Initiée par Renault Group et Suez, The Future is NEUTRAL incarne aujourd’hui l’un des projets les plus ambitieux en matière d’économie circulaire appliquée à l’automobile. Selon Futura Sciences, cette entreprise, lancée en 2021, structure désormais une filière industrielle visant à donner une seconde vie aux véhicules en fin de cycle, tout en répondant aux enjeux de compétitivité, d’environnement et de souveraineté européenne.
Ce qu'il faut retenir
- Une filière industrielle en boucle fermée : collecte, dépollution, valorisation et remanufacturing des pièces automobiles, avec un accent sur les véhicules électriques.
- Trois piliers d’action : compétitivité économique (jusqu’à 70 % d’économie sur les pièces de réemploi), réduction de l’empreinte environnementale (50 % de masse réutilisée pour un moteur remanufacturé), et innovation technologique.
- Une stratégie de croissance agressive : rachat de centres de démantèlement en France et en Europe, développement de marketplaces dédiées, et expansion des offres de recyclage, notamment pour l’aluminium et les batteries lithium-ion.
- Un levier de souveraineté industrielle : exploiter les « mines urbaines » que représentent les véhicules en fin de vie pour réduire la dépendance européenne aux matières premières critiques comme le cuivre, le nickel ou le lithium.
- Un modèle ouvert : accompagnement des start-up via l’Innovation Hub NEUTRAL et conseil aux entreprises extérieures au secteur automobile.
Une réponse industrielle à trois défis majeurs
« Notre mission est de faire de chaque voiture en fin de vie une ressource plutôt qu’un déchet », explique Sophie Schmidtlin, Chief Technology Officer de The Future is NEUTRAL, interrogée par Futura Sciences. L’entreprise s’appuie sur trois axes stratégiques pour structurer cette économie circulaire. D’abord, la compétitivité : les pièces de réemploi ou remanufacturées permettent des économies significatives. Une pièce de réemploi coûte jusqu’à 70 % moins cher qu’une pièce neuve, tandis qu’un moteur remanufacturé, proposé en échange standard, offre une réduction de 30 % pour une qualité et une garantie équivalentes au neuf.
Ensuite, l’impact environnemental constitue un pilier central. En réutilisant au minimum 50 % de la masse d’un moteur, The Future is NEUTRAL réduit drastiquement l’empreinte carbone et la consommation de matières premières. « Pour un moteur thermique, cela se traduit par une baisse de 50 % des émissions de CO₂ liées à sa production », précise Sophie Schmidtlin. Enfin, l’innovation permet d’étendre ces principes aux véhicules électriques. L’entreprise a récemment lancé un service de remanufacturing pour les moteurs électriques et l’électronique de puissance de la Renault ZOE, marquant une avancée dans la circularité des composants high-tech.
Des « mines urbaines » stratégiques pour l’Europe
Les véhicules en fin de vie représentent un gisement colossal de matières premières critiques. « Une batterie lithium-ion de 60 kWh contient environ 40 kg de nickel, 6 kg de cobalt et 40 kg de carbonate de lithium », souligne Sophie Schmidtlin. Autant dire que ces ressources, aujourd’hui souvent importées, pourraient être extraites localement. « Nous parlons de véritables mines urbaines, qu’il est stratégique de valoriser sur notre sol pour réduire la dépendance européenne aux chaînes d’approvisionnement mondiales. »
Cette approche prend une dimension géopolitique. Avec 80 % du cobalt mondial produit en République démocratique du Congo et 70 % du lithium raffiné en Chine, l’Europe mise sur le recyclage pour sécuriser son approvisionnement. The Future is NEUTRAL mise également sur des partenariats industriels, comme celui avec Opisto, leader européen des systèmes de pilotage des lignes de démantèlement et de commercialisation des pièces de réemploi, pour renforcer son écosystème.
Une croissance accélérée par l’acquisition et l’innovation
Pour étendre son modèle, l’entreprise adopte une stratégie en trois volets. D’abord, l’expansion géographique : après avoir renforcé ses positions en France via ses filiales INDRA (leader du démantèlement) et GAIA (réparation des batteries), The Future is NEUTRAL a pris une participation majoritaire chez POLLINI, leader italien de la valorisation des véhicules hors d’usage. « Notre objectif est de couvrir l’ensemble du marché européen d’ici 2027 », indique Sophie Schmidtlin.
Ensuite, le développement de nouvelles filières de recyclage. L’entreprise a récemment lancé une offre dédiée à l’aluminium, présent dans les capots et ouvrants des véhicules, ainsi qu’un service de recyclage des batteries lithium-ion. « Nous proposons aux constructeurs d’organiser la collecte, le tri et le recyclage des batteries, avec un taux de récupération des métaux supérieur à 95 % », explique la CTO. Enfin, l’innovation technologique passe par l’accompagnement des start-up. Via l’Innovation Hub NEUTRAL basé sur le site industriel de Flins, l’entreprise incubé des projets comme ceux visant à optimiser le démantèlement automatisé ou à développer des procédés de recyclage plus performants.
Un écosystème ouvert pour accélérer la transition
Au-delà de ses activités internes, The Future is NEUTRAL se positionne comme un acteur clé pour diffuser les bonnes pratiques de l’économie circulaire. « Nous proposons un accompagnement aux entreprises, qu’elles soient automobiles ou issues d’autres secteurs, pour les aider à intégrer ces principes », détaille Sophie Schmidtlin. Cette démarche s’inscrit dans une logique de coopération industrielle, où les savoir-faire accumulés depuis près de 50 ans par les filiales du groupe sont mis à disposition de l’ensemble de l’écosystème.
L’entreprise collabore également avec des acteurs publics et des institutions européennes pour promouvoir des normes communes en matière de recyclage automobile. « L’enjeu n’est pas seulement industriel, mais aussi réglementaire. Nous travaillons avec la Commission européenne pour harmoniser les critères de valorisation des véhicules en fin de vie et encourager les États membres à adopter des politiques incitatives », précise Sophie Schmidtlin.
Pour Sophie Schmidtlin, cette dynamique doit s’inscrire dans une évolution culturelle plus large. « L’industrie automobile a longtemps considéré le véhicule comme un produit à usage unique. Aujourd’hui, nous devons le repenser comme une ressource, de sa conception à sa fin de vie. C’est un changement de paradigme qui prendra du temps, mais dont les bénéfices économiques et environnementaux sont immenses. »
Toutes les pièces remanufacturées par THE REMAKERS bénéficient de la même garantie que les pièces neuves, soit 24 mois. Elles sont soumises à des tests rigoureux, incluant des contrôles de performance et de durabilité, conformes aux normes automobiles en vigueur.
Selon les procédés développés par The Future is NEUTRAL, le taux de récupération des métaux comme le lithium, le cobalt ou le nickel atteint plus de 95 %. Ces métaux sont ensuite réutilisés pour la fabrication de nouvelles batteries ou d’autres composants industriels.