L’Alliance de la presse d’information générale (Apig), qui représente près de 300 quotidiens français, a annoncé lundi 1er juin 2026 le lancement d’une procédure judiciaire contre la société californienne Brave. Selon Le Figaro, cette action en justice vise à faire cesser l’exploitation présumée illégale des contenus de ses membres via l’intelligence artificielle (IA) générative. Une première audience est d’ores et déjà fixée au 10 septembre 2026 devant le tribunal judiciaire de Paris.
Ce qu’il faut retenir
- L’Apig regroupe 300 quotidiens français, dont L’Équipe, Libération, Les Échos, Ouest-France et La Voix du Nord.
- La plainte cible Brave, un navigateur internet et moteur de recherche américain, accusé d’avoir utilisé les contenus des médias pour entraîner ses modèles d’IA sans autorisation.
- Les demandeurs réclament à Brave 80 millions d’euros de dommages et intérêts pour contrefaçon et violation du droit voisin.
- Cette procédure s’inscrit dans le cadre d’un conflit plus large entre les médias et les acteurs de l’IA générative, souvent réticents à rémunérer les contenus qu’ils exploitent.
- Une première en Europe : l’action vise l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA générative.
Une plainte collective portée par 53 médias français
Parmi les 53 médias membres de l’Apig qui soutiennent cette action, figurent des titres emblématiques tels que L’Équipe, Libération, Les Échos, Ouest-France ou encore La Voix du Nord. Ensemble, ils demandent à Brave une indemnisation de 80 millions d’euros, un montant justifié par l’ampleur des contenus réutilisés sans autorisation. Brave, société américaine basée en Californie, s’est fait connaître en développant un navigateur internet et un moteur de recherche portant son nom. Si son modèle économique s’inspire de celui de Google — avec son navigateur Chrome et son moteur de recherche Google Search —, Brave reste bien moins connu et bien moins utilisé par le grand public.
L’Apig accuse Brave d’avoir intégré à son moteur de recherche des fonctionnalités d’IA capables de synthétiser les publications de presse. Selon l’organisation, ces contenus seraient ensuite mis à disposition de l’écosystème de l’IA générative via un index comptant plus de quarante milliards de pages, et ce sans autorisation préalable. « Ces contenus servent à entraîner et à alimenter en temps réel les réponses des modèles de langage tiers », a souligné l’Apig dans un communiqué.
Contrefaçon et violation du droit voisin : les griefs avancés par l’Apig
Outre l’exploitation non autorisée de leurs contenus, l’Apig reproche à Brave d’avoir utilisé « l’exploitation non autorisée de leurs marques, sous toutes leurs déclinaisons » (titres, logos, signes distinctifs). La procédure engagée repose sur deux fondements juridiques principaux : la contrefaçon et la violation du droit voisin, ainsi que du droit des marques. Le droit voisin, étendu aux éditeurs de presse en 2019 par une directive européenne, permet aux médias de se faire rémunérer lorsque leurs contenus sont réutilisés par des acteurs d’internet.
Ce conflit illustre les tensions croissantes entre les acteurs de l’IA générative, souvent réticents à payer pour accéder aux contenus des médias, et les entreprises de presse, pour qui cette rémunération représente un enjeu économique crucial. « Brave a intégré à son moteur de recherche des fonctionnalités IA synthétisant les publications de presse et met à disposition de l’écosystème de l’intelligence artificielle générative, via son index, plus de quarante milliards de pages, le tout sans autorisation », a expliqué l’Apig. L’assignation vise donc « l’ensemble de ces pratiques », a précisé l’organisation.
« Cette action est la première en Europe à viser toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle générative. » — Apig
Un enjeu économique majeur pour la presse française
L’utilisation des contenus de presse par les acteurs de l’IA générative est devenue un sujet de friction récurrent. Les modèles d’IA générative, tels que ceux développés par Brave ou d’autres entreprises, nécessitent d’énormes volumes de données pour fonctionner. Or, les médias estiment que ces données, qu’ils produisent à grands frais, sont utilisées à leur insu et sans contrepartie financière. Pour l’Apig, cette exploitation non rémunérée menace la pérennité économique des titres de presse, déjà fragilisés par la baisse des recettes publicitaires traditionnelles.
Le droit voisin, entré en vigueur en 2019, devait justement permettre aux éditeurs de presse de négocier une rémunération équitable avec les plateformes numériques. Pourtant, son application reste souvent contestée, comme en témoigne cette nouvelle procédure judiciaire. « L’utilisation des contenus de presse est un sujet de friction entre les acteurs de l’IA, souvent peu enclins à payer pour cela, et les médias mondiaux, pour qui cette rémunération est un enjeu économique crucial », rappelle Le Figaro.
Brave, un acteur marginal mais ciblé pour son modèle
Bien que Brave soit bien moins connu que Google ou Microsoft, son positionnement en fait une cible de choix pour les médias français. Contrairement à certains géants du numérique, Brave affiche une approche plus transparente — et donc plus vulnérable — concernant l’utilisation des données. Le navigateur Brave, qui met en avant la protection des données personnelles de ses utilisateurs, se retrouve ainsi au cœur d’un paradoxe : son moteur de recherche utilise des contenus journalistiques sans autorisation pour alimenter ses outils d’IA.
Cette affaire pourrait donc servir de test pour l’application du droit voisin en Europe. Si l’Apig obtient gain de cause, d’autres groupes médiatiques pourraient être tentés de suivre son exemple. À l’inverse, une décision favorable à Brave pourrait affaiblir encore davantage la position des médias dans les négociations avec les acteurs de l’IA générative.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question des modèles économiques des médias traditionnels face à l’essor de l’intelligence artificielle. Alors que les négociations entre les éditeurs et les plateformes numériques se multiplient, la question de la juste rémunération des contenus journalistiques reste plus que jamais d’actualité.
Brave est visé en raison de son modèle plus transparent et de son utilisation directe des contenus de presse pour entraîner ses outils d’IA sans autorisation. Contrairement à certains géants du numérique, Brave ne dispose pas des ressources financières ou juridiques pour contester frontalement une action en justice, ce qui en fait une cible plus accessible pour une première procédure d’envergure.
Une victoire de l’Apig pourrait renforcer la position des médias dans les négociations avec les acteurs de l’IA générative, en établissant un précédent juridique en Europe. Cela pourrait également inciter d’autres groupes médiatiques à engager des procédures similaires, poussant les entreprises technologiques à revoir leurs pratiques d’utilisation des contenus de presse.