Les autorités suisses ont restitué au Nigeria, lundi 7 juillet 2026, 18 artefacts pillés à l’époque coloniale, lors d’une cérémonie officielle organisée au Musée national de Lagos. Selon Euronews FR, cette restitution s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Benin Initiative Switzerland », lancée en 2021 pour examiner la provenance des objets du Bénin conservés dans les collections helvétiques. Quatorze des pièces proviennent du Musée d’ethnographie de l’université de Zurich, deux du musée Rietberg de Zurich et deux du Musée d’ethnographie de Genève.
Ce qu'il faut retenir
- 18 Bronzes du Bénin, dont 14 issus du Musée d’ethnographie de Zurich, restitués au Nigeria lors d’une cérémonie à Lagos
- Cette restitution marque la première étape d’un accord signé en mars 2026 prévoyant le transfert de 28 pièces au total
- Les artefacts font partie de la célèbre collection des Bronzes du Bénin, pillés lors d’une expédition britannique en 1897 ayant causé des milliers de morts
- La cérémonie a également inclus la restitution d’un bracelet en bronze et de quatre monolithes archéologiques saisis en Suisse dans le cadre de procédures pénales
- La Suisse et le Nigeria ont signé un accord de coopération pour renforcer la protection du patrimoine culturel
Un patrimoine spolié de retour au Nigeria
Les 18 artefacts restitués appartiennent à la collection des Bronzes du Bénin, un ensemble de centaines de sculptures et de plaques principalement en métal et en ivoire. Ces pièces ornaient autrefois le palais royal du royaume du Bénin, situé aujourd’hui dans l’État d’Edo, au sud du Nigeria, où elles remplissaient des fonctions politiques et religieuses essentielles au pouvoir local. La majeure partie de ces objets a été volée lors d’une expédition punitive britannique en 1897, marquée par une violence extrême ayant causé des milliers de morts.
Après ce raid, le royaume du Bénin a été intégré au Nigeria colonial. Les pièces volées ont ensuite été dispersées dans plus de 130 musées répartis dans 20 pays, principalement au Royaume-Uni et en Allemagne. Leur restitution progressive s’inscrit dans un mouvement international de reconnaissance des spoliations coloniales et de réparation des injustices historiques.
Une restitution issue d’un partenariat de longue haleine
La restitution de ces 18 artefacts est le fruit d’un processus collaboratif entre les musées suisses et leurs partenaires nigérians, dans le cadre de l’initiative « Benin Initiative Switzerland ». Ce programme, lancé en 2021, vise à enquêter sur la provenance des objets du Bénin conservés en Suisse et à faciliter leur retour vers le Nigeria. La cérémonie de remise à Lagos marque la première étape de la mise en œuvre d’un accord signé en mars 2026, par lequel Berne s’est engagée à transférer à terme la propriété de 28 pièces au Nigeria.
« Le retour de notre patrimoine culturel représente bien plus que la récupération d’artefacts. Il reflète la force du dialogue, de la confiance et de la coopération internationale », a déclaré sur X la ministre nigériane de la Culture, Hannatu Musa Musawa.
D’autres restitutions accompagnent ce geste suisse
Lors de la cérémonie de Lagos, la Suisse a également restitué un bracelet en bronze et quatre monolithes archéologiques originaires de la région du delta du Niger. Ces objets avaient été saisis en Suisse dans le cadre de procédures pénales avant d’être transférés à la Confédération. Parallèlement, les deux pays ont signé un accord de coopération visant à renforcer la protection du patrimoine culturel, dans une démarche plus large de réparation des injustices historiques.
Une partie des artefacts rendus sera exposée au Musée national de Lagos, tandis que la plupart retourneront dans leur région d’origine, l’État d’Edo, où ils seront temporairement conservés au Musée national de Benin City. La Commission nationale nigériane pour les musées et les monuments (NCMM) a annoncé son intention de créer une galerie de niveau international pour présenter l’ensemble des Bronzes du Bénin récemment restitués, incluant les biens rendus par la Suisse, les Pays-Bas en 2025, ainsi que ceux attendus de l’université de Cambridge.
Un mouvement international de restitution en marche
Les demandes de restitution d’artefacts pillés à l’époque coloniale remontent à plusieurs décennies, mais les restitutions effectives n’ont pris de l’ampleur que ces dernières années. Le Nigeria figure parmi les pays les plus actifs dans ce combat. En 2025, les Pays-Bas ont restitué 119 Bronzes du Bénin, la plus grande restitution physique de ce type à ce jour. En février 2026, l’université de Cambridge a transféré la propriété juridique de 116 Bronzes du Bénin à la NCMM, bien que leur transfert physique reste à organiser.
D’autres pays africains ont également obtenu des avancées. En 2021, la France a restitué au Bénin 26 trésors royaux, un événement documenté dans le film primé Dahomey de Mati Diop. Plus tôt cette année, la Côte d’Ivoire a récupéré le Djidji Ayôkwé, un tambour sacré « parleur » confisqué par les autorités coloniales françaises en 1914.
Des obstacles persistent malgré les progrès
Cependant, la bataille pour la restitution des œuvres spoliées reste semée d’embûches. Le Nigeria a officiellement demandé en octobre 2021 la restitution de plus de 900 objets conservés au British Museum, dont 203 Bronzes du Bénin. L’institution britannique refuse pour l’instant de les rendre, invoquant le caractère inaliénable de ses collections. Ces réticences juridiques et institutionnelles prolongent les différends, même après les restitutions.
Les tensions peuvent aussi émerger au sein même des pays bénéficiaires. En novembre 2025, des manifestants ont perturbé l’inauguration du Museum of West African Art à Benin City, estimant que la gestion des artefacts rapatriés ne respectait pas l’autorité des chefs traditionnels locaux. L’événement avait alors été reporté sine die, illustrant les enjeux de gouvernance autour de ces restitutions.
La restitution de ces artefacts marque une avancée symbolique dans la reconnaissance des spoliations coloniales, mais le chemin vers une réparation complète reste long. Les prochaines étapes dépendront à la fois des engagements pris par les institutions et des réponses apportées aux enjeux culturels et politiques qu’ils soulèvent.