Selon Courrier International, une nouvelle enquête du site américain The Sentry révèle que les proches de Mohamed Hamdane Daglo, alias « Hemeti », à la tête des Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan, ont investi au moins 24 millions de dollars dans l’immobilier de luxe aux Émirats arabes unis. Ces transferts, opérés depuis le début du conflit au Soudan en avril 2023, illustrent la manière dont les élites du régime utilisent des paradis financiers pour blanchir des fortunes issues de conflits et de crimes présumés.
Ce qu'il faut retenir
- Au moins 24 millions de dollars ont été investis dans l’immobilier de luxe aux Émirats arabes unis par l’entourage de Mohamed Hamdane Daglo (« Hemeti »), chef des Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan.
- 20 propriétés de luxe ont été acquises par les membres de sa famille, selon une enquête relayée par The Guardian.
- Hemeti est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide et crimes de guerre.
- En février 2026, une première enquête de The Sentry avait déjà révélé que Hemeti lui-même avait investi 1,7 million de dollars dans des biens immobiliers via une société écran nommée « Prodigous ».
- Les Émirats arabes unis sont pointés du doigt comme un « paradis sécurisé » pour ces flux financiers illicites.
Une fortune issue d’un conflit meurtrier
Depuis avril 2023, le Soudan est déchiré par une guerre opposant les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemeti aux forces armées régulières. Ces affrontements, marqués par des exactions documentées par les organisations de défense des droits humains, ont fait des milliers de morts et des millions de déplacés. Dans ce contexte, les accusations de crimes de guerre et de génocide portées par la Cour pénale internationale (CPI) contre Hemeti pèsent lourdement sur son image internationale. Pourtant, comme le souligne l’enquête de The Sentry, relayée par Courrier International, ses proches continuent de profiter de réseaux financiers internationaux pour sécuriser leurs actifs.
Les transferts de fonds vers les Émirats arabes unis ne se limitent pas à des opérations ponctuelles. Selon les documents consultés par les enquêteurs, 24 millions de dollars ont été mobilisés par la famille de Hemeti pour acquérir des villas et appartements haut de gamme dans des zones comme Abou Dhabi ou Dubaï. Ces biens, souvent achetés via des sociétés écrans, permettent de dissimuler l’origine des fonds et d’échapper aux sanctions internationales.
Un système d’écrans financiers bien rôdé
L’enquête révèle que ces investissements ne sont pas le fait du hasard. Dès février 2026, The Sentry avait publié un premier rapport détaillant comment Hemeti lui-même avait placé 1,7 million de dollars dans plusieurs propriétés aux Émirats via la société « Prodigous ». Une structure qui illustre la sophistication des montages financiers utilisés pour blanchir l’argent issu de la prédation et des trafics liés à la guerre.
Les membres de la famille de Hemeti, tous directement liés aux Forces de soutien rapide, ont quant à eux multiplié les acquisitions. The Guardian, qui reprend les conclusions de l’enquête, précise que plus de 20 biens immobiliers de luxe ont été achetés pour un montant total de 24 millions de dollars. Ces transactions, réalisées entre 2023 et 2025, montrent une stratégie délibérée pour diversifier et sécuriser les avoirs du clan, à l’abri des regards et des poursuites.
Les Émirats arabes unis, souvent présentés comme un hub financier mondial, sont ici pointés du doigt pour leur rôle de paradis sécurisé. Dans son rapport, The Sentry accuse explicitement Abou Dhabi de fermer les yeux sur ces flux, faute de cadre réglementaire strict ou de volonté politique pour lutter contre le blanchiment d’argent lié à des conflits.
Des réactions internationales en suspens
Si l’enquête apporte des preuves tangibles de ces transferts, les réactions des autorités émiraties restent à ce stade limitées. Les Émirats arabes unis, qui entretiennent des relations économiques et diplomatiques avec de nombreux pays africains, n’ont pas encore réagi publiquement aux accusations de The Sentry. De son côté, la Cour pénale internationale a déjà émis un mandat d’arrêt contre Hemeti en 2023, mais son exécution dépend largement de la coopération des États, notamment ceux où il pourrait se trouver.
Sur le continent africain, les conséquences de ces révélations pourraient peser sur la position des FSR. Alors que le conflit au Soudan s’enlise, ces accusations de corruption et de détournement de fonds risquent d’aggraver l’isolement politique du groupe. Plusieurs pays africains et occidentaux ont déjà réduit leurs liens avec Hemeti en raison de son bilan humain et des sanctions internationales.
Pour l’heure, ces révélations confirment une fois de plus comment les fortunes issues de la guerre trouvent refuge dans des juridictions peu regardantes. Reste à savoir si les pressions diplomatiques et judiciaires suffiront à les déloger.
Mohamed Hamdane Daglo, surnommé « Hemeti », est le chef des Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire soudanais. Il est accusé par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes de guerre et de génocide en raison de son rôle dans le conflit au Darfour et dans la guerre actuelle au Soudan, marquée par des exactions contre les civils.
Les enquêtes menées par The Sentry et relayées par Courrier International indiquent que les investissements immobiliers de la famille de Hemeti se concentrent principalement aux Émirats arabes unis, notamment à Abou Dhabi et Dubaï. Aucune preuve publique ne mentionne d’autres pays pour l’instant.