Le président libanais Joseph Aoun a rejeté la proposition américaine visant à établir un contact direct avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, selon ce qu’a révélé Le Figaro. Cette décision, prise lors d’un entretien téléphonique entre Aoun et le secrétaire d’État américain Marco Rubio jeudi 16 avril 2026, intervient alors que Washington tente de faciliter un dialogue entre les deux pays toujours officiellement en état de guerre.

Lors de cet échange, Marco Rubio a « compris la position » du Liban, précise une source officielle libanaise citée par Le Figaro. Pourtant, cette inflexibilité de Beyrouth contraste avec les annonces du président américain Donald Trump, qui affirmait la veille que les dirigeants des deux pays devaient s’entretenir jeudi. Une première depuis plus de trois décennies, selon les propos tenus sur son réseau Truth Social.

Ce qu'il faut retenir

  • Le président libanais Joseph Aoun a refusé un contact direct avec Benyamin Netanyahou, malgré la demande américaine transmise par Marco Rubio.
  • Washington a « compris » la position du Liban, selon une source officielle citée par Le Figaro.
  • Donald Trump a annoncé que les dirigeants israélien et libanais devaient s’entretenir jeudi, une première en 34 ans.
  • Le Hezbollah, allié de l’Iran, qualifie toute négociation directe avec Israël de « grave erreur ».
  • Une frappe israélienne a détruit un pont stratégique dans le sud du Liban, selon l’agence officielle libanaise ANI.
  • Les États-Unis maintiennent leur blocus des ports iraniens depuis lundi, avec le soutien du Pentagone.

Une décision libanaise qui complique les efforts diplomatiques américains

Joseph Aoun a clairement indiqué que le Liban n’était pas prêt à engager des discussions directes avec Israël sans un cessez-le-feu préalable. « Le cessez-le-feu réclamé par le Liban avec Israël est l’entrée en matière naturelle de négociations directes entre les deux pays », a-t-il souligné dans un communiqué. Cette position reflète les divisions internes au Liban, où le Hezbollah, soutenu par l’Iran, s’oppose farouchement à toute normalisation avec Israël.

Le député du Hezbollah Hussein Hajj Hassan a d’ailleurs qualifié ces négociations de « grave erreur » lors d’une déclaration à l’AFP. « Les négociations directes sont une grave erreur (...) et ne présentent aucun intérêt pour le Liban », a-t-il affirmé, dénonçant les « concessions gratuites » faites aux États-Unis et à Israël. Cette opposition du Hezbollah, qui contrôle une partie du territoire libanais, pourrait compliquer toute avancée diplomatique.

Les frappes israéliennes se poursuivent malgré les appels au calme

Dans la matinée du 16 avril, l’armée israélienne a mené deux frappes aériennes dans le sud du Liban, détruisant un pont stratégique reliant Tyr à Saïda, selon l’Agence nationale d’information (ANI). L’armée israélienne a également appelé les civils à évacuer la zone comprise entre la frontière et le fleuve Zahrani, situé à une quarantaine de kilomètres au nord.

Une autre frappe a visé une voiture sur la route reliant Beyrouth à Damas, faisant un mort. Ces opérations s’inscrivent dans un contexte de tensions persistantes, alors que le Liban demande un cessez-le-feu avant toute négociation. La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, a réaffirmé jeudi que « la seule voie possible » pour un cessez-le-feu passait par un « dialogue de haut niveau » entre Israël et le Liban. « Détruire le Liban ne permet pas de détruire le Hezbollah, au contraire ça le renforce », a-t-il déclaré.

Washington maintient la pression sur Téhéran, tandis que les négociations piétinent

Parallèlement aux tensions israélo-libanaises, les États-Unis poursuivent leur stratégie de pression sur l’Iran. Le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a confirmé que Washington maintiendrait son blocus des ports iraniens « aussi longtemps qu’il faudra ». « Ce blocus s’applique à tous les navires, quelle que soit leur nationalité, en direction ou en provenance des ports iraniens », a précisé le chef d’état-major américain Dan Caine lors d’une conférence de presse au Pentagone.

Israël, de son côté, menace de frapper « encore plus douloureusement » l’Iran si ce dernier rejette la proposition américaine d’abandonner son armement nucléaire. Le ministre israélien de la Défense Israël Katz a averti que « si le régime iranien choisit la seconde option, il découvrira très rapidement qu’il existe des cibles encore plus douloureuses que celles que nous avons déjà frappées ». Ces déclarations interviennent alors que des rumeurs évoquent la possibilité que le guide suprême iranien soit blessé, bien que cette information n’ait pas été confirmée.

Une tournée diplomatique régionale pour tenter de relancer les négociations

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur clé entre l’Iran et les États-Unis, a entamé une tournée régionale pour tenter de relancer les pourparlers. Après s’être rendu en Arabie saoudite mercredi, il s’est entretenu jeudi avec l’émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad al-Thani à Doha. Les deux dirigeants ont exprimé leur soutien aux « efforts de désescalade et au renforcement de la coordination internationale », selon un communiqué pakistanais.

Shehbaz Sharif doit poursuivre sa tournée en Turquie, tandis que le président du parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a réaffirmé que « un cessez-le-feu au Liban (était) aussi important » qu’en Iran. Il a souligné que Téhéran œuvrait pour « contraindre nos ennemis à instaurer un cessez-le-feu permanent dans toutes les zones de conflit ». Aucune date n’a cependant été fixée pour la reprise des négociations directes entre l’Iran et les États-Unis, toujours en suspens après l’échec d’un premier round à Islamabad le week-end dernier.

Et maintenant ?

La situation reste extrêmement tendue au Liban et dans la région, où les frappes se poursuivent malgré les appels au dialogue. Les prochaines 48 heures seront cruciales : d’une part, pour savoir si les dirigeants israélien et libanais parviennent à établir un premier contact téléphonique, et d’autre part, si les États-Unis et l’Iran parviennent à relancer des négociations crédibles. Une issue diplomatique semble encore lointaine, tant les positions restent éloignées, mais les pressions américaines et israéliennes pourraient, à terme, forcer un changement de posture.

Côté libanais, tout dépendra de la capacité du gouvernement à contenir les exigences du Hezbollah, tandis qu’Israël pourrait durcir sa stratégie militaire si les négociations n’aboutissent pas. De son côté, l’Iran, sous blocus, devra choisir entre accepter les conditions américaines ou risquer une escalade militaire majeure.

Le Liban, officiellement en état de guerre avec Israël, conditionne tout dialogue direct à l’instauration préalable d’un cessez-le-feu. Cette position est renforcée par l’opposition du Hezbollah, qui contrôle une partie du territoire et s’oppose à toute normalisation avec Israël. Le président Aoun a d’ailleurs souligné que « le cessez-le-feu réclamé par le Liban avec Israël est l’entrée en matière naturelle de négociations directes entre les deux pays ».