Selon Euronews FR, la création de richesse mondiale connaît un basculement historique. Les marchés émergents, dont l’Inde, le Brésil ou l’Indonésie, devraient générer à eux seuls 12 000 milliards de dollars de patrimoine financier supplémentaire d’ici la fin de la décennie. Ce phénomène s’accompagne d’une explosion du nombre de millionnaires et d’ultra-riches dans des régions jusqu’ici marginalisées des grands flux financiers mondiaux.
Ce qu’il faut retenir
- 12 000 milliards de dollars de richesse supplémentaire générés par les marchés émergents d’ici 2030, selon le Boston Consulting Group (BCG).
- L’Inde devrait contribuer à elle seule pour plus de 2 000 milliards, suivie du Brésil (1 000 milliards) et du Mexique (600 milliards).
- Le nombre d’ultra-high-net-worth individuals (plus de 30 millions de dollars d’actifs) a augmenté de 63 % en Inde entre 2021 et 2026, et devrait dépasser 25 000 personnes d’ici 2031.
- L’Indonésie affiche la plus forte croissance mondiale du nombre d’ultra-riches avec une hausse prévue de 82 % d’ici 2031.
- Les villes comme Mumbai, Jakarta ou Riyad deviennent de nouveaux pôles de création de richesse, loin des centres financiers traditionnels.
En 2025, le patrimoine financier mondial a atteint un niveau record de 333 000 milliards de dollars, en progression de 10,7 % sur un an, selon le dernier rapport Global Wealth du Boston Consulting Group (BCG). Cette croissance, la plus rapide depuis 2021, confirme la dynamique positive des économies mondiales. Pourtant, les véritables bouleversements se jouent ailleurs que dans les places financières historiques.
Si l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale concentrent encore l’essentiel de cette manne financière, les sources de richesse les plus dynamiques se déplacent désormais vers des métropoles comme Mumbai, Jakarta, Riyad, Hô Chi Minh-Ville ou São Paulo. Un mouvement qui reflète une redistribution des cartes économiques à l’échelle mondiale. Selon BCG, les pays émergents – Chine comprise – sont sur le point de générer près de 12 000 milliards de dollars de richesse financière supplémentaire d’ici 2030, soit près de 40 % de la croissance mondiale attendue.
Une nouvelle géographie de la richesse s’installe
Contrairement aux précédents cycles de création de richesse, cette expansion n’est pas limitée à une seule région ou à un seul pays. L’Inde se positionne en tête des contributeurs, avec une projection de plus de 2 000 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2030. Le Brésil et le Mexique suivent, avec respectivement 1 000 milliards et 600 milliards de richesse générée. Mais l’essor ne se cantonne pas aux grandes économies.
Des pays comme le Vietnam, l’Indonésie, l’Arabie saoudite ou d’autres États du Golfe affichent des rythmes de croissance comparables, voire supérieurs, à ceux de nombreuses économies développées. Cette tendance marque un tournant : les fortunes ne sont plus créées majoritairement dans les centres financiers occidentaux, mais émergent simultanément en Asie du Sud, en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Pour les investisseurs, les banques privées et les marques de luxe, cette redistribution annonce une clientèle future issue de régions jusqu’ici périphériques.
Les ultra-riches se multiplient, surtout en Asie et au Moyen-Orient
Le Wealth Report 2026 de Knight Frank, publié en mai 2026, révèle l’ampleur de ce phénomène au sommet de l’échelle des patrimoines. En Inde, le nombre d’ultra-high-net-worth individuals (UHNWI), ces particuliers dont les actifs dépassent 30 millions de dollars, a bondi de 63 % entre 2021 et 2026. Le cabinet estime que ce nombre pourrait dépasser 25 000 individus d’ici 2031. Knight Frank décrit l’Inde comme une économie en transition, passant d’un modèle entrepreneurial dynamique à un marché soutenu par des capitaux plus profonds et des marchés financiers plus sophistiqués.
L’Indonésie, en revanche, affiche la croissance la plus rapide au monde dans cette catégorie, avec une hausse prévue de 82 % du nombre d’UHNWI d’ici 2031. L’Arabie saoudite et la Pologne devraient connaître une progression de plus de 60 %, tandis que le Vietnam afficherait une croissance proche de 60 %. La région du Golfe s’impose désormais comme un nouveau centre de richesse : la part du Moyen-Orient dans la population mondiale des ultra-riches est passée de 2,4 % à 3,1 % en cinq ans.
Autre fait marquant : l’Asie-Pacifique abrite désormais davantage de milliardaires que toute autre région, devant l’Amérique du Nord. Pour Christine Li, responsable de la recherche pour l’Asie-Pacifique chez Knight Frank, cette évolution reflète un changement générationnel. « Les jeunes riches d’Asie sont plus sensibles à l’innovation, à la technologie et aux tendances démographiques », explique-t-elle, précisant que ces préférences influencent leurs choix d’investissement.
Mumbai, symbole d’un boom économique porté par les entrepreneurs locaux
Parmi les villes qui incarnent cette transformation, Mumbai se distingue. Knight Frank qualifie la capitale financière indienne de « géant domestique », dont la croissance est avant tout tirée par des richesses créées localement plutôt que par des capitaux étrangers. En 2025, les prix de l’immobilier résidentiel haut de gamme y ont progressé de 8,7 %, portés par une économie qui s’est accrue de près de 40 % en cinq ans.
La demande de logements de luxe s’est fortement accélérée, avec des dizaines de transactions dépassant les 5 millions de dollars recensées sur l’année. Contrairement à d’autres marchés immobiliers de luxe, cette dynamique est alimentée par des entrepreneurs locaux, des fondateurs de start-up, des industriels et des investisseurs indiens. « Mumbai a devant elle un formidable potentiel de croissance », souligne Ankita Sood, directrice nationale de la recherche chez Knight Frank India. Elle ajoute que la ville ressemble de plus en plus à ce que représentaient New York, Londres ou Hong Kong lors des précédentes phases de création de richesse : un aimant pour les capitaux et les ambitions locales.
Les marchés émergents ne se contentent plus d’être des relais de croissance. Ils deviennent les nouveaux moteurs d’une richesse mondiale en pleine recomposition. Pour les acteurs financiers traditionnels, cette évolution impose une adaptation urgente. Les banques privées, les conseillers en gestion de patrimoine et les marques de luxe devront repenser leurs stratégies pour capter cette clientèle émergente, souvent éloignée des codes et des réseaux des places financières historiques.
Une chose est sûre : la carte du pouvoir économique se redessine. Les prochaines années diront si cette redistribution s’inscrira dans la durée ou si elle restera soumise aux aléas d’un environnement mondial toujours plus incertain.
L’Inde devrait contribuer à hauteur de plus de 2 000 milliards de dollars d’ici 2030, suivie du Brésil (1 000 milliards) et du Mexique (600 milliards). Le Vietnam, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et plusieurs États du Golfe affichent également des rythmes de croissance très élevés, selon le Boston Consulting Group.