En France, malgré un cadre législatif renforcé ces dernières années, les violences physiques et verbales à l’encontre des enfants au sein des familles restent une réalité préoccupante. C’est ce que rappelle Libération dans une réflexion sur la nécessité de transformer les pratiques éducatives ordinaires.

Ce qu'il faut retenir

  • En France, 4 enfants sur 10 subiraient des violences éducatives ordinaires (VEO) selon les dernières enquêtes disponibles.
  • La loi du 10 juillet 2019 a interdit explicitement les violences éducatives, mais leur application reste inégale.
  • Les châtiments corporels et humiliations verbales sont souvent banalisés dans l’éducation « traditionnelle ».
  • Des associations appellent à un changement culturel pour éradiquer ces pratiques.
  • La France reste en retard par rapport à d’autres pays européens comme la Suède ou le Portugal.

Malgré l’adoption de la loi du 10 juillet 2019 interdisant les violences éducatives ordinaires (VEO), ces pratiques persistent dans de nombreux foyers français. Selon les dernières données, près de 40 % des enfants seraient encore concernés par des châtiments corporels ou des humiliations verbales, souvent justifiés au nom d’une éducation « traditionnelle ». Cette situation, pointée du doigt par plusieurs associations et experts, révèle un décalage entre le cadre légal et les réalités du terrain.

Pourtant, la France avait été l’un des derniers pays d’Europe à légiférer en la matière. Si des pays comme la Suède ou le Danemark avaient déjà interdit les violences éducatives dès les années 1970, Paris n’a franchi le pas qu’en 2019. La loi a marqué un tournant symbolique en reconnaissant explicitement le droit de l’enfant à une éducation sans violence. Mais comme le souligne Libération, « les mentalités évoluent lentement, et les habitudes ancrées dans les familles sont difficiles à déconstruire ».

Des pratiques encore banalisées dans l’éducation « classique »

Les violences éducatives ordinaires ne se limitent pas aux coups ou aux cris. Elles englobent aussi les punitions humiliantes, les menaces ou les privations abusives. Selon une enquête de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), ces pratiques sont souvent perçues comme normales par une partie des parents, qui les considèrent comme nécessaires à l’autorité. « La fessée, c’est une tradition, on ne va pas tout changer », entend-on encore régulièrement dans les conversations familiales ou amicales.

Un autre chiffre interpelle : 60 % des parents français admettent avoir déjà utilisé une méthode punitive violente, d’après une étude de l’Unicef France datant de 2023. Ces pratiques, bien que souvent minimisées, ont des conséquences durables sur le développement des enfants, favorisant anxiété, troubles du comportement ou estime de soi défaillante. Les spécialistes en psychologie infantile rappellent que « la violence, même dite éducative, n’apprend pas la discipline, mais la soumission ».

Un retard français en matière de protection de l’enfance

Comparée à ses voisins européens, la France accuse un retard significatif en matière de protection des mineurs. En Suède, où les violences éducatives sont interdites depuis 1979, les études montrent une baisse drastique des châtiments corporels et une meilleure acceptation des méthodes éducatives non violentes. Le Portugal, qui a adopté une loi similaire en 2014, a également enregistré des progrès notables. « La France a encore beaucoup de chemin à parcourir pour aligner ses pratiques sur les standards internationaux », estime Marie Derain de Vaucresson, ancienne Défenseure des enfants.

Pourtant, des initiatives locales commencent à émerger. Certaines communes, comme Grenoble ou Strasbourg, ont lancé des campagnes de sensibilisation auprès des parents, avec des ateliers sur la parentalité positive. Des associations comme la Fédération française des associations d’accueil et d’écoute des usagers de la psychiatrie (FFAEMC) proposent également des formations pour les professionnels de la petite enfance et les enseignants. « L’enjeu n’est pas seulement juridique, mais culturel », souligne un représentant de l’association.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient accélérer le changement. Une proposition de loi visant à renforcer la prévention et la formation des parents est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, avec une adoption possible d’ici fin 2026. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé le déploiement de 1 000 « maisons des 1 000 premiers jours » d’ici 2027, des lieux dédiés au soutien à la parentalité dès la grossesse. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser une tendance profondément ancrée dans les mentalités.

La question se pose désormais : comment concilier tradition éducative et respect des droits de l’enfant ? Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer l’impact réel des politiques publiques mises en place.

La loi de 2019 ne prévoit pas de sanctions pénales directes pour les parents, mais elle ouvre la possibilité de signalements aux services sociaux ou judiciaires en cas de maltraitance avérée. Les violences graves restent passibles de poursuites pour « violence sur mineur » ou « mise en danger de l’enfant ».