Selon Euronews FR, le président du Parti populaire européen (PPE), Manfred Weber, a vivement critiqué le plan espagnol de régularisation des migrants sans-papiers, une initiative qui a déjà suscité plus d’un million de demandes. Pour le député européen allemand, cette mesure représente un « problème » pour l’ensemble de l’Europe, car elle pourrait faciliter la circulation des migrants dans l’espace Schengen.

Ce qu'il faut retenir

  • Le plan espagnol de régularisation des migrants sans-papiers, qui a reçu plus d’un million de demandes, est jugé « un problème » pour l’Europe par Manfred Weber, président du PPE.
  • Weber estime que les titres de séjour accordés par Madrid pourraient permettre aux migrants de circuler dans l’espace Schengen, notamment vers la France, la Belgique ou la Pologne.
  • Le PPE, en alliance avec les partis de droite et d’extrême droite, pousse pour un durcissement des règles migratoires au Parlement européen, incluant la limitation du droit d’asile et la création de centres de rétention hors de l’UE.
  • Weber argue que l’Espagne régularise des profils non qualifiés, alors que l’Europe aurait besoin de travailleurs qualifiés pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre.
  • Le règlement sur les retours, récemment approuvé, prévoit des centres de rétention dans des pays tiers, mais leur financement et leur localisation restent flous.

Un plan espagnol controversé et ses répercussions européennes

Le gouvernement de Pedro Sánchez a lancé un vaste plan de régularisation des migrants en situation irrégulière résidant déjà en Espagne. Selon les données officielles, plus d’un million de personnes ont déposé une demande depuis le lancement de l’opération. Si cette initiative vise à régulariser une partie de la population migrante présente sur le territoire, elle suscite des critiques au niveau européen, notamment de la part du PPE.

Manfred Weber, président du PPE, a jugé cette mesure « un problème » pour l’ensemble de l’UE. Dans un entretien accordé à Euronews FR, il a souligné que les titres de séjour accordés par l’Espagne, bien que valables uniquement dans ce pays, pourraient permettre aux bénéficiaires de circuler librement dans l’espace Schengen. « Ils peuvent aller en France, ils peuvent aller en Belgique, ils peuvent aller en Pologne », a-t-il déclaré lors de l’émission Europe Today.

Le PPE en première ligne pour un durcissement des politiques migratoires

Le PPE, principal groupe politique de droite au Parlement européen, durcit sa ligne sur la migration en s’alliant avec les partis de droite et d’extrême droite. L’objectif est de faire adopter des textes qui restreignent davantage les règles migratoires au niveau européen. Weber a rappelé que l’Espagne justifie sa politique par la nécessité de soutenir son économie face au vieillissement de sa population, estimant que le pays pourrait perdre jusqu’à 19 % de son PIB d’ici 2050 sans un apport migratoire significatif.

Pour le président du PPE, cette régularisation massive de migrants n’est cependant pas la solution adaptée. « Nous avons besoin de personnes qualifiées qui puissent réellement contribuer à notre système. Et ce n’est pas ce qui se passe en Espagne », a-t-il affirmé. Selon lui, une procédure de régularisation aussi rapide et massive n’est « pas normale » et ne répond pas aux besoins réels du marché du travail européen.

Le règlement sur les retours : une solution controversée

Weber a également défendu le nouveau « règlement sur les retours » de l’UE, récemment approuvé par le Parlement européen. Ce texte prévoit la création de centres de rétention pour les migrants en situation irrégulière en dehors du territoire européen. L’objectif affiché est d’augmenter le taux de retours, actuellement très faible : seuls 20 % des migrants en situation irrégulière sont effectivement renvoyés dans leur pays d’origine.

Cependant, cette mesure soulève des questions éthiques et juridiques. Plusieurs organisations non gouvernementales ont critiqué le risque de violations des droits humains dans ces centres. Interrogé sur leur financement, Weber n’a pas précisé si des fonds européens seraient mobilisés, ni dans quels pays tiers ces centres pourraient être implantés. « Nous avons des partenaires en Afrique, au Moyen-Orient, avec lesquels nous pouvons travailler. Mais c’est désormais aux États membres de décider », a-t-il indiqué.

Vers une limitation du droit d’asile en Europe ?

Lors de son assemblée générale à Vienne, le PPE a adopté une résolution appelant à une limitation du droit d’asile pour certains groupes de migrants. Selon ce texte, les États membres devraient avoir la possibilité de refuser d’engager des procédures d’asile à leurs frontières dans deux cas précis : en cas d’instrumentalisation des flux migratoires par des pays tiers ou lorsque les migrants proviennent d’un pays considéré comme « sûr ».

Cette position s’inscrit dans la continuité d’une modification législative adoptée en février 2026 par le Parlement européen. Ce texte autorise les États de l’UE à expulser des demandeurs d’asile vers des pays tiers sans lien avec eux, avant même l’examen de leur dossier. Le PPE souhaite aller plus loin en supprimant le statut de protection subsidiaire et en excluant du droit d’asile les migrants poussés vers les frontières européennes par des manœuvres d’instrumentalisation, comme celles observées ces dernières années à la frontière finlandaise avec la Russie ou à la frontière polonaise avec la Biélorussie.

« Si quelqu’un est en situation irrégulière, il doit quitter l’UE, et seuls 20 % des retours sont actuellement exécutés. »
Manfred Weber, président du PPE

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des décisions de la Commission européenne et des États membres. La résolution adoptée par le PPE devra être traduite en propositions législatives, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois. Par ailleurs, la mise en place des centres de rétention dans des pays tiers reste à préciser, notamment sur les plans financier et géographique. Enfin, la position de l’Espagne sur ce dossier, déjà critiquée par plusieurs partenaires européens, pourrait évoluer sous la pression des institutions de l’UE.

L’enjeu est de taille : trouver un équilibre entre la nécessité d’une immigration légale et contrôlée pour répondre aux besoins économiques et les impératifs sécuritaires et humanitaires qui divisent l’Europe. Les prochains mois s’annoncent déterminants pour l’avenir des politiques migratoires du continent.