Alors que l’Union européenne maintient une ligne dure face à la Russie en refusant tout dialogue direct, le Premier ministre albanais Edi Rama a pris position contre cette stratégie, la qualifiant de « grave erreur stratégique ». Dans un entretien accordé à Politico ce 24 avril 2026, il a réaffirmé l’importance pour l’Europe de conserver des canaux de communication avec Moscou, malgré la guerre en Ukraine qui entre dans sa cinquième année, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Edi Rama, Premier ministre albanais, critique le refus européen de dialoguer avec la Russie, le jugeant « stratégique »
  • Il met en garde : « Plus nous tardons à dialoguer avec la Russie, moins nous aurons notre mot à dire »
  • L’Albanie n’a « aucune dépendance » envers la Russie, ni gaz, ni investissements, ni produits
  • L’UE, réunie à Nicosie pour discuter du soutien à l’Ukraine et de la crise énergétique, maintient sa position contre les négociations avec Moscou
  • Edi Rama réaffirme son soutien à l’adhésion de l’Albanie à l’UE d’ici 2030 et son alignement stratégique sur Bruxelles
  • Il évoque également une possible « sympathie » envers l’administration Trump, tout en restant « pleinement aligné » sur l’Europe

Dans ses déclarations, Edi Rama a insisté sur la nécessité pour l’Europe de dialoguer avec tous les pays, y compris la Russie, malgré le conflit en Ukraine. « L’Europe doit toujours, toujours, toujours dialoguer avec tous les pays », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Je peux l’affirmer, l’Europe a commis une grave erreur stratégique en coupant tous les canaux de communication avec la Russie. » Ces propos interviennent alors que les dirigeants européens se réunissent à Nicosie, à Chypre, pour évoquer un soutien renforcé à l’Ukraine et les conséquences du blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran sur la crise énergétique du bloc.

Le Premier ministre albanais a également souligné les risques d’un isolement diplomatique croissant. « Plus nous tardons à dialoguer avec la Russie, moins nous aurons notre mot à dire au final, car la Russie – quelle que soit l’issue de cette guerre – ne disparaîtra pas », a-t-il averti. Il a tenu à préciser que ses propos ne reflétaient aucune proximité particulière avec Moscou, insistant sur l’autonomie de son pays : « Nous n’avons aucune dépendance envers la Russie : ni investissements, ni gaz russe, ni produits russes. Je peux donc l’affirmer. »

« L’Europe doit toujours, toujours, toujours dialoguer avec tous les pays. Je peux l’affirmer, l’Europe a commis une grave erreur stratégique en coupant tous les canaux de communication avec la Russie. »
— Edi Rama, Premier ministre albanais

Edi Rama, réélu pour un quatrième mandat en 2025, a rappelé son engagement en faveur de l’intégration européenne. « Je suis à la tête du pays le plus européo-optimiste en Europe depuis longtemps », avait-il déclaré quelques jours après sa réélection. Il a également évoqué sa proximité avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qu’il décrit comme une figure qu’il admire. Ces déclarations surviennent alors que l’Albanie négocie activement son adhésion à l’UE, avec pour objectif une entrée d’ici 2030.

Cependant, ses prises de position divergent de celles des plus hauts responsables européens. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Kaja Kallas, chef de la diplomatie de l’UE, ont toutes deux estimé que des pourparlers avec Moscou seraient inutiles, la Russie étant perçue comme déterminée à poursuivre le conflit. Cette position européenne s’inscrit dans un contexte où l’Ukraine, soutenue par les Vingt-Sept, refuse toute négociation tant que les territoires occupés ne sont pas restitués.

Sur le plan géopolitique, Edi Rama a également abordé la question de la liberté de choix de l’Albanie en matière de politique étrangère. Il a évoqué une « sympathie » envers l’administration américaine de Donald Trump, notamment pour ses positions sur l’Iran en début de conflit. « Nous avons le droit de choisir notre politique étrangère », a-t-il rappelé, tout en réaffirmant que son pays restait « pleinement aligné sur l’Europe » dans ses objectifs stratégiques. Interrogé sur l’éventualité d’un choix de camp si l’Albanie devenait membre de l’UE, il a répondu par une métaphore artistique : « C’est comme l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle. En art, il faut accepter les deux pour obtenir le meilleur résultat. »

Et maintenant ?

La déclaration d’Edi Rama pourrait relancer le débat au sein de l’UE sur la pertinence d’un dialogue avec Moscou, alors que le conflit en Ukraine s’enlise et que la pression énergétique persiste. Une réunion des dirigeants européens prévue à Chypre pourrait être l’occasion d’évaluer les marges de manœuvre disponibles, même si aucune décision immédiate n’est attendue. La question reste ouverte : dans quelle mesure l’Europe peut-elle concilier fermeté face à la Russie et nécessité d’un dialogue minimal ? La position albanaise, bien que minoritaire, pourrait servir de catalyseur à de nouvelles réflexions.

Ces tensions surviennent alors que l’Iran, par son blocus du détroit d’Ormuz, exerce une pression supplémentaire sur les approvisionnements énergétiques européens. Dans ce contexte, la question d’un dialogue indirect avec la Russie – qui pourrait servir d’intermédiaire – pourrait resurgir lors des prochains sommets européens. Reste à savoir si les États membres, divisés sur la stratégie à adopter, parviendront à un compromis.

Edi Rama, dont le pays cherche à renforcer sa crédibilité internationale, mise sur une politique étrangère pragmatique. Son rapprochement avec Giorgia Meloni et son alignement apparent avec Bruxelles lui permettent de jouer un rôle d’intermédiaire discret, tout en maintenant une marge de manœuvre nationale. Pour l’instant, l’Albanie continue de se présenter comme un allié loyal de l’Europe, tout en défendant une vision plus nuancée des relations avec la Russie.

Edi Rama estime que le refus de dialoguer avec la Russie prive l’Europe d’un levier d’influence et d’un acteur incontournable sur la scène internationale. Il craint que l’absence de canaux de communication ne réduise l’impact européen à long terme, même si le conflit ukrainien venait à s’éteindre.

L’Union européenne, représentée par Ursula von der Leyen et Kaja Kallas, considère que toute négociation avec Moscou serait vaine, la Russie étant perçue comme déterminée à poursuivre la guerre en Ukraine. Bruxelles insiste sur la nécessité de soutenir Kiev sans concession.