques non durables, menace la sécurité alimentaire mondiale. Pourtant, les chercheurs insistent : cette situation n’est pas une fatalité.

Les solutions existent, et elles passent par une gestion plus respectueuse des sols. Moins de tassement, une meilleure couverture végétale, une gestion optimisée de l’eau et une réduction des sols nus permettraient d’inverser la tendance. « Protéger les sols, ce n’est pas seulement préserver l’environnement, c’est aussi sécuriser nos assiettes », rappelle l’étude. Pour les auteurs, il est urgent de repenser les pratiques agricoles pour garantir une production alimentaire durable.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient passer par des politiques publiques incitant à la restauration des sols, ainsi que par un soutien accru aux agriculteurs adoptant des pratiques régénératives. Des initiatives locales, comme l’agriculture de conservation ou l’agroforesterie, pourraient être généralisées si leur efficacité est démontrée à grande échelle. Une conférence internationale sur la dégradation des terres est prévue en 2027, où ces questions devraient être au cœur des débats.

Si la dégradation des sols reste un défi majeur, les solutions existent et pourraient être mises en œuvre rapidement. Pour les chercheurs, l’enjeu est désormais de convaincre les décideurs et les agriculteurs d’agir avant que la situation ne devienne irréversible.

La dégradation des sols désigne la perte de leur qualité et de leur fertilité, souvent causée par l’érosion, la perte de matière organique, le tassement, la salinisation ou la pollution. Ces phénomènes réduisent leur capacité à produire des cultures et à retenir l’eau, menaçant ainsi la sécurité alimentaire.

Parmi les alternatives figurent l’agriculture régénérative, l’agriculture de conservation, l’agroforesterie et la rotation des cultures. Ces méthodes visent à restaurer la santé des sols tout en maintenant des rendements élevés, souvent avec moins d’intrants chimiques.