Les experts économiques allemands ont revu en forte baisse leurs prévisions de croissance pour le pays en 2026, en raison de l'escalade des tensions au Moyen-Orient. Selon le Figaro, le Conseil allemand des experts économiques, aussi appelé Sachverständigenrat, table désormais sur une progression du PIB de seulement 0,5 % cette année, contre 0,9 % annoncé en novembre 2025.
Cette révision s'inscrit dans un contexte international marqué par l'intensification du conflit en Iran, le blocage du détroit d'Ormuz et une crise généralisée au Moyen-Orient. Monika Schnitzer, l'une des cinq membres du Conseil et présidente de l'institution, a reconnu ce mercredi 27 mai 2026, lors d'une conférence de presse à Berlin, que les économistes devaient « malheureusement corriger leurs chiffres ». Pour 2027, la croissance prévue reste modeste, à 0,8 %, confirmant un ralentissement durable de l'activité économique allemande.
Ce qu'il faut retenir
- Le PIB allemand devrait progresser de 0,5 % en 2026, contre une prévision initiale de 0,9 % faite en novembre 2025.
- La révision s'explique par l'impact des tensions au Moyen-Orient, notamment le conflit en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz.
- Pour 2027, la croissance est estimée à 0,8 %, confirmant une tendance à la stagnation.
- En avril 2026, cinq grands instituts allemands avaient déjà divisé par deux leurs prévisions de croissance.
Des prévisions en net recul face à un environnement international dégradé
La dernière mise à jour des prévisions du Sachverständigenrat datait de novembre 2025. À l'époque, le conflit en Ukraine et ses conséquences sur les chaînes d'approvisionnement constituaient les principaux facteurs de risque. Six mois plus tard, la situation géopolitique s'est encore complexifiée. Le blocage du détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le transport du pétrole, a provoqué une hausse des prix de l'énergie, alimentant l'inflation en Europe, et en Allemagne en particulier.
Les économistes soulignent que cette inflation persistante, couplée à la hausse des taux de cotisation sociales, risque de peser sur le pouvoir d'achat des ménages et la compétitivité des entreprises. « Les tensions au Moyen-Orient ont un impact direct sur nos prévisions, tant à court qu'à moyen terme », a indiqué Monika Schnitzer. Autant dire que les marges de manœuvre pour relancer l'activité se réduisent.
Un ralentissement déjà perceptible au printemps 2026
Dès le 1er avril 2026, cinq grands instituts de recherche économique allemands avaient déjà revu à la baisse leurs prévisions de croissance. Leur estimation pour 2026 était passée de 1,1 % à 0,5 %, soit une division par deux en l'espace de quelques semaines. Cette révision brutale reflétait l'aggravation des tensions régionales et ses répercussions sur les échanges commerciaux et les coûts énergétiques.
L'Allemagne, première économie européenne, reste particulièrement exposée aux chocs externes en raison de sa dépendance aux exportations et à l'énergie importée. Le gouvernement fédéral, qui s'appuie sur les analyses du Conseil des experts pour élaborer sa politique économique, devra désormais composer avec un environnement moins porteur. Les prévisions pour 2027, bien qu'un peu moins pessimistes, confirment une période de faible croissance pour les années à venir.
Des défis structurels qui s'ajoutent à la crise conjoncturelle
Au-delà des tensions géopolitiques, l'Allemagne fait face à des défis structurels qui limitent sa capacité de rebond. La hausse des cotisations sociales, notamment pour financer le système de retraite et de santé, pèse sur le coût du travail et réduit la compétitivité des entreprises. Par ailleurs, la transition énergétique, bien qu'indispensable, engendre des coûts supplémentaires pour les industries énergivores, comme la sidérurgie ou la chimie.
Selon Monika Schnitzer, « les défis ne manquent pas. Entre inflation, tensions géopolitiques et ajustements structurels, l'économie allemande doit faire face à une équation complexe ». Le Conseil des experts rappelle que ces facteurs pourraient se combiner pour prolonger la phase de ralentissement, voire entraîner une stagnation prolongée si la situation ne s'améliore pas.
Cette révision des prévisions économiques illustre la vulnérabilité de l'Allemagne face aux chocs externes. Alors que le pays reste un pilier de la stabilité en Europe, son modèle de croissance, fondé sur l'exportation et l'industrie lourde, montre des signes d'essoufflement. La capacité des dirigeants à anticiper ces défis et à y répondre déterminera, en grande partie, la trajectoire de l'économie allemande dans les années à venir.
L'Allemagne est fortement dépendante des importations de pétrole et de gaz, notamment en provenance du Moyen-Orient. Le blocage du détroit d'Ormuz, par exemple, perturbe les approvisionnements et fait flamber les prix de l'énergie. Par ailleurs, les entreprises allemandes exportent massivement vers cette région, et une dégradation de la stabilité politique y limite leurs débouchés commerciaux.
Parmi les pistes évoquées, on cite souvent des baisses ciblées de cotisations sociales pour soutenir le pouvoir d'achat, des aides aux secteurs industriels en difficulté, ou encore des investissements accélérés dans les énergies renouvelables pour réduire la dépendance aux importations d'énergie fossile. Une relance budgétaire pourrait aussi être envisagée, mais elle se heurterait aux règles de discipline budgétaire européennes.