Depuis son lancement en décembre 2024, la mission Proba-3 de l’Agence spatiale européenne (ESA) a déjà permis de réaliser 57 éclipses solaires artificielles, offrant aux scientifiques un regard inédit sur notre étoile. Selon Futura Sciences, les premiers résultats de cette mission, publiés le 17 avril 2026 dans The Astrophysical Journal Letters, révèlent une surprise de taille : les flux de vent solaire seraient bien plus rapides que ce que les modèles théoriques prédisaient jusqu’ici.
Ce qu'il faut retenir
- Proba-3 a généré 57 éclipses solaires artificielles depuis juillet 2025, soit l’équivalent de 5 000 campagnes d’observation terrestres.
- L’instrument ASPIICS a observé des rafales de vent solaire lent se déplaçant à des vitesses de 250 à 500 km/s, soit trois à quatre fois plus vite que prévu.
- Ces données, collectées sur plus de 250 heures de vidéos haute résolution, permettent de mieux comprendre la météorologie spatiale et les mécanismes d’accélération du plasma dans la couronne solaire.
- La mission a également permis de valider le vol en formation de haute précision entre les deux satellites, une première mondiale.
- Deux autres instruments, DARA et 3DEES, mesurent respectivement l’énergie solaire et les électrons des ceintures de Van Allen.
Une mission aux multiples premières
Proba-3 se compose de deux satellites, un coronographe et un occulteur, volant en formation avec une précision extrême. Cette configuration permet de créer des éclipses solaires artificielles en orbite, une première technologique. Selon Futura Sciences, cette approche offre un avantage majeur par rapport aux éclipses naturelles, bien plus rares et brèves : la durée d’observation est prolongée, permettant de recueillir des données continues sur la couronne interne du Soleil.
L’instrument ASPIICS, embarqué à bord du coronographe, observe la couronne solaire jusqu’à 70 000 kilomètres de la surface du Soleil, soit un dixième du rayon solaire. Aucun autre coronographe spatial n’avait jusqu’ici permis d’étudier la lumière diffusée par les particules de la couronne d’aussi près. « Ces mouvements complexes n’ont jamais été observés à des longueurs d’onde optiques aussi courtes dans la couronne interne du Soleil », souligne Joe Zender, chef de projet Proba-3 à l’ESA.
Des rafales de vent solaire bien plus rapides que prévu
Le vent solaire, flux de particules émis par le Soleil, est généralement classé en deux catégories : le vent rapide, régulier et issu des trous coronaux, et le vent lent, variable et en rafales. Jusqu’ici, les scientifiques estimaient que le vent solaire lent atteignait des vitesses d’environ 100 km/s près de la surface du Soleil. Les données recueillies par Proba-3 révèlent cependant des masses de plasma se déplaçant à des vitesses comprises entre 250 et 500 km/s dans la couronne interne, soit une accélération trois à quatre fois supérieure aux prévisions.
« Dans la couronne interne, une région très difficile à observer, nous avons vu des rafales de vent solaire lent se déplacer trois à quatre fois plus vite que prévu », explique Andrei Zhukov, chercheur principal de l’instrument ASPIICS et auteur principal de l’étude. Ces observations pourraient remettre en cause les modèles actuels de la météorologie spatiale et de l’accélération du plasma solaire.
Des données qui ouvrent de nouvelles pistes de recherche
Les résultats obtenus par Proba-3 sont d’autant plus précieux qu’ils permettent d’étudier les petites structures du champ magnétique solaire, responsables de l’accélération des particules. « Le vent solaire lent n’est naturellement pas uniforme ; il implique de nombreuses structures à petite échelle dans le champ magnétique du Soleil que nous pouvons observer grâce à ASPIICS », précise Andrei Zhukov. Ces données pourraient aider à répondre à des questions fondamentales, comme les mécanismes à l’origine des éjections de masse coronale ou les raisons pour lesquelles la couronne solaire est bien plus chaude que la surface du Soleil.
Pour l’heure, seule une partie des données collectées a été analysée. Les scientifiques sont invités à exploiter ces informations pour approfondir la compréhension des phénomènes solaires. « Ce premier ensemble de données n’est que le début d’un long parcours pour comprendre pleinement ce qui se passe. Il appartient désormais aux experts en théorie de comparer ces données aux modèles du champ magnétique et de l’accélération du plasma dans la couronne solaire », ajoute Joe Zender.
D’autres instruments pour compléter l’observation
Outre ASPIICS, Proba-3 embarque deux autres instruments scientifiques. Le Digital Absolute Radiometer (DARA) mesure en continu le rendement énergétique du Soleil avec une précision inédite, tandis que le spectromètre d’électrons énergétiques 3D (3DEES) analyse les électrons présents dans les ceintures de Van Allen de la Terre. Ces données permettront de mieux comprendre l’impact du vent solaire sur l’environnement magnétique terrestre.
Selon Futura Sciences, ces observations pourraient également éclairer les mécanismes des orages géomagnétiques, ces perturbations du champ magnétique terrestre causées par les éjections de masse coronale. Ces phénomènes sont capables de perturber les réseaux électriques, les communications par satellite et les systèmes de navigation GPS.
« Nous pouvons suivre la façon dont le vent solaire s’accélère à proximité du Soleil ; nous l’observons partout dans le champ de vision de Proba-3, et nous avons déjà constaté des vitesses et des accélérations qui nous ont surpris. »
Joe Zender, chef de projet Proba-3 à l’ESA
Un pas de géant pour la physique solaire
Proba-3 marque une avancée majeure dans la compréhension des phénomènes solaires. En permettant d’étudier la couronne interne avec une précision inégalée, cette mission ouvre la voie à de nouvelles découvertes sur le fonctionnement de notre étoile. Les données recueillies pourraient également avoir des applications pratiques, comme l’amélioration des prévisions de la météorologie spatiale, essentielles pour protéger les satellites et les infrastructures terrestres.
Alors que les scientifiques continuent d’analyser les informations transmises par Proba-3, une question reste en suspens : comment le Soleil parvient-il à projeter de la matière lors des éjections de masse coronale ? Cette interrogation, ainsi que d’autres, devrait animer les recherches en héliophysique dans les années à venir.
Le vent solaire lent est variable et se présente sous forme de rafales, ce qui complique son observation. Contrairement au vent rapide, régulier et issu des trous coronaux, le vent lent implique de nombreuses structures à petite échelle dans le champ magnétique du Soleil. Ces caractéristiques rendent son étude complexe, notamment dans la couronne interne, une région difficile à observer depuis la Terre ou l’espace.
