L’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato (AGCM), l’autorité italienne de la concurrence, a annoncé mardi 20 mai 2026 l’ouverture d’une enquête formelle contre easyJet Airline Company Limited pour des pratiques commerciales présumées déloyales liées à la présentation des tarifs des bagages sur ses plateformes de réservation en ligne, comme le rapporte Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • L’AGCM enquête sur la manière dont easyJet structure et affiche les frais de bagages sur son site et son application, accusant la compagnie d’une présentation biaisée des prix.
  • Par défaut, la plateforme propose un forfait bagages incluant équipement sportif pour les vols aller-retour, affichant un prix global même si le client ne souhaite pas ce service pour les deux trajets.
  • Les passagers doivent interrompre leur réservation pour ajouter un bagage sur un seul segment, une étape que la plupart risquent de ne pas remarquer ou de ne pas réussir à franchir.
  • L’enquête vise à vérifier si ce système limite la capacité des consommateurs à faire des choix éclairés.
  • En 2021, easyJet avait déjà écopé d’une amende de 2,8 millions d’euros en Italie pour refus de remboursements en espèces lors de la levée des restrictions Covid-19.
  • En décembre 2025, Ryanair avait été condamnée à une amende record de 255 millions d’euros pour abus de position dominante en Italie.

Une procédure pour pratiques commerciales trompeuses

L’enquête de l’AGCM porte sur la façon dont easyJet structure et présente les frais de bagages sur son site Internet et son application mobile. Selon le régulateur italien, les passagers se voient régulièrement proposer une image biaisée de ce qu’ils payent réellement. Un problème qui touche directement la transparence des tarifs, un critère essentiel pour les consommateurs lors de la réservation d’un vol.

Le cœur du litige réside dans la configuration par défaut des options de bagages. Pour les vols aller-retour, easyJet propose automatiquement un forfait incluant un bagage enregistré et un équipement sportif, n’affichant qu’un prix moyen global pour ce service. Or, cette option est activée même lorsque les clients n’ont pas l’intention de l’acheter pour les deux segments du voyage.

Un processus de réservation jugé complexe et peu transparent

Pour ajouter un bagage sur un seul segment, l’utilisateur doit interrompre la procédure de réservation afin de modifier ce paramètre. Une étape que l’AGCM juge suffisamment complexe pour dissuader une grande partie des consommateurs. La plupart risquent soit de ne pas remarquer cette possibilité, soit de ne pas réussir à la mettre en œuvre.

L’autorité italienne s’interroge donc sur l’existence d’un système tarifaire peu clair, susceptible d’induire les passagers en erreur sur le coût réel de leur voyage. L’enquête devra déterminer si cette pratique limite effectivement la capacité des consommateurs à faire des choix pleinement éclairés, conformément aux règles européennes en matière de protection des utilisateurs.

EasyJet n’a pas encore réagi publiquement

À ce stade de la procédure, easyJet n’a pas encore pris position publiquement sur les accusations portées par l’AGCM. La compagnie aérienne n’a ni confirmé ni démenti les faits reprochés, laissant planer une incertitude sur sa stratégie de défense. Pour l’instant, les investigations se poursuivent sans que le géant low-cost ne communique officiellement.

Un historique de contentieux avec les autorités italiennes

Cette enquête s’inscrit dans une série de contentieux entre easyJet et l’AGCM. En mai 2021, l’autorité italienne avait infligé une amende de 2,8 millions d’euros à easyJet, ainsi qu’à Ryanair et Volotea. Ces sanctions avaient été prononcées après que les trois compagnies eurent refusé de proposer des remboursements en espèces pour les vols annulés lors de la levée des restrictions de voyage liées au Covid-19 en Italie, leur préférant des avoirs.

EasyJet avait alors fait appel de cette décision. Mais en février 2025, le tribunal administratif régional du Latium, à Rome, avait rejeté son recours, confirmant la légitimité de l’amende. Un revers judiciaire qui illustre la fermeté des autorités italiennes en matière de protection des consommateurs.

L’AGCM, une autorité particulièrement active dans le secteur aérien

L’enquête contre easyJet s’ajoute à une série d’actions menées par l’AGCM à l’encontre des compagnies aériennes en Italie. En décembre 2025, l’autorité avait frappé fort en infligeant à Ryanair une amende record de 255 millions d’euros pour abus de position dominante sur les vols à destination et en provenance du pays. Une décision historique qui avait marqué les esprits.

Selon l’AGCM, Ryanair aurait mis en œuvre une « stratégie élaborée » visant à empêcher les agences de voyages d’acheter ses vols. Cette stratégie aurait inclus des contrôles de reconnaissance faciale, des blocages de paiements et la suppression massive de comptes. Ryanair a annoncé son intention de contester cette amende en appel, mais l’affaire reste emblématique de la fermeté croissante des régulateurs européens dans le secteur aérien.

Et maintenant ?

L’enquête contre easyJet devrait s’étaler sur plusieurs mois, voire davantage, avant que l’AGCM ne rende sa décision. Si les pratiques sont jugées déloyales, la compagnie pourrait écoper d’une amende, dont le montant reste à déterminer. Parallèlement, les autres procédures en cours contre les compagnies aériennes en Italie pourraient aboutir à de nouvelles sanctions, renforçant la pression sur le secteur.

Reste à voir si easyJet prendra des mesures correctives en amont de la décision finale, comme cela a pu être le cas par le passé pour d’autres compagnies. Pour les passagers, cette affaire rappelle l’importance de vérifier attentivement les conditions tarifaires lors de la réservation d’un vol, même sur des plateformes réputées pour leur simplicité.

L’AGCM, de son côté, continue d’afficher sa détermination à faire respecter les règles de transparence et de concurrence loyale sur le marché italien du transport aérien. Les prochaines semaines devraient apporter des éclairages supplémentaires sur l’issue de cette enquête, qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières italiennes.

Si l’AGCM estime que les pratiques d’easyJet sont déloyales, la compagnie pourrait se voir infliger une amende dont le montant reste à définir. En 2021, easyJet avait déjà écopé d’une sanction de 2,8 millions d’euros pour des pratiques similaires, et Ryanair a été condamnée à 255 millions d’euros en décembre 2025 pour abus de position dominante. L’amende dépendrait de la gravité des manquements constatés et de la taille de l’entreprise.