Selon Le Monde, la question de l’épanouissement professionnel des managers revient régulièrement dans le débat public, notamment chez les jeunes générations. Dans un entretien accordé au quotidien, Élodie Gentina, chercheuse en sciences de gestion et professeure à l’IESEG School of Management, aborde une tendance émergente : le « conscious unbossing ». Ce concept, qui désigne le choix délibéré de ne pas accéder à des fonctions managériales, interroge les attentes des salariés vis-à-vis de leur carrière.
Ce qu'il faut retenir
- Le « conscious unbossing » est une tendance où les professionnels, notamment les jeunes, choisissent de ne pas devenir managers par conviction personnelle.
- Élodie Gentina, chercheuse en sciences de gestion, souligne que les jeunes générations restent aussi engagées dans leur travail, malgré cette orientation.
- Cette approche remet en cause l’idée selon laquelle le management serait un passage obligé pour progresser dans une carrière.
- Le débat porte sur l’équilibre entre ambition professionnelle et bien-être au travail.
Un phénomène en hausse chez les jeunes actifs
Le « conscious unbossing », popularisé ces dernières années, reflète une remise en question des modèles traditionnels de progression de carrière. Selon Élodie Gentina, citée par Le Monde, cette tendance n’est pas liée à un désengagement des jeunes professionnels, mais plutôt à une redéfinition de leurs priorités. « Les jeunes ne sont pas moins engagés au travail, explique-t-elle, ils cherchent simplement à aligner leur vie professionnelle avec leurs valeurs personnelles ».
Cette évolution s’inscrit dans un contexte où le bien-être au travail et l’équilibre vie privée/vie professionnelle occupent une place centrale dans les choix de carrière. Les jeunes actifs, souvent issus de générations Y ou Z, privilégient des parcours professionnels qui leur permettent de s’épanouir sans nécessairement endosser des responsabilités managériales. Pour autant, cela ne signifie pas qu’ils renoncent à toute ambition : ils la canalisent différemment.
Le management, un rôle moins attractif qu’avant ?
Selon les observations d’Élodie Gentina, rapportées par Le Monde, la fonction de manager est de plus en plus perçue comme un rôle complexe, voire aliénant, plutôt que comme une opportunité d’épanouissement. Les contraintes liées au management – gestion des conflits, pression hiérarchique, charge administrative – jouent en défaveur de son attractivité. « Beaucoup de professionnels préfèrent aujourd’hui contribuer à un projet sans en avoir la responsabilité directe », souligne-t-elle.
Cette tendance interroge les entreprises, qui doivent désormais composer avec des attentes différentes de la part de leurs collaborateurs. Le management n’est plus systématiquement perçu comme une étape logique dans une carrière, mais comme un choix qui doit être mûrement réfléchi. Certaines organisations commencent à adapter leurs politiques internes pour répondre à cette nouvelle donne, en proposant par exemple des parcours « experts » parallèles aux parcours managériaux.
Un engagement professionnel qui persiste malgré tout
Contrairement à une idée reçue, le « conscious unbossing » ne signe pas l’avènement d’une génération désengagée. Au contraire, selon Élodie Gentina, les jeunes professionnels restent très attachés à leur travail, à condition qu’il soit en phase avec leurs aspirations. « Leur engagement se mesure différemment, précise-t-elle. Ils veulent donner du sens à leur travail, mais pas au prix de leur santé mentale ou de leur équilibre de vie ».
Cette posture interroge également la notion de réussite professionnelle. Pour beaucoup, celle-ci ne se mesure plus uniquement à l’aune d’un poste à responsabilité, mais plutôt à la capacité à exercer un métier qui a du sens et à préserver sa qualité de vie. Les entreprises sont donc invitées à repenser leurs modèles de gestion des talents pour attirer et fidéliser ces profils.
D’ici la fin de l’année 2026, des études plus poussées devraient permettre de mesurer l’ampleur réelle de ce phénomène et son impact sur le marché du travail. Une chose est sûre : la question de l’épanouissement professionnel, qu’il passe ou non par le management, restera au cœur des débats sociétaux et économiques.
Le « conscious unbossing » désigne le choix délibéré de ne pas accéder à des fonctions managériales, par conviction personnelle ou par refus des contraintes liées à ce rôle. Cette tendance reflète une redéfinition des priorités professionnelles, où le bien-être et l’équilibre de vie priment sur la progression hiérarchique traditionnelle.
