En pleine course aux armements dans l’Asie du Sud, la Chine met en avant son avion de chasse J-10CE, présenté comme plus performant que certains appareils européens. Selon Capital, Pékin a diffusé en mai 2025 une série de simulations issues d’exercices militaires de 2024, affirmant que son J-10CE aurait dominé à neuf reprises l’Eurofighter Typhoon lors d’essais menés au Qatar. Pourtant, ces affirmations soulèvent des questions sur leur validité et leur contexte.

Ce qu'il faut retenir

  • Le J-10CE est un avion de combat chinois développé par la Chengdu Aircraft Corporation (CAC), en service depuis 1998 mais constamment modernisé.
  • En mai 2025, la télévision chinoise a diffusé des simulations de combat aérien datant de 2024, revendiquant la supériorité du J-10CE sur l’Eurofighter Typhoon.
  • Ces essais, menés au Qatar entre des J-10CE pakistanais et des Typhoon qataris, n’ont pas précisé les conditions (portée, altitude, armement utilisé).
  • Le J-10CE intègre un radar AESA et se positionne comme un concurrent moins onéreux que le F-16, avec un prix estimé entre 50 et 60 millions de dollars.
  • Plusieurs pays, dont le Pakistan et l’Indonésie, ont déjà commandé des J-10CE, tandis que Dassault Aviation continue de signer des contrats pour le Rafale.

Un avion en constante évolution, mais peu éprouvé en conditions réelles

Le J-10CE, version améliorée du J-10, est souvent présenté par Pékin comme une réponse aux appareils occidentaux. Mis en service il y a près de trente ans, il a bénéficié de multiples mises à niveau, notamment l’intégration d’un radar à balayage électronique actif (AESA). Ces évolutions lui permettent de rivaliser avec des appareils comme le F-16 américain, mais son palmarès en conditions réelles reste limité. Comme le rappelle Capital, « aucun engagement opérationnel significatif n’a encore été enregistré ». Autant dire que son classement parmi les meilleurs avions de combat au monde reste à démontrer.

Les simulations de 2024, reprises en 2025 par les médias chinois, laissent pourtant planer le doute. Selon ces exercices, le J-10CE aurait remporté neuf victoires contre l’Eurofighter Typhoon. Cependant, les détails manquent cruellement : les essais se sont-ils déroulés à courte, moyenne ou longue portée ? Les appareils étaient-ils armés de missiles comparables ? Les médias pakistanais, qui ont relayé ces résultats, n’ont pas apporté de précisions supplémentaires. Bref, impossible d’en tirer des conclusions définitives.

Une stratégie de communication agressive face à la concurrence occidentale

La Chine ne cache pas ses ambitions dans le domaine aéronautique militaire. Alors que Dassault Aviation enchaîne les commandes de Rafale — avec notamment un contrat de vingt-six appareils pour l’Inde en février 2026 — Pékin mise sur des arguments marketing pour promouvoir ses avions. En juin 2025, une vidéo chinoise prétendant que le J-10 était capable d’un « décollage et atterrissage vertical » sans piste avait été rapidement démentie. Un exemple parmi d’autres illustrant la volonté de la Chine de se positionner comme une puissance aérospatiale incontournable.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte plus large de rivalité technologique avec les États-Unis et l’Europe. Le J-10CE, avec son prix attractif — estimé entre 50 et 60 millions de dollars contre environ 80 millions pour un Rafale — séduit certains pays en quête d’équipements modernes à moindre coût. Le Pakistan, allié historique de Pékin, a ainsi commandé des J-10CE, tandis que l’Indonésie a signé en 2025 un accord de 9 milliards de dollars pour 42 appareils. Une manne financière qui renforce la crédibilité industrielle de la Chine, même si les performances réelles de ses avions restent à prouver.

Une concurrence qui dépasse le cadre des essais militaires

Les affirmations chinoises sur la supériorité du J-10CE s’inscrivent dans une bataille d’influence bien plus large. En 2024, un Rafale français aurait été abattu lors d’un conflit entre l’Inde et le Pakistan, un événement attribué par certains observateurs à un missile chinois PL-15 tiré depuis un J-10CE. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, donnerait un avantage stratégique à la Chine dans la région. Pourtant, aucune preuve formelle n’a été apportée à ce jour.

Parallèlement, la Chine tente de percer sur le marché européen, où des pays comme la Serbie ont déjà opté pour des équipements chinois au détriment de constructeurs français. Une tendance qui inquiète les industriels occidentaux, Dassault en tête. Le J-10CE, avec son radar AESA et son coût réduit, pourrait séduire d’autres nations en quête d’autonomie militaire. Reste à savoir si ses performances en conditions réelles justifient ces ambitions.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient apporter des éclaircissements sur les capacités réelles du J-10CE. Plusieurs pistes sont à surveiller : la publication éventuelle de rapports détaillés sur les essais de 2024, l’analyse des retours d’expérience des pays ayant acquis l’appareil, ou encore les résultats des prochains exercices militaires internationaux. Dassault Aviation, de son côté, continue de signer des contrats pour le Rafale, tandis que l’Europe travaille sur des programmes comme le Système de combat aérien du futur (SCAF), censé entrer en service d’ici 2030. D’ici là, la bataille des mots et des chiffres entre Pékin et les capitales occidentales devrait s’intensifier.

Une chose est sûre : dans un secteur où la crédibilité se construit aussi sur des faits tangibles, le J-10CE devra rapidement prouver sa valeur au-delà des simulations et des annonces médiatiques. Pour l’instant, son statut reste celui d’un challenger ambitieux, mais encore largement méconnu en situation réelle.

Le J-10CE est mis en avant par la Chine comme une alternative moins coûteuse aux appareils européens ou américains. Avec un prix estimé entre 50 et 60 millions de dollars, il représente une option attractive pour des pays en quête d’équipements modernes sans se ruiner. De plus, son intégration d’un radar AESA le place sur un pied d’égalité technique avec des avions comme le Rafale ou l’Eurofighter Typhoon, du moins selon les simulations chinoises. Enfin, son exportation vers des pays comme le Pakistan ou l’Indonésie renforce son image de produit compétitif.

Le principal risque réside dans une perte de crédibilité pour la Chine si les performances annoncées ne correspondent pas à la réalité. Une surévaluation pourrait dissuader des pays potentiellement intéressés, surtout si des contre-performances étaient observées lors d’exercices réels ou de conflits. Par ailleurs, cela pourrait affaiblir la position de la Chine dans les négociations commerciales futures, où la fiabilité des équipements est un critère clé. Enfin, une exagération trop flagrante risquerait de nuire à la réputation de l’industrie aérospatiale chinoise sur le long terme.