Pour la première fois de son histoire, le Maroc s’impose comme le pays le plus industrialisé du continent africain. Ce basculement, révélé par un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) publié en 2026, marque un tournant économique majeur pour l’Afrique. Autant dire que l’économie marocaine, longtemps considérée comme un acteur émergent, franchit une étape décisive dans sa transformation structurelle, notamment grâce à une politique industrielle ambitieuse engagée il y a deux décennies.
Ce qu'il faut retenir
- Le Maroc dépasse l’Afrique du Sud en 2025 et devient la première économie industrialisée d’Afrique, selon la BAD.
- Cette performance s’inscrit dans le cadre d’une stratégie industrielle lancée il y a vingt ans par les autorités marocaines.
- Le recul de l’Afrique du Sud, traditionnellement leader du secteur, a contribué à ce changement de classement.
- Le rapport de la BAD souligne l’impact des réformes structurelles et des investissements dans les secteurs clés.
- Cette avancée place le Maroc comme un modèle de développement industriel sur le continent.
Un classement historique pour l’économie marocaine
Le Maroc s’installe en tête du classement des économies africaines les plus industrialisées en 2025, reléguant l’Afrique du Sud à la deuxième place. Ce résultat, consigné dans le dernier rapport annuel de la Banque africaine de développement, confirme la dynamique de long terme engagée par le royaume chérifien. Selon les auteurs du document, cette progression reflète non seulement les efforts nationaux, mais aussi un contexte régional favorable, marqué par une diversification des partenariats économiques et une montée en puissance des industries locales.
Côté marocain, cette reconnaissance internationale s’accompagne d’une fierté légitime. « Ce classement est le fruit d’une vision claire et d’une politique industrielle cohérente, menée sur plusieurs décennies », a déclaré un haut responsable du ministère de l’Industrie et du Commerce, cité par la BAD. L’objectif affiché reste ambitieux : faire du Maroc une plateforme industrielle de premier plan, capable de rivaliser avec les grandes économies émergentes.
Une stratégie industrielle sur deux décennies
Dès le début des années 2000, le Maroc a fait le pari d’une industrialisation accélérée. Une série de réformes structurelles, couplées à des incitations fiscales et des investissements massifs dans les infrastructures, ont permis de moderniser progressivement le tissu productif. Le secteur automobile, l’aéronautique, mais aussi les industries agroalimentaires et pharmaceutiques ont bénéficié de cette politique volontariste. Selon les experts, ces choix stratégiques ont porté leurs fruits en attirant des investissements étrangers et en stimulant l’innovation locale.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2005 et 2025, la part de l’industrie dans le PIB marocain est passée de 15 % à près de 25 %. « Nous avons misé sur des secteurs à haute valeur ajoutée, tout en renforçant les compétences locales », a expliqué un économiste marocain interrogé par RFI. Cette approche a également inclus la création de zones économiques spéciales, comme celle de Tanger Med, devenue un hub logistique et industriel majeur en Méditerranée.
Un contexte régional marqué par le recul sud-africain
Si la performance marocaine est saluée, elle s’inscrit aussi dans un contexte où l’Afrique du Sud, traditionnellement leader en matière d’industrialisation, montre des signes de ralentissement. Les contraintes structurelles, comme les coupures d’électricité récurrentes ou les tensions sociales, ont pesé sur la compétitivité de son secteur manufacturier. Selon la BAD, cette situation a indirectement favorisé la montée en puissance du Maroc, qui a su capter une partie des investissements et des contrats industriels autrefois attribués à Johannesburg.
Pour autant, les analystes tempèrent cet optimisme. « Le Maroc a su tirer son épingle du jeu, mais la concurrence reste féroce sur le continent », rappelle un chercheur en économie africaine. D’autres pays, comme l’Égypte ou l’Éthiopie, développent également des stratégies industrielles agressives, ce qui pourrait limiter la durée de cette position de leader.
Quoi qu’il en soit, cette avancée confirme une tendance de fond : l’industrialisation africaine n’est plus l’apanage d’un seul pays, mais le résultat d’une compétition saine entre nations. Pour le Maroc, il s’agit désormais de transformer ce statut de leader en levier de développement durable et inclusif.
Selon le rapport de la BAD, les secteurs automobile, aéronautique et agroalimentaire ont été les principaux moteurs de cette croissance. Le Maroc s’est notamment positionné comme un acteur clé dans la fabrication de véhicules et de pièces détachées, avec des entreprises comme Renault ou Boeing ayant des sites de production locaux.