Perchées sur des échelles instables au pied du Mont Koupé, dans l’ouest du Cameroun, des centaines de mains s’activent chaque année pour récolter l’or vert de la région : le poivre de Penja. Selon Franceinfo – Culture, cette épice rare, cultivée sur des terres volcaniques et dans un climat tropical humide, s’est imposée comme l’un des produits phares du pays, exporté vers l’Europe, l’Amérique du Nord et bien au-delà.

Obtenant en 2013 le label Indication géographique protégée (IGP), le poivre de Penja est le premier produit africain à bénéficier de cette reconnaissance. Son savoir-faire artisanal, entièrement manuel, et ses caractéristiques uniques en font une épice prisée des chefs et des amateurs du monde entier. Aujourd’hui, son prix peut atteindre 150 euros le kilo sur les marchés internationaux, soutenant ainsi l’économie locale.

Ce qu'il faut retenir

  • Le poivre de Penja est cultivé dans l’ouest du Cameroun, au pied du Mont Koupé, sur des terres volcaniques adaptées à sa croissance.
  • Il a obtenu le label IGP en 2013, devenant ainsi le premier produit africain à bénéficier de cette protection.
  • Sa production annuelle dépasse 300 tonnes, principalement destinées à l’exportation vers l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie.
  • Les grains sont récoltés à la main, puis subissent un processus de fermentation et de séchage avant d’être triés et exportés.
  • Son prix peut atteindre 150 euros le kilo sur les marchés internationaux, en faisant une ressource économique majeure pour la région.
  • Des chefs comme Marie Emene, surnommée « Marie Poulet », en font un ingrédient star de leur cuisine, notamment dans des plats comme le poulet au poivre de Penja.

Une épice au patrimoine ancestral

Le poivre de Penja ne se résume pas à un simple condiment : il incarne un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération. Selon Christine Tsimi, l’une des premières productrices à s’être lancée dans la filière, « le poivre est une liane qui s’enroule autour d’un tuteur et grandit en s’accrochant ». Introduit par les colons dans les années 1950, il a été récupéré et cultivé par les habitants de Penja à l’indépendance du pays. « J’ai découvert que c’était une épice merveilleuse », confie-t-elle, soulignant la qualité unique de ce poivre vert et rouge, parfaitement adapté aux conditions climatiques locales.

Au début des années 2000, la filière s’est professionnalisée, répondant à une demande croissante. « On constatait qu’il y avait beaucoup de curiosité autour de notre poivre, surtout à l’étranger. Quand nous voyagions en France, des gens appréciaient terriblement ce poivre-là. Et on s’est rendu compte que c’était de l’or », explique Jean-Marie Sop, producteur et responsable de la filière « poivre de Penja IGP ». Cette prise de conscience a marqué un tournant dans l’histoire de l’épice, transformant une culture locale en une ressource économique majeure.

Un processus de production exigeant

La récolte, qui se déroule chaque année, est suivie d’un processus de transformation rigoureux. Une fois les grains récoltés, ils sont pesés, puis placés dans des sacs pour une fermentation dans l’eau. « Lorsqu’on le met dans l’eau, c’est pour qu’il fermente. Il fermente, et après, il se ramollit. Lorsqu’il se ramollit, le but, c’est de retirer toute la peau ou le péricarpe sur la graine pendant le lavage », détaille Hubert Tchuigoua, responsable qualité et producteur de poivre au sein d’Agrimex. Cette étape est cruciale pour obtenir la texture et le goût caractéristiques du poivre de Penja.

Les grains sont ensuite séchés au soleil, puis transportés vers des usines où ils sont minutieusement analysés, triés et goûtés. Chaque étape est réalisée à la main, sans mécanisation, afin de préserver la qualité du produit. « L’une des particularités de ce poivre, c’est le fait que tout est manuel. Sur le savoir-faire traditionnel, il n’y a pas de mécanisation, tout est fait à la main, les grains sont triés au crible fin », précise Borel Atonfack, secrétaire exécutif du groupement « poivre de Penja IGP ». Cette expertise a été reconnue par l’Union européenne, qui a labellisé le poivre de Penja il y a plus de dix ans.

Une épice qui séduit les palais du monde entier

Le poivre de Penja est aujourd’hui exporté dans plus de 50 pays, des États-Unis à l’Italie, en passant par la France et le Royaume-Uni. Son goût unique, à la fois piquant et aromatique, en fait un ingrédient prisé des chefs étoilés et des amateurs de cuisine. À Marseille, Marie Emene, propriétaire du restaurant « Chez Marie Poulet », a été primée en 2025 lors d’un concours de cuisine pour son poulet au poivre de Penja. « Un poulet sans poivre n’est pas un poulet. Ça fait 50 ans que je cuisine au poivre de Penja. J’étais fière à Marseille. Quand on a le goût du poivre, le parfum, ils étaient très contents ! », déclare-t-elle avec fierté.

Les témoignages de clients, qu’ils soient Camerounais ou expatriés, soulignent la qualité exceptionnelle de cette épice. « J’ai toujours la saveur du poivre dans la bouche, agréable. Non pas un piquant qui fait mal, c’est un piquant que le palais apprécie beaucoup », témoigne un Français installé au Cameroun. Un client camerounais ajoute : « On n’a plus besoin d’ajouter du piment. Le poivre seul suffit à parfumer, à donner le goût. Et c’est un rien pimenté, le poivre de Penja, c’est ça qui fait sa force. »

Et maintenant ?

La filière du poivre de Penja continue de se structurer pour répondre à la demande internationale croissante. Les producteurs locaux envisagent d’augmenter leur capacité de production, tout en préservant les méthodes artisanales qui font la renommée de l’épice. Une prochaine étape pourrait être l’obtention d’une AOP (Appellation d’origine protégée), qui renforcerait davantage la protection et la valorisation du produit. Reste à voir si les autorités camerounaises et les acteurs de la filière parviendront à concilier développement économique et préservation du savoir-faire traditionnel.

Le poivre de Penja incarne ainsi bien plus qu’une épice : il représente un patrimoine culturel, une fierté locale et une opportunité économique pour le Cameroun. Son succès à l’international montre qu’il est possible de transformer un savoir-faire ancestral en une ressource durable, tout en préservant l’authenticité d’un produit unique au monde.

Le prix élevé du poivre de Penja s’explique par plusieurs facteurs : sa production entièrement manuelle, les méthodes de transformation rigoureuses (fermentation, séchage, tri), et sa rareté. En outre, le label IGP limite sa production à la région de Penja, ce qui en fait un produit exclusif. Son goût unique et sa renommée internationale justifient également son prix, qui peut atteindre 150 euros le kilo sur les marchés étrangers.

Selon Borel Atonfack, secrétaire exécutif du groupement « poivre de Penja IGP », l’épice est principalement exportée vers l’Europe (France, Belgique, Royaume-Uni, Italie), l’Amérique du Nord et certains pays d’Asie. La France reste l’un des marchés les plus importants pour ce produit camerounais.