« Le paracétamol est trop souvent consommé de manière automatique, sans réelle évaluation des doses ou des risques associés », a souligné le Dr Sophie Hillaire, hépatologue à l’hôpital Beaujon de Clichy, auprès de Top Santé. Selon l’article de ce média, ce médicament en vente libre, pris pour soulager un simple rhume, un mal de tête ou un mal de dents, pourrait présenter des dangers insoupçonnés en cas de surdosage ou d’usage prolongé.

Les hépatologues s’alarment en effet des conséquences potentielles sur le foie, un organe particulièrement vulnérable face aux excès de paracétamol. Une prise excessive peut entraîner des lésions hépatiques graves, voire une insuffisance hépatique aiguë. Pourtant, sa facilité d’accès et son statut de médicament en vente libre en pharmacie ou en grande surface favorisent une consommation parfois négligente.

Ce qu'il faut retenir

  • Le paracétamol est le médicament le plus consommé en France, avec plus de 500 millions de boîtes vendues chaque année, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
  • En cas de surdosage, même modéré, il peut provoquer des lésions hépatiques irréversibles, parfois mortelles sans greffe.
  • Les hépatologues recommandent de ne pas dépasser 4 grammes par jour pour un adulte en bonne santé, soit 8 gélules de 500 mg maximum.
  • Les personnes souffrant de problèmes hépatiques ou rénaux, ainsi que les alcooliques, sont particulièrement exposées aux risques.
  • Le paracétamol est impliqué dans près de 20 % des intoxications médicamenteuses en France, d’après les données de l’ANSM.

Un médicament banalisé, mais aux risques réels

D’après Top Santé, le paracétamol est souvent perçu comme un remède universel, capable de soulager la plupart des maux du quotidien. Pourtant, son mécanisme d’action repose sur une transformation hépatique qui, en cas de surcharge, produit des métabolites toxiques. « On ne compte plus le nombre de patients hospitalisés pour une intoxication au paracétamol, parfois après une automédication prolongée », a expliqué le Dr Hillaire. Une prise répétée sur plusieurs jours, même à dose normale, peut ainsi s’avérer néfaste.

Les symptômes d’un surdosage – nausées, douleurs abdominales, jaunisse – n’apparaissent souvent que 24 à 48 heures après l’ingestion. À ce stade, les lésions du foie peuvent déjà être irréversibles. Les hépatologues insistent donc sur la nécessité d’une information claire des patients, alors que les boîtes de paracétamol ne comportent pas toujours d’avertissements suffisamment visibles sur ces risques.

Des recommandations ignorées par une partie de la population

Malgré les mises en garde répétées des autorités sanitaires, une étude de l’ANSM révèle que 30 % des Français dépassent la dose maximale quotidienne sans en avoir conscience. Les raisons ? L’oubli des prises précédentes, la prise simultanée de plusieurs médicaments contenant du paracétamol (comme certains sirops ou comprimés contre le rhume), ou simplement la sous-estimation des dangers. « Les patients pensent souvent qu’il s’agit d’un médicament sans risque, car il est accessible sans ordonnance », a rappelé le Dr Hillaire.

Les hépatologues plaident pour une meilleure éducation du public, notamment via les notices des médicaments ou des campagnes d’information en pharmacie. Ils rappellent aussi que l’association avec d’autres substances, comme l’alcool, multiplie les risques de toxicité hépatique. Une vigilance particulière est nécessaire pendant les fêtes ou les périodes de consommation d’alcool accrues.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont envisagées pour renforcer la sécurité autour du paracétamol. L’ANSM étudie actuellement la possibilité d’apposer des étiquettes plus visibles sur les boîtes, rappelant les doses maximales et les risques en cas de surdosage. Une réflexion est aussi menée pour limiter la quantité de paracétamol dans les médicaments combinés, souvent responsables d’intoxications accidentelles. Enfin, les hépatologues appellent à une collaboration renforcée avec les pharmacies pour informer systématiquement les patients sur les bonnes pratiques de consommation.

Si le paracétamol reste indispensable dans l’arsenal thérapeutique, sa consommation ne doit pas être prise à la légère. Les hépatologues insistent : un médicament en vente libre n’est pas pour autant sans danger. La prudence reste de mise, surtout en cas de doute sur la posologie ou en présence de facteurs de risque.

Les premiers symptômes apparaissent généralement dans les 24 à 48 heures après l’ingestion : nausées, vomissements, douleurs abdominales du côté droit, fatigue intense et jaunisse (coloration jaune de la peau et des yeux). En cas de suspicion, il est impératif de consulter en urgence, car un traitement précoce (comme la N-acétylcystéine) peut sauver le foie.