Depuis plus de cinq siècles, un bac relie les rives opposées de l’Adda, en Lombardie, sans autre énergie que la force du courant. Ce moyen de transport, souvent associé à Léonard de Vinci bien qu’il ne l’ait pas inventé, connaît un regain d’intérêt inattendu après la fermeture d’un pont voisin, entraînant des embouteillages records. Euronews FR revient sur cette embarcation historique, désormais redevenue un maillon essentiel pour les navetteurs locaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Le bac de Léonard, embarcation en bois datant de la Renaissance, relie Imbersago à Villa d’Adda depuis cinq siècles.
  • Il fonctionne sans moteur, uniquement grâce au courant du fleuve, et transporte piétons, vélos, motos et voitures.
  • La fermeture du pont de Brivio pour travaux jusqu’en 2027 a multiplié par dix son trafic quotidien.
  • Son fonctionnement, autrefois limité aux week-ends, a été étendu en semaine pour répondre à l’urgence.
  • Le tarif est de 1,50 € pour les piétons et de 3,50 € pour les véhicules.

Un héritage médiéval toujours en activité

Sur l’Adda, fleuve lombard qui marquait autrefois la frontière entre le duché de Milan et la République de Venise, circule le dernier bac de ce type encore en service. Conçu pour transporter personnes et marchandises, ce système de traversée existe depuis le XVe siècle, bien avant que Léonard de Vinci ne l’immortalise en 1513 dans un dessin conservé à la Royal Collection de Windsor. Euronews FR précise que l’artiste n’a probablement pas inventé l’embarcation, mais a étudié son mécanisme au point d’en dessiner une version idéalisée.

Selon l’historien Erminio Bonanomi, Léonard aurait surtout contribué à aménager le port d’Imbersago, où le bac est aujourd’hui exploité. Jusqu’au XIXe siècle, cinq bacs similaires sillonnaient l’Adda, mais la construction du premier pont à Paderno d’Adda en 1889 les a rendus obsolètes. Seul celui d’Imbersago a survécu, devenant un symbole du patrimoine lombard.

De la curiosité touristique à l’outil de mobilité indispensable

Jusqu’à récemment, le bac ne fonctionnait qu’occasionnellement, comme attraction pour les visiteurs. Tout a changé début mai 2026 avec la fermeture du pont de Brivio, l’un des rares passages entre les deux rives, pour des travaux de rénovation prévus jusqu’en 2027. Résultat : le trafic s’est reporté sur le pont de San Michele, à trois kilomètres de là, où les embouteillages atteignent désormais deux kilomètres aux heures de pointe, avec 8 000 véhicules par jour.

Face à cette situation, les autorités locales ont décidé de réactiver le bac en semaine, en plus des week-ends. « Pour l’instant, c’est le système le plus rapide, mais surtout le plus agréable, parce qu’il vous offre trois minutes de tranquillité », témoigne Gianpaolo Graffagnino, un usager devenu cycliste depuis la fermeture du pont, auprès de l’Associated Press. Le service, assuré par une poignée de bénévoles, compte désormais parmi ses passagers réguliers des étudiants, un retraité et même le maire d’Imbersago, Fabio Vergani.

« Il s’agit d’un moyen de transport qui existe depuis 500 ans et qui a toujours relié les deux rives de l’Adda. Aujourd’hui, il a retrouvé sa fonction originelle : mettre en relation deux communautés qui vivent sur les rives opposées du fleuve. »
Massimo Zoia, bénévole au bac de Léonard

Un modèle de transport durable, inspiré par la physique de Vinci

Le bac de Léonard incarne une solution de mobilité 100 % écologique. Construit en bois et relié par un câble d’acier tendu entre les deux berges, il se déplace grâce à la force du courant. Pour manœuvrer, le passeur oriente la barge à l’oblique par rapport à l’eau, ce qui permet à la pression du fleuve de pousser l’embarcation vers l’autre rive. Euronews FR souligne que ce principe de décomposition des forces avait déjà fasciné le génie de la Renaissance, qui l’a détaillé dans ses carnets.

Une seule personne suffit à faire fonctionner le bac, dont la traversée dure environ cinq minutes. La plateforme accueille aussi bien les piétons que les cyclistes, les motos ou les voitures. Le prix du billet s’élève à 1,50 € pour les piétons et 3,50 € pour les véhicules. En revanche, le service est suspendu en cas de vent fort, pour des raisons de sécurité.

Un symbole historique utilisé par un futur pape

Parmi les passagers illustres du bac figure Angelo Giuseppe Roncalli, originaire de la région, qui deviendra plus tard le pape Jean XXIII. Avant son élection, il empruntait régulièrement l’embarcation pour se rendre au sanctuaire de la Madonna del Bosco d’Imbersago, un lieu de pèlerinage local. Son histoire rappelle que ce bac n’est pas seulement un vestige du passé, mais un lien vivant entre les habitants de l’Adda depuis des générations.

Et maintenant ?

Avec la fermeture du pont de Brivio prolongée jusqu’en 2027, le bac de Léonard devrait continuer à jouer un rôle clé dans la mobilité locale. Les autorités envisagent de maintenir son fonctionnement en semaine même après la réouverture du pont, afin de désengorger le trafic. Reste à savoir si cette solution improvisée deviendra une habitude pour les navetteurs, ou si elle restera un phénomène temporaire. Une chose est sûre : ce ferry centenaire prouve qu’un patrimoine historique peut, à l’occasion, devenir une réponse moderne aux défis contemporains.

La gestion du bac, assurée bénévolement, dépendra aussi de l’engagement des locaux, dont certains étudiants en ingénierie et économie ont rejoint l’équipe. Leur participation pourrait garantir la pérennité de ce service, tandis que des discussions pourraient être engagées pour moderniser son fonctionnement sans en altérer l’authenticité.

Une chose est certaine : alors que les infrastructures de transport évoluent, ce bac rappelle que les solutions durables et simples peuvent parfois s’avérer les plus efficaces.

Oui, le bac accepte les véhicules, mais le tarif est alors de 3,50 €. La traversée, qui dure environ cinq minutes, est adaptée aux voitures, motos et vélos, ainsi qu’aux piétons.

Le service est interrompu par mesure de sécurité. La force du vent pourrait compromettre la stabilité de l’embarcation, conçue pour résister uniquement au courant du fleuve. Cette décision dépend des conditions météorologiques locales.