Le gouvernement québécois a annoncé une hausse significative des tarifs d’électricité pour les activités de minage de cryptomonnaies, tout en accordant des avantages aux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Cette décision, effective dès l’automne 2026, marque un tournant dans la stratégie énergétique de la province, souvent perçue comme un paradis pour les mineurs de Bitcoin en raison de son électricité bon marché et décarbonée. Selon Journal du Coin, cette réorientation s’inscrit dans un contexte de tension croissante sur le réseau électrique local, alors que la demande en calcul intensif explose avec le développement des modèles d’IA.

Ce qu'il faut retenir

  • Hausse de 40 % des tarifs pour le minage de Bitcoin, passant de 0,025 $/kWh à 0,035 $/kWh dès septembre 2026.
  • Les centres de données dédiés à l’IA bénéficieront d’une tarification stable à 0,05 $/kWh, soit un avantage concurrentiel par rapport aux autres régions nord-américaines.
  • Le Québec, qui représente plus de 5 % de la puissance mondiale de minage, voit sa part de marché menacée par cette politique.
  • Cette mesure s’accompagne d’un gel des nouveaux permis pour les fermes de minage de Bitcoin jusqu’à réévaluation du cadre réglementaire.
  • Les acteurs locaux du secteur crient à l’« asphyxie économique », tandis que les promoteurs de l’IA saluent une décision « visionnaire ».

Une politique énergétique révisée sous pression

La province, longtemps courtisée par les mineurs de Bitcoin pour son électricité à bas coût et son mix énergétique dominé par l’hydroélectricité, doit désormais arbitrer entre deux secteurs gourmands en énergie. Selon les dernières données de Hydro-Québec, la demande globale a augmenté de 12 % en 2025, tirée par l’essor des data centers et des infrastructures cloud. Les autorités justifient cette hausse tarifaire par la nécessité de « préserver l’équilibre du réseau » et de financer la transition vers les énergies renouvelables. « Nous ne pouvons plus sacrifier notre capacité à attirer des industries stratégiques au profit d’un secteur déjà mature », a déclaré Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, lors d’une conférence de presse ce 6 juin.

Le minage de Bitcoin perd son avantage québécois

Jusqu’ici, le Québec attirait les mineurs grâce à des tarifs parmi les plus bas d’Amérique du Nord, couplés à des conditions fiscales avantageuses. Pourtant, cette attractivité pourrait s’éroder rapidement : dès l’automne, les coûts opérationnels pour une ferme de minage seront 30 % plus élevés qu’en Alberta ou au Texas, où les tarifs oscillent entre 0,04 $ et 0,06 $/kWh. Plusieurs acteurs majeurs, comme Bitfarms ou Hive Blockchain, ont déjà annoncé des projets de relocalisation partielle de leurs infrastructures. « Ce changement nous force à revoir notre stratégie, mais nous restons optimistes quant à notre capacité à innover », a indiqué Geoff Morphy, PDG de Bitfarms, dans un communiqué.

L’IA, nouvelle priorité économique

Contrairement au minage, qui consomme une électricité massive sans nécessairement créer d’emplois locaux, les centres de données dédiés à l’IA sont perçus comme des leviers de croissance. Le gouvernement mise sur des géants comme Meta, Google ou Microsoft pour s’implanter au Québec, où des subventions locales complètent la tarification avantageuse. Hydro-Québec a déjà signé des accords avec plusieurs acteurs, dont un contrat de 200 MW avec Meta pour son futur data center à Lévis. « L’IA est un secteur d’avenir, et nous voulons en être les leaders », a souligné Christine Gagnon, directrice des relations gouvernementales chez Hydro-Québec.

Et maintenant ?

Cette décision pourrait accélérer l’exode des mineurs vers des régions moins chères, mais aussi renforcer l’attractivité du Québec pour les industries high-tech. D’ici 2027, le gouvernement prévoit de publier un plan directeur énergétique qui précisera les quotas alloués à chaque secteur. Reste à voir si cette stratégie parviendra à concilier les impératifs écologiques, économiques et technologiques. Une chose est sûre : le paysage du minage et des data centers au Québec ne sera plus jamais le même.

Quant aux mineurs qui résistent, ils devront soit s’adapter à la hausse des coûts, soit explorer des alternatives comme le recyclage de la chaleur produite par leurs serveurs — une piste déjà testée par quelques acteurs locaux.

Le minage de Bitcoin est particulièrement énergivore, avec une consommation annuelle estimée à 120 TWh dans le monde. Le gouvernement québécois justifie cette distinction par le fait que les autres cryptomonnaies, comme Ethereum après son passage au Proof of Stake, ou les blockchains alternatives, nécessitent bien moins de puissance de calcul. De plus, le Bitcoin est souvent perçu comme un secteur « mature » ne générant que peu d’emplois locaux, contrairement aux data centers dédiés à l’IA.