La progression de l'égalité entre les hommes et les femmes dans le monde professionnel, après des décennies d'avancées, semble aujourd'hui ralentir dans les pays développés. Selon Courrier International, s'appuyant sur des analyses du Economist et d'autres sources économiques, les indicateurs récents révèlent un recul ou une stagnation des positions occupées par les femmes sur le marché du travail, tant en termes de représentation que de rémunération.
Ce qu'il faut retenir
- Recul historique aux États-Unis : pour la première fois en vingt ans, la part des femmes dans les postes de direction des entreprises cotées en Bourse a diminué en 2023, selon une étude de S&P Global.
- Baisse de l'emploi féminin : au sein de l'OCDE, la part des femmes occupant un emploi à temps plein est passée de 78,1 % en 2023 à 76,8 % en 2024, une première en quinze ans.
- Écart salarial en hausse : aux États-Unis, au Canada, en France et en Suisse, l'écart de rémunération entre hommes et femmes se creuse à nouveau.
- Moindre ambition professionnelle : en 2025, 90 % des hommes souhaitaient une promotion contre 80 % des femmes, selon une enquête McKinsey pour l'association Lean In.
Une progression interrompue malgré les diplômes
Alors que les campus des pays développés comptent désormais plus d'étudiantes que d'étudiants, et que la présence des femmes dans les professions libérales comme la médecine ou le droit a presque triplé depuis 1980 aux États-Unis, la dynamique semble s'essouffler. « Les progrès spectaculaires des dernières décennies n'ont pas suffi à transformer durablement les structures du marché du travail », analyse un rapport du Economist, cité par Courrier International. Les postes à haute responsabilité restent largement dominés par les hommes, malgré une légère amélioration par le passé.
Aux États-Unis, l'année 2025 a enregistré une baisse de la proportion de femmes nommées dans les conseils d'administration des 500 plus grandes entreprises du pays. « Elles ont obtenu seulement 38 % des nouveaux sièges, contre 42 % en 2024 », précise l'étude de S&P Global. Un chiffre en deçà des attentes, alors que les politiques d'inclusion commençaient à porter leurs fruits.
L'emploi féminin recule, l'écart salarial se creuse
Dans les 33 pays membres de l'OCDE, majoritairement des économies avancées, la part des femmes en emploi à temps plein a connu une chute inédite entre 2023 et 2024. « Ce recul de 1,3 point en un an, passant de 78,1 % à 76,8 %, marque la première baisse depuis quinze ans », souligne Courrier International, citant une analyse du cabinet PwC. Aux États-Unis, les chiffres de mars 2026 confirment cette tendance : le taux d'activité des femmes âgées de 25 à 54 ans est tombé à 78,4 %, soit une diminution d'un point de pourcentage, bien plus marquée que celle observée chez les hommes.
Parallèlement, l'écart salarial se creuse à nouveau dans plusieurs pays. Aux États-Unis, au Canada, en France et en Suisse, les femmes gagnent en moyenne 15 à 20 % de moins que leurs homologues masculins pour des postes équivalents. « Cette tendance, après des années de réduction, interroge sur l'efficacité des politiques de parité mises en place », indique Courrier International.
L'ambition professionnelle en net recul chez les femmes
Une enquête menée par McKinsey pour Lean In, association fondée par Sheryl Sandberg, ancienne numéro deux de Facebook, révèle un désengagement croissant des femmes vis-à-vis des perspectives de promotion. Entre 2019 et 2023, la proportion de femmes souhaitant obtenir une promotion était passée de 70 % à 80 %. En 2025, ce chiffre chute à 69 % pour les nouvelles venues sur le marché du travail. À l'inverse, 90 % des hommes expriment leur volonté de gravir les échelons hiérarchiques. Une divergence qui reflète un changement d'attitude profond.
« Les femmes semblent moins enclines à briguer des postes à haute responsabilité, peut-être en raison d'un environnement professionnel perçu comme moins accueillant ou de contraintes personnelles accrues », analyse un expert en ressources humaines interrogé par Courrier International. Cette situation pourrait s'expliquer par plusieurs facteurs, dont les conséquences de la pandémie de Covid-19.
Les séquelles de la pandémie et le retour des politiques conservatrices
La crise sanitaire a eu un impact disproportionné sur l'emploi des femmes, en particulier dans les secteurs les plus précaires. Les confinements ont entraîné des licenciements massifs parmi les salariées peu qualifiées, souvent employées dans des secteurs comme la restauration, le commerce ou les services. « Ces pertes d'emplois n'ont pas été compensées par un rebond rapide », précise Courrier International.
Par ailleurs, le contexte politique américain a joué un rôle. Sous l'administration Trump, les termes « diversité », « équité » et « inclusion » sont devenus des sujets sensibles, voire tabous. « Les politiques de quotas et de discrimination positive ont été remises en cause, limitant les avancées réalisées ces dernières années », souligne le média britannique. Un recul qui pourrait s'étendre à d'autres pays si cette tendance venait à se généraliser.
Une chose est sûre : l'égalité professionnelle ne peut plus être considérée comme acquise. Les indicateurs récents montrent que les avancées réalisées en demi-siècle sont fragiles. Pour les défenseurs de l'égalité, l'enjeu est désormais de comprendre les causes de ce ralentissement et d'agir avant que les inégalités ne se creusent davantage.
Selon les données de l'OCDE, les secteurs des services, de la vente au détail et de la restauration, déjà fragilisés par la pandémie, affichent les plus fortes baisses d'emploi féminin. Les postes à temps partiel, souvent occupés par des femmes, ont également été particulièrement affectés.
Les politiques de parité, comme les quotas dans les conseils d'administration ou les chartes de diversité, ont permis des progrès. Cependant, les chiffres récents montrent leurs limites. Les experts soulignent que ces mesures doivent s'accompagner de politiques plus larges, comme l'égalité salariale effective et des aménagements pour concilier vie professionnelle et familiale.