L’archevêque du diocèse de Lille, Mgr Laurent Le Boulc’h, a présenté hier ses excuses au nom de l’Église catholique à toutes les victimes présumées de Jacques Delfosse, un ancien prêtre condamné à plusieurs reprises pour des faits de violences sexuelles sur mineurs, a annoncé Le Figaro. Lors d’une rencontre avec quatre victimes dans l’après-midi, l’archevêque a exprimé sa « désolation » et dénoncé le « silence dans l’Église » qui a permis, selon lui, la perpétuation des agressions.
Ce qu'il faut retenir
- Mgr Laurent Le Boulc’h a présenté des excuses publiques au nom du diocèse de Lille à toutes les victimes de Jacques Delfosse, ancien prêtre accusé de viols sur mineurs.
- Quatre victimes présumées ont été reçues par l’archevêque, qui a reconnu « certaines défaillances de l’institution » lors de cette entrevue.
- Une information judiciaire a été ouverte la semaine dernière par le parquet de Lille pour violences sexuelles, concernant sept victimes présumées.
- Jacques Delfosse, déchu de son état de prêtre en septembre 2025, avait déjà été condamné en 2007 à cinq ans de prison pour des faits similaires.
- Sur les 26 plaintes déposées, seules sept concernent des faits non prescrits, les autres étant irrecevables en raison de la prescription.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte de prise de conscience accrue au sein de l’Église catholique française face aux affaires de pédocriminalité. Mgr Le Boulc’h a également annoncé son soutien à une future rencontre entre les victimes et le pape, bien que celle-ci ne puisse se tenir lors de la visite prochaine du souverain pontife en France. « On demande vraiment le pardon du pape au nom de l’Église pour le mal qui a été fait pendant des années, le silence qui a existé », a souligné Sylvain Brouwer, l’une des victimes présentes lors de l’entretien.
Une rencontre symbolique et des excuses attendues
Au cours de l’après-midi de lundi, l’archevêque a reçu quatre victimes présumées de Jacques Delfosse, qui a exercé son ministère dans le Nord puis en région parisienne entre 1964 et 2000. Le diocèse a reconnu « certaines défaillances de l’institution » lors de cette entrevue, sans pour autant entrer dans le détail des dysfonctionnements internes. Dans un communiqué diffusé en soirée, Mgr Le Boulc’h a indiqué avoir « demandé pardon, au nom de l’Église diocésaine, à toutes les personnes victimes » de ces actes, tout en dénonçant le « scandale d’un homme et du silence dans l’Église ».
Sylvain Brouwer, retraité de 60 ans, s’est dit « apaisé » et « satisfait » par la reconnaissance des responsabilités passées, tout en regrettant l’absence d’explications sur les multiples mutations de Jacques Delfosse au sein du clergé. « Il y a eu un problème pendant des années et trop de laxisme », a-t-il déclaré. Toujours marqué par les violences qu’il affirme avoir subies à l’âge de 12 ans, il a ajouté : « On demande que l’Église soit plus proactive et qu’elle prenne des initiatives, qu’elle fasse de la prévention. »
Un parcours judiciaire marqué par la prescription
L’information judiciaire ouverte la semaine dernière par le parquet de Lille fait suite à des signalements concernant sept victimes présumées de Jacques Delfosse. Sur les 26 plaintes déposées à ce jour, seules sept portent sur des faits non prescrits, les autres étant irrecevables en raison du délai écoulé depuis les agressions. Selon les éléments recueillis, l’enquête permettra de faire la lumière sur un dossier complexe, où les témoignages s’accumulent depuis des décennies. En 2007, Delfosse avait été condamné à cinq ans de prison, dont six mois ferme, pour avoir violé deux adolescentes de moins de 15 ans dans les années 1980, alors qu’il officiait comme aumônier à Roubaix.
La justice canonique, qui relève de l’autorité interne de l’Église, avait quant à elle statué en septembre 2025 en déchéant Jacques Delfosse de son état de prêtre. Cette décision intervient après des décennies d’accusations, mais aussi de silence. Les enquêtes menées à l’époque avaient permis d’identifier 37 victimes potentielles, bien que seules deux d’entre elles aient pu bénéficier d’une condamnation pour faits non prescrits.
Un appel à la vigilance et à la prévention
Dans la foulée de cette prise de parole, le diocèse de Lille a appelé toute victime potentielle à se manifester, qu’il s’agisse de faits récents ou anciens. « L’Église doit être plus proactive », a insisté Sylvain Brouwer, qui souffre encore aujourd’hui de cauchemars liés à ces violences. Pour lui, la démarche de Mgr Le Boulc’h marque un premier pas, mais il estime que des mesures concrètes de prévention doivent être mises en place pour éviter de nouveaux drames. « On attend des actes, pas seulement des paroles », a-t-il résumé.
L’archevêque a également évoqué la possibilité d’une rencontre avec le pape, bien que celle-ci ne puisse intervenir lors de la visite de Léon XIV en France prévue à l’automne. Une telle audience, si elle se concrétise, pourrait se tenir ultérieurement au Vatican. « On demande vraiment le pardon du pape au nom de l’Église pour le mal qui a été fait pendant des années, le silence qui a existé », a-t-il répété, soulignant l’importance d’une reconnaissance institutionnelle à l’échelle mondiale.
Ce dossier rappelle également l’urgence d’une réflexion plus large sur la prévention des violences sexuelles au sein des institutions religieuses, un sujet qui continue de hanter l’Église catholique plusieurs années après les premières révélations publiques. Les prochaines échéances judiciaires et les décisions internes pourraient, en effet, redéfinir la crédibilité de l’institution face à ces enjeux.
La majorité des plaintes déposées contre Jacques Delfosse concernent des faits prescrits, c’est-à-dire des agressions remontant à plus de vingt ans. En droit français, les crimes sexuels sur mineurs se prescrivent généralement après 20 ans à compter de la majorité de la victime, ce qui rend irrecevables les procédures pour les affaires les plus anciennes, à moins qu’elles ne soient liées à des faits non prescrits.