La Suède lance un ambitieux projet de renouvellement de sa flotte de trains de nuit, avec une exigence climatique inédite : ces nouveaux véhicules devront circuler normalement malgré des températures descendant jusqu’à -40 °C, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- Un contrat de 756 millions d’euros pour 91 voitures voyageurs et 11 locomotives, attribué au constructeur espagnol Talgo et à l’allemand Siemens.
- Les trains devront affronter des conditions extrêmes, avec des températures hivernales pouvant atteindre -40 °C au-delà du cercle polaire arctique.
- Livraison prévue à partir de 2031, avec une mise en service entre Stockholm, Umeå, Kiruna et Narvik.
- Les rames intégreront des cabines pour quatre voyageurs (deux en version premium), une isolation phonique renforcée et un système de chauffage adapté aux grands froids.
- Le marché suédois s’inscrit dans une dynamique européenne de relance des trains de nuit, après des décennies de sous-investissement.
Ce projet, piloté par l’administration suédoise des transports Trafikverket, marque une volonté de moderniser un parc ferroviaire vieillissant, avec des critères techniques bien plus exigeants que ceux observés habituellement en Europe. Comme le rapporte BFM Business, l’appel d’offres initial s’était soldé par un échec il y a plusieurs années, en raison de la complexité des conditions imposées. Cette fois, c’est l’espagnol Talgo, spécialiste des trains adaptés à des environnements extrêmes, qui a remporté le marché.
Le contrat, d’un montant total de 756 millions d’euros, couvre la fourniture de 91 voitures voyageurs et de 11 locomotives, confiées à l’allemand Siemens. La fabrication des rames s’inscrit dans la gamme Talgo 230, une plateforme déjà éprouvée dans des contextes climatiques tout aussi hostiles, comme en Ouzbékistan ou en Arabie saoudite, où les températures dépassent fréquemment les 50 °C. « Ces trains, qui feront partie de la plateforme Talgo 230, pourront circuler à 200 km/h. Compte tenu des conditions climatiques extrêmes auxquelles ils seront exposés, avec des températures pouvant atteindre -40 °C durant l’hiver boréal, Talgo développera un ensemble complet de solutions techniques visant à garantir la sécurité, la fiabilité opérationnelle, la disponibilité du service et, surtout, un confort maximal pour les passagers », a expliqué José Antonio Jainaga, PDG du constructeur.
Les nouveaux trains de nuit suédois relieront Stockholm à des villes situées au-delà du cercle polaire, comme Umeå, Kiruna et Narvik (en Norvège), où les hivers sont particulièrement rudes. Leur mise en service est prévue pour 2031, une échéance qui s’inscrit dans une stratégie plus large de relance des transports ferroviaires en Europe. La Suède n’est pas un cas isolé : la France, par exemple, a également lancé un vaste plan de rénovation de ses trains de nuit, après des décennies de sous-investissement ayant conduit à un parc vieillissant et peu fiable.
Des trains conçus pour résister aux conditions les plus hostiles
L’un des principaux défis techniques réside dans la capacité de ces rames à fonctionner malgré des températures extrêmes, un enjeu qui a longtemps freiné les opérateurs ferroviaires en Europe du Nord. Les anciens modèles souffraient régulièrement de pannes liées au froid, perturbant le service et décourageant les voyageurs. Les nouveaux trains devront donc intégrer des solutions innovantes, comme un système de chauffage renforcé, une isolation phonique et thermique optimisée, ainsi qu’une efficacité énergétique accrue.
Côté aménagement, les voitures proposeront des cabines pour quatre passagers en version standard, et pour deux en version premium. Chaque compartiment disposera d’options individuelles, comme des prises électriques ou des espaces de rangement adaptés aux bagages des voyageurs. « Outre leur résistance au grand froid, ces voitures-couchettes seront dotées de cabines pour quatre voyageurs, pour deux (version premium), d’options individuelles, d’une meilleure isolation phonique, d’un système de chauffage hors normes et d’une efficacité énergétique renforcée », précise BFM Business.
Un marché en pleine expansion pour Talgo
Ce contrat suédois s’ajoute à une série de commandes record pour le constructeur espagnol, qui mise à la fois sur les trains à grande vitesse et sur les rames conventionnelles. Son carnet de commandes atteint désormais 6,5 milliards d’euros, un niveau historique pour l’entreprise ibérique. Pour répondre à cette demande, Talgo prévoit d’investir 90 millions d’euros dans l’extension de ses usines, notamment dans le Pays basque espagnol.
Contrairement à son concurrent français Alstom, qui se concentre principalement sur les trains à grande vitesse (malgré les retards récurrents de son modèle phare), Talgo diversifie ses activités. L’entreprise a notamment remporté un contrat de 2,4 milliards d’euros pour des trains régionaux en Allemagne, via sa filiale Flixtrain. Cette stratégie lui permet de limiter les risques liés à un secteur aussi cyclique que celui du ferroviaire.
Un opérateur public pour exploiter les nouvelles rames
Une fois les trains livrés, leur exploitation sera confiée à l’opérateur public suédois SJ, qui a repris le service après le retrait du norvégien Vy Tåg. Ce dernier avait abandonné le marché en raison de sa complexité et de son manque de rentabilité. SJ, qui gère déjà une partie du réseau ferroviaire suédois, devrait bénéficier d’un soutien public pour assurer la viabilité économique de cette nouvelle ligne de nuit.
Le modèle économique retenu s’inspire de celui appliqué en France, où les trains neufs sont généralement loués aux opérateurs plutôt que vendus. Cette approche permet aux États de moderniser leur parc sans engager des dépenses immédiates trop lourdes. « Comme Alstom en France, Talgo profite du renouveau mondial pour le train et multiplie les contrats », souligne BFM Business.
La Suède mise sur le rail pour renforcer sa connectivité intérieure, notamment dans les régions les plus éloignées et les moins densément peuplées. Si ce pari technique et économique s’avère concluant, il pourrait servir de référence pour d’autres projets similaires en Europe du Nord, où les conditions hivernales posent des défis comparables.
Le premier appel d’offres, lancé il y a plusieurs années, avait échoué en raison des critères techniques trop stricts imposés par Trafikverket. Aucun constructeur n’avait alors été en mesure de proposer un train capable de résister à des températures aussi basses que -40 °C. Ce n’est qu’avec l’expérience de Talgo dans des environnements extrêmes (déserts, steppes) que le projet a pu aboutir.
La France, avec son plan de relance des trains de nuit annoncé en 2023, est le principal concurrent de la Suède. L’Allemagne et l’Autriche réfléchissent également à des projets similaires, mais aucun calendrier précis n’a encore été dévoilé. L’enjeu est de rendre ces trajets attractifs face à l’avion ou à la voiture, tout en limitant l’empreinte carbone.